Le petit monde de Don Camillo : la critique du film (1952)

Comédie | 1h47min
Note de la rédaction :
7/10
7
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Note des lecteurs

Plus gros succès de l’année 1952 avec plus de 12 millions d’entrées, le premier Don Camillo est une comédie enjouée, bien écrite et marquée par un duo comique d’anthologie.

Synopsis : Dans la petite ville italienne de Brescello, le curé Don Camillo et le maire communiste Peppone ne cessent de se disputer mais, au final, parviennent toujours par se réconcilier.

Adaptation réussie de romans populaires

Critique : Au cours des années 40, le romancier italien Giovannino Guareschi connaît une soudaine popularité avec la publication des aventures du curé Don Camillo opposé au maire communiste Peppone. Les ventes s’envolent à tel point qu’une adaptation cinématographique est rapidement envisagée. Co-production entre l’Italie et la France oblige, chaque scène de Don Camillo est même tournée deux fois, entraînant quelques variations entre la version française – que nous avons visionné – et l’italienne.

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Bien que le film se situe en Italie avec de nombreux techniciens et acteurs du cru, c’est le réalisateur Julien Duvivier qui mène la danse. Le cinéaste n’est pas particulièrement réputé pour ses comédies, mais il est toutefois coutumier des portraits de groupe.

Depuis La belle équipe jusqu’à La fête à Henriette, en passant par Un carnet de bal et La fin du jour, Duvivier est toujours à son aise quand il faut décrire un microcosme humain. Son œuvre, généralement pessimiste, se teinte également d’un certain scepticisme vis-à-vis de toute forme d’idéologie, ce qui se retrouve amplifié par le sujet même de ce premier Don Camillo.

Un rôle qui colle à la peau de Fernandel

Alors que sa carrière bat sérieusement de l’aile, Duvivier se remet en selle de bien belle manière en offrant au passage son plus beau succès populaire à Fernandel. C’est effectivement le réalisateur qui a imposé l’acteur alors que celui-ci ne correspond pas du tout au personnage décrit dans les romans de Guareschi. Ironique quand on sait que désormais le personnage est devenu indissociable de la star comique.

Duvivier a donc eu du flair puisque la saveur irremplaçable du long-métrage vient majoritairement du duo formé par Fernandel avec Gino Cervi. Certes, l’écriture fine de Guareschi garantit la qualité sur le plan des dialogues, mais il fallait toutefois faire oublier le manque de structure narrative. Car d’intrigue on ne trouvera pas trace dans Le petit monde de Don Camillo, découpé en saynètes plus ou moins comiques. Nous sommes bien plus en présence du portrait d’un groupe de villageois partagé entre son affection pour son curé – un franc-tireur colérique et bagarreur – et sa volonté de contester le pouvoir par le biais de son nouveau maire communiste.

Une opposition idéologique pas si caricaturale

L’opposition idéologique ne donne jamais lieu à la moindre leçon de morale, les auteurs se gardant bien de prendre parti pour l’un ou pour l’autre. Certes, l’Eglise paraît particulièrement sympathique et ouverte d’esprit, mais certaines séquences sont également bienveillantes envers les communistes. Cette opposition n’a donc rien de binaire. Elle reflète parfaitement une période historique pas si ancienne où l’Italie était partagée entre sa fidélité envers l’Eglise et une forte protestation sociale.

Sans se mouiller, les auteurs raillent gentiment les deux clans et préfèrent rapprocher les deux meneurs Don Camillo et Peppone, ennemis jurés sur le plan politique, mais véritables amis dans l’adversité. Outre de belles idées de comédie, ce sont les scènes qui suggèrent cette profonde amitié qui font tout le sel de cette comédie devenue un phénomène de société de part et d’autre des Alpes.

En Italie, ils furent plus de 13,2 millions de spectateurs à se ruer dans les salles, tandis que les Français furent 12,7 millions. Fernandel était habitué à glaner autour de trois millions de spectateurs avec ses comédies fondées sur le comique troupier, mais il explose ici son record personnel. Il se hisse ainsi au top des stars comiques françaises de son époque.

Fort de ce triomphe inattendu, toute l’équipe est repartie rapidement en tournage en Italie afin de livrer au plus vite une suite qui fut tout aussi réussie, à savoir Le retour de Don Camillo (1953).

Voir le film en VOD

Critique de Virgile Dumez

La franchise Don Camillo

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Copyright 1952 Francinex – Rizzoli Editore – Produzione Film Giuseppe Amato / Illustrateur : Marcel Jeanne.

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