Le petit fugitif : la critique du film (1953)

Drame | 1h20min
Note de la rédaction :
9/10
9
Le petit fugitif, affiche reprise 2009

  • Réalisateur : Ruth Orkin Ray Ashley Morris Engel
  • Acteurs : Richie Andrusco, Richard Brewster, Jay Williams, Ruth Orkin
  • Date de sortie: 16 Déc 1953
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Little Fugitive
  • Titres alternatifs : Der kleine Ausreißer (Allemagne) / El pequeño fugitivo (Espagne) / Mały uciekinier (Pologne) / Il piccolo fuggitivo (Italie) / O Pequeno Fugitivo (Brésil)
  • Année de production : 1953
  • Scénariste(s) : Ray Ashley, d'après une histoire de Morris Engel, Ruth Orkin, Ray Ashley
  • Directeur de la photographie : Morris Engel
  • Compositeur : Eddy Lawrence Manson
  • Société(s) de production : Little Fugitive Production Company
  • Distributeur (1ère sortie) : Filmsonor (?)
  • Distributeur (reprise) : Carlotta Films
  • Date de reprise : 11 février 2009
  • Éditeur(s) vidéo : Carlotta (coffret DVD, 2009) / Carlotta (DVD, blu-ray et coffret intégrale, 2021)
  • Date de sortie vidéo : 10 mars 2021 (DVD, blu-ray et coffret intégrale)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 230 657 entrées (France) / 128 977 entrées
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : 30 000 $ (3 M$ au cours ajusté de 2021)
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.37 : 1 / Noir et Blanc / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : Festival de Venise 1953 : Lion d'argent / Oscars 1954 : 1 nomination à l'Oscar du meilleur scénario original
  • Illustrateur / Création graphique : -
  • Crédits : Carlotta Films
Note des spectateurs :

Le petit fugitif constitue non seulement l’acte fondateur d’un certain cinéma indépendant américain, mais surtout un petit bijou sur l’enfance, ses joies et ses peines. Indispensable.

Synopsis : À Brooklyn dans les années 50, la mère de Lennie lui confie la garde de son petit frère Joey, âgé de sept ans, car elle doit se rendre au chevet de la grand-mère, malade. Mais Lennie avait prévu de passer le week-end avec ses amis. Irrité de devoir emmener son petit frère partout avec lui, il décide de lui jouer un tour en simulant un accident de carabine sur un terrain vague. Persuadé d’avoir causé la mort de son frère, Joey s’enfuit à Coney Island, immense plage new-yorkaise dédiée aux manèges et à l’amusement. Il va passer une journée et une nuit d’errance au milieu de la foule et des attractions foraines…

Un premier essai capté sur le vif dans la rue

Critique : Photographes de formation, Morris Engel et Ruth Orkin, qui viennent de se marier en 1952, décident de passer à la réalisation cinématographique et envisagent de transcrire à l’écran une intrigue de l’écrivain Ray Ashley (en réalité l’auteur de science-fiction Raymond Abrashkin) intitulée Le petit fugitif (1953). Sans doute influencés par le néoréalisme italien, les trois partenaires optent pour un tournage en toute indépendance, loin des studios et surtout en réalisant les prises de vue dans la rue à l’insu des passants.

Le petit fugitif, photo 1

© 2021 Carlotta Films. Tous droits réservés.

Pour y parvenir, ils réunissent tout d’abord la somme nécessaire pour effectuer le tournage au cours de l’été 1952, à savoir 30 000 $ de l’époque, dont ils avancent une partie des frais. Ils demandent également à l’un de leurs amis, Charles Woodruff, de concevoir une petite caméra portative 35mm qui serait suffisamment petite pour que l’on puisse filmer dans les rues sans que les passants ne puissent s’en apercevoir. La caméra en question ne prenait toutefois pas le son, d’où un certain nombre de plans muets ou avec un son reconstitué en postsynchronisation.

Pas d’acteurs professionnels et une histoire minimale qui touche à l’essentiel

Afin de rendre leur film encore plus proche du documentaire, les auteurs choisissent de diriger quasiment aucun acteur professionnel et réalisent aussi un casting sauvage sur l’île de Coney Island où ils dénichent le héros de leur histoire, le gamin de sept ans Richie Andrusco, auquel ils joignent Richard Brewster dans le rôle de son grand frère. Dans des emplois secondaires, on retrouve Ruth Orkin elle-même ou encore Jay Williams qui était un écrivain, proche collaborateur de Ray Ashley sur la série de romans de SF pour enfants Danny Dunn.

A partir d’une histoire très simple partant d’une bien mauvaise blague de la part de Lennie (Richard Brewster) qui fait croire à son petit frère Joey (Richie Andrusco) qu’il vient de le tuer à coup de carabine, Le petit fugitif suit donc l’errance d’un gamin de sept ans qui fuit la police et parvient à survivre par son ingéniosité durant vingt-quatre heures sur l’île de Coney Island. Loin de tomber dans le pathos ou le misérabilisme, les trois auteurs livrent une passionnante étude de l’enfance. Ne cachant pas la cruauté dont sont capables les bambins, notamment envers les plus petits qu’eux, ils ne surchargent pourtant pas la barque puisque les deux frères s’aiment vraiment.

Une plongée au cœur de l’Amérique insouciante des années 50

De même, si le gosse pense bien avoir tué son frère, cela ne l’empêche nullement de recommencer à jouer et à s’amuser sur l’île merveilleuse de Coney Island, grand parc d’attraction qui faisait la joie des jeunes Américains dans les années 50. Au passage, les auteurs en profitent pour décrire un mode de vie américain fondé sur le divertissement et les loisirs. Même si les prises de vue ont été réalisées à la sauvage, les plans sont systématiquement beaux, résultat de l’expérience de photographe de Morris Engel et Ruth Orkin.

Le petit fugitif, photo 2

© 2021 Carlotta Films. Tous droits réservés.

Dès lors, Le petit fugitif (1953) devient une expérience cinématographique enthousiasmante qui offre l’occasion de plonger directement dans le New York des années 50, sans artifice. D’ailleurs, Morris Engel ne semble avoir donné que peu d’indications aux enfants afin de les laisser le plus libre possible. Ce naturel est saisissant et a d’ailleurs fait forte impression à l’époque, glanant un Lion d’argent à la Mostra de Venise en 1953 (attention, plusieurs Lions d’argent furent décernés cette année-là). Le long-métrage qui a connu un joli succès d’exploitation s’est aussi retrouvé en lice pour l’Oscar du meilleur scénario – ce qui peut sembler étrange puisqu’une mention pour la photographie semblait plus appropriée.

A l’origine de la Nouvelle Vague française ?

Malgré son montage financier indépendant, Le petit fugitif a eu le droit à une exploitation en décembre 1953 en France, réunissant 230 657 jeunes spectateurs. Soutenu par la critique, quasiment unanime, le long-métrage a fait notamment très forte impression sur un certain François Truffaut, au point de l’inspirer pour tourner son tout premier film, le classique de la Nouvelle Vague Les 400 coups (1959).

Oublié pendant longtemps, Le petit fugitif a été relancé par le distributeur et éditeur Carlotta qui a repris le film en salles en février 2009, avant de l’éditer en DVD. Fidèle à sa politique des auteurs plutôt audacieuse, Carlotta a réédité le long-métrage en Blu-ray au mois de mars 2021, tout en proposant le film dans un coffret intitulé Outside qui reprend l’intégralité de l’œuvre de Morris Engel, dont l’intéressant I Need a Ride to California (1968).

Aujourd’hui considéré comme l’une des œuvres fondatrices du cinéma indépendant américain, Le petit fugitif est effectivement un petit bijou de sensibilité qui ne tombe jamais dans le piège de la mièvrerie. Un petit miracle de cinéma-vérité, en somme.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 16 décembre 1953

Les sorties de la semaine du 11 février 2009

Acheter le film en blu-ray sur le site de l’éditeur

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Le petit fugitif, jaquette dvd

© 2021 Carlotta Films. Tous droits réservés.

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Le petit fugitif, affiche reprise 2009

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