Moins réussi que les deux précédents films de Tarik Saleh, Les Aigles de la République n’en demeure pas moins une charge puissante contre le régime en place en Egypte. Au risque de perdre en nuances.
Synopsis : George Fahmy, l’acteur le plus adulé d’Egypte, accepte sous la contrainte de jouer dans un film commandé par les plus hautes autorités du Pays. Il se retrouve plongé dans le cercle étroit du pouvoir. Comme un papillon de nuit attiré par la lumière, il entame une liaison avec la mystérieuse épouse du général qui supervise le film.
Fin de la trilogie cairote de Tarik Saleh
Critique : Si Tarik Saleh a d’importantes attaches familiales en Egypte, celui-ci est né en Suède et a su développer un regard critique envers le pays d’origine de son père. Cela s’est traduit notamment par la réalisation de Le Caire confidentiel (2016), succès surprise avec 404 731 entrées en France, soit le pays où le long métrage a le mieux fonctionné. Toutefois, ce film noir brillant ne lui a pas apporté que le succès, mais aussi une impossibilité de se rendre en Egypte puisque le thriller critiquait ouvertement la corruption régnant en maître dans le pays des pharaons. D’ailleurs, le métrage polémique a été tourné au Maroc.

© 2025 Unlimited Stories, Apparaten, Memento Films Production / Photographie : Yigit Eken. Tous droits réservés.
Afin de poursuivre sa critique politique, Tarik Saleh a retrouvé son acteur fétiche Fares Fares pour l’excellent La Conspiration du Caire (2022), cette fois réalisé entièrement en Turquie, bien que se situant en principe en Egypte. Ici, le réalisateur dénonçait la collusion entre pouvoir religieux et politique de manière éclatante.
Une critique frontale de l’actuel régime égyptien
Visiblement très remonté contre le régime d’al-Sissi, Tarik Saleh enfonce donc le clou avec Les Aigles de la République (2025) qui peut être considéré comme le troisième volet d’une trilogie égyptienne, à chaque fois interprétée par le très bon Fares Fares. A nouveau tourné entièrement en Turquie afin d’éviter les foudres du pouvoir égyptien – où les films du cinéaste ne sortent de toute façon pas – ce troisième opus a été initialement conçu comme un hommage au cinéma égyptien des années 60-70, à une époque où le pays dominait largement la production des pays arabophones.
Le cinéaste nous invite donc à suivre le destin d’une star du cinéma local interprétée avec beaucoup d’autorité par Fares Fares. Loin d’être un héros sans tache, l’homme est un dragueur invétéré, un père absentéiste et un intellectuel qui n’entend pas plier face au régime. Mais, lorsque le pouvoir du président al-Sissi se raidit pour s’apparenter à une dictature, le comédien ne peut plus échapper aux demandes répétées d’incarner à l’écran le guide de la nation égyptienne dans un biopic propagandiste.
De la satire politique au pamphlet incisif
Afin de le convaincre, des menaces sont proférées. Dès ce moment, la star descend de son piédestal et n’est plus du tout maître de son avenir. Le personnage n’est plus le moteur de l’action, mais au contraire celui qui doit sans cesse plier l’échine face à un pouvoir capable de broyer des individus en quelques minutes seulement.
Alors que le début du long métrage se veut un peu plus léger que les deux volets précédents, l’étau se resserre très rapidement autour du personnage principal. Si son statut de star nationale semble a priori le protéger, il en fait aussi un étendard nécessaire pour porter la voix du dictateur en place. Finalement, Les Aigles de la République devient une satire politique féroce où le tyran est nommément visé, ce qui relève d’un certain courage politique pour tous les artistes engagés dans ce projet.
Des comédiens courageux dans ce contexte politique tendu
Parmi eux, l’acteur égyptien Amr Waked est de toute façon déjà condamné à plusieurs années de prison pour avoir publiquement pris position contre le régime. Afin d’échapper à sa peine, il réside en Espagne. Ici, avec une grande ironie, il incarne l’homme de main le plus inquiétant du pouvoir en place. Comme dans Les Rayons et les ombres (Xavier Giannoli, 2026), le cinéaste s’interroge sur la collaboration entre un homme et le régime en place. Mais dans ce thriller, le personnage de Fares Fares n’est jamais convaincu par les idées qu’on lui demande d’exposer en public. D’ailleurs, il ne ment jamais alors qu’il n’est entouré que de manipulateurs, ce qui est un comble pour un comédien de profession.
A cette intrigue politique, Tarik Saleh a cru bon d’ajouter une liaison de la star avec la femme d’un ministre – très convaincante Zineb Triki – qui a tendance à disperser un peu le propos et à amoindrir la tension souhaitée. On n’est pas non plus très convaincu par le personnage de jeune arriviste interprétée par Lyna Khoudri – même s’il n’est pas facile pour une comédienne de jouer une mauvaise actrice.
Finalement, en attaquant davantage de front le régime égyptien actuel, Tarik Saleh a sans doute perdu un peu de son sens de la nuance qui faisait tout le prix de ses deux longs précédents. Toutefois, Les Aigles de la République n’en demeure pas moins un thriller politique pertinent et qui a le courage de dénoncer un régime au fonctionnement quasiment totalitaire.
Box-office français de Les Aigles de la République
Présenté au Festival de Cannes 2025, Les Aigles de la République n’a obtenu aucune récompense. Il est finalement sorti dans les salles françaises grâce au distributeur Memento Films à partir du mercredi 12 novembre 2025 dans 228 salles. Une combinaison qui s’explique par les succès des deux précédents volets (dont plus de 500 000 entrées pour La Conspiration du Caire). Les attentes du distributeur étaient donc importantes, mais la semaine inaugurale n’est guère concluante avec seulement 85 365 comploteurs, ce qui est deux fois moins que La Conspiration du Caire dans une combinaison pourtant supérieure.
Pire, là où Le Caire confidentiel avait fonctionné sur la durée, le troisième volet de la trilogie informelle perd 51 % de ses entrées en deuxième septaine avec seulement 41 587 retardataires. Malgré l’ajout de nombreux écrans (358 en troisième semaine), la chute n’est guère enrayée avec 28 613 contestataires de plus. Au bout d’un mois, Les Aigles de la République est déjà quasiment mort avec 16 830 supporters.
Le thriller reste tout de même à l’affiche jusqu’à la fin du mois de janvier 2026, mais il n’atteint que 192 723 entrées, alors même que son budget de 9 millions d’euros était en nette hausse par rapport aux précédents. La déception est donc de mise. Cela ne va pas empêcher la sortie au mois de septembre 2026 d’un DVD et d’un blu-ray, afin d’essayer de compenser le manque à gagner.
Critique de Virgile Dumez

Fares Fares dans Les aigles de la République de Tarik Saleh (Cannes 2025) © Yigit Eken. All Rights Reserved.
Notes cannoises
Annoncé comme l’ultime film de la trilogie sur le Caire de Tarik Saleh, Les aigles de la république succède à Le Caire Confidentiel et La Conspiration du Caire , deux thrillers qui auscultaient le pouvoir et la corruption au sein de la capitale égyptienne. Il y dirige à nouveau son acteur fétiche, Fares Fares.
Le cinéaste, né d’une mère suédoise et d’un père égyptien, a tourné cette nouvelle critique du pouvoir égyptien en utilisant le procédé du film dans le film, puisqu’il y sera question du tournage d’un biopic sur le président égyptien.
Cette coproduction européenne (française, via la société Memento, suédoise, danoise mais aussi allemande et finnoise), a coûté entre 8 et 9 millions d’euros. Elle met en scène des acteurs bien connus des cinéphiles français dont Lyna Khoudri que l’on retrouvera en juin dans le blockbuster Pathé 13 Jours 13 nuits de Martin Bourboulon (budget de 30M€).
Alexandre Desplat est à la musique. Le compositeur a également signé le score du nouveau Wes Anderson, The Phoenician Scheme, qui est lui aussi en compétition à Cannes 2025.
A ce jour, Memento Distribution a placé Les aigles de la république à une date du calendrier propice pour les Palmes d’or, le 22 octobre. Evidemment, l’accueil du nouveau Tarik Saleh sur la Croisette impactera (ou non) cette proposition de date qui est susceptible de changer.
Notes cannoises de Frédéric Mignard
Les sorties de la semaine du 22 octobre 2025
Les films du Festival de Cannes 2025

Les aigles de la République, Affiche Troïka. All Rights Reserved?
Biographies +
Tarik Saleh, Lyna Khoudri, Zineb Triki, Fares Fares, Arm Waked, Cherien Dabis