I Need a Ride to California : la critique du film (2021)

Drame, Docufiction, Musical | 1h23min
Note de la rédaction :
6,5/10
6,5
I Need a Ride to California, jaquette blu-ray

  • Réalisateur : Morris Engel
  • Acteurs : Lilly Shell, Rod Perry
  • Date de sortie: 10 Mar 2021
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : I Need a Ride to California
  • Titres alternatifs : -
  • Année de production : 1968
  • Scénariste(s) : Leon I. Rayphil, Vivian Tyson, Morris Engel
  • Directeur de la photographie : Morris Engel, Max Glenn
  • Compositeur : Mark Barkan, Rolf Barnes, Jimmy Lyons, Don Oriolo
  • Société(s) de production : Morris Engel Associates, Village Green Productions
  • Distributeur (1ère sortie) : Film resté inédit dans les salles du monde entier. La date de sortie ci-dessus est celle de la sortie vidéo française.
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Carlotta Films (DVD et blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : 10 mars 2021 (DVD et blu-ray)
  • Box-office France / Paris-périphérie : -
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : -
  • Formats : 1.33 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : -
  • Crédits : Carlotta Films
Note des spectateurs :

Avec I Need a Ride to California, Morris Engel livre un instantané de la révolution hippie de 1968, sans être dupe de ses limites. Ce work in progress inégal vaut surtout pour ses dernières scènes, à la fois poignantes et cruelles.

Synopsis : Fin des années 1960, Greenwich Village. Lilly est une jeune Californienne venue à New York pour vivre de plein fouet la révolution hippie. Elle explore les rues de la métropole appareil photo à la main, une couronne de fleurs dans les cheveux. Mais Lilly va vite se rendre compte que la ville et les gens qu’elle rencontre ne sont pas aussi amicaux qu’elle le souhaiterait…

Un cinéaste novateur qui tourne en toute indépendance

Critique : Lorsque Morris Engel tourne avec sa future épouse Ruth Orkin Le petit fugitif (1953) pour 30 000 dollars, le photographe de formation est loin d’imaginer qu’il va devenir l’inspirateur de la Nouvelle Vague française et le pionnier d’un certain cinéma indépendant américain. Cette volonté de sortir dans la rue pour filmer des acteurs non professionnels, loin des contingences des grands studios a toutefois eu un prix : le cinéaste a éprouvé toutes les peines du monde à financer ses travaux, quantitativement peu nombreux. Pire, durant les années 60, Morris Engel est contraint de réaliser un certain nombre de publicités pour payer ses factures.

I Need a Ride to California, photo d'exploitation 1

© 1968 Morris Engel Associates – Village Green Productions / © 2021 Carlotta Films. Tous droits réservés.

En 1968, le réalisateur se lance seul dans un nouveau défi, celui de prendre le pouls de la révolution hippie en cours en suivant les pas d’une jeune femme libre en villégiature à New York. Pour la première fois, le cinéaste tourne des images en couleurs et se sert de compositions musicales écrites pour l’occasion afin de compenser l’absence de son lors de certaines prises. Morris Engel va même au-delà du cinéma-vérité puisqu’il fait le choix de briser le quatrième mur et de se représenter à l’écran en train de filmer les scènes jouées par des non professionnels.

Cinéma-vérité, mise en abyme et narration éclatée au programme

Ainsi, de manière assez étrange, I Need a Ride to California comprend à la fois la fiction tournée et son making of. Dès le début, la jeune Lilly Shell déclare que l’on est en train de réaliser un film sur sa vie et qu’elle souhaite y inclure tous ses amis et compagnons. Par la suite, le long-métrage se dégage de toute forme de narration linéaire et préfère saisir une ambiance, un état d’esprit, voire une philosophie de vie.

Cette absence d’armature rend la projection parfois ardue puisque l’on ne voit pas toujours où le cinéaste veut en venir avec cet enchaînement de scènes qui ne sont parfois reliées que par un fil ténu. Mais c’est aussi ce qui fait l’originalité du film qui ne cherche qu’à s’immerger dans le quotidien d’une jeune fille libre appartenant au mouvement hippie .

Manifeste flower power, I Need a Ride to California lutte aussi contre le racisme ordinaire

Accompagné d’une musique folk très connotée flower power, I Need a Ride to California peut parfois faire sourire par l’apparente naïveté de ses protagonistes. La jeune femme ne cesse de parler de liberté, de paix et de nature dans un grand élan humaniste qui représente bien son époque, mais qui paraît d’un optimisme béat. On apprécie toutefois le courage de Morris Engel qui décrit ici la romance interraciale entre la jeune Lilly Shell (WASP) et Rod Perry (afro-américain). Les deux tourtereaux s’embrassent devant les caméras, ce qui est un sacré pied-de-nez à la mentalité américaine étriquée de l’époque. Au passage, on signalera que Rod Perry a ensuite poursuivi une petite carrière d’acteur au sein de la blaxploitation.

I Need a Ride to California, photo d'exploitation 2

© 1968 Morris Engel Associates – Village Green Productions / © 2021 Carlotta Films. Tous droits réservés.

Si I Need a Ride to California possède surtout des qualités documentaires dans sa première heure, les vingt dernières minutes permettent de mieux saisir l’objectif du réalisateur. Effectivement, les idéaux de la jeune femme vont se heurter au mur de la réalité dans une dernière partie plus mélancolique, voire franchement cruelle durant les cinq minutes finales. Alors qu’elle chante l’amour libre, la petite Lilly va peu à peu se rendre compte qu’elle reste désespérément seule, car toujours abandonnée par ses amants successifs. Dans un final assez hallucinant et qui contraste totalement avec la douceur générale du long-métrage, elle se retrouve même directement confrontée à la violence qui se déchaîne parallèlement dans les rues d’un New York déliquescent.

Le mouvement hippie voué à l’échec

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Morris Engel annonce déjà l’échec programmé du mouvement hippie, auquel il ne croit finalement pas totalement. Certes, le métrage adopte les codes culturels des hippies – musique éthérée, personnages libres, montage psychédélique – mais pour mieux en dénoncer les limites. Ce dernier quart d’heure permet donc au film d’échapper au piège du pamphlet pro-hippie et de lui octroyer une profondeur qui lui faisait cruellement défaut jusque-là.

Tourné dans la rue sans autorisation – les passants se retournent et parfois photographient l’équipe de tournage – I Need a Ride to California est surtout un document de premier choix sur le New York de la fin des années 60. Le cinéaste y fait le portrait sensible d’inconnus dont les visages nous touchent en seulement quelques secondes, ce qui rejoint son métier de photographe. Alors oui, le long-métrage est parfois mal fichu, brinquebalant de tous les côtés avec son montage abrupt et parfois peu lisible, mais son aspect work in progress s’avère finalement séduisant pour peu que l’on aime l’art brut.

Un film non exploité en salles et redécouvert à la fin des années 2010

Resté inédit dans les salles en 1968, le long-métrage n’a été découvert qu’en 2017 par le MoMA (Museum of Modern Art de New York) qui s’est chargé de le restaurer. En France, le film a été édité en DVD et Blu-ray par Carlotta, à la fois à l’unité ou dans un coffret consacré à l’œuvre de Morris Engel. I Need a Ride to California (1968) n’est assurément pas son meilleur film, mais le long-métrage doit tout de même être découvert par tout cinéphile qui se respecte.

Critique de Virgile Dumez

Acheter le Blu-ray du film sur le site de l’éditeur

I Need a Ride to California, jaquette blu-ray

© 1968 Morris Engel Associates – Village Green Productions / © 2021 Carlotta Films. Tous droits réservés.

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