Le dîner de cons est un festin de roi. L’une des meilleures comédies françaises des années 90 et un véritable phénomène de société dont le box-office se souvient encore.
Synopsis : Pierre Brochant est éditeur. Snob et arrogant, il prend plaisir à participer avec ses amis bourgeois à des dîners où sont conviés de pauvres abrutis, sans en connaître la raison. A savoir en rire et déclarer vainqueur celui qui a ramené le plus con. Justement Brochant pense tenir la victoire. En la personne de François Pignon, un agent du fisc, moche, sans le sou, et passionné par la construction de modèles réduits en allumettes. Un con de classe mondiale ! Mais un tour de rein contraint Brochant à annuler son dîner…
Critique : Pièce de boulevard jouée sur 3 saisons, soit plus de 900 représentations, Le Dîner de cons de Francis Veber partait pour être un beau succès au box-office avant de devenir le phénomène français de l’année 1998, derrière Titanic. Avec plus de 9 millions d’entrées (voir plus bas), le vaudeville est devenu le quatrième plus gros succès de la décennie 90.
La folie des grandeurs
Veber avait vu gros avec, pour mettre en scène un quasi huis clos (à quelques scènes près, dont une assez courte à bord d’un TGV), puisqu’il bénéficiait d’un budget de 12 500 000 francs, digne d’une superproduction. L’auteur de La chèvre, à l’image de Jean-Marie Poiré et plus récemment de Dany Boon, a toujours été dans la démesure dans ses budgets, mais visionnaire dans son genre, il rapportait gros, dépassant même les frontières franchouillardes pour imposer ses éclats de rire à l’Europe et l’Amérique.
Qu’importe le risque initial, Gaumont vend l’adaptation de sa pièce de boulevard dans le monde entier ; les Américains de Dreamworks en achètent les droits pour un remake qui sera en fait un nanar de première catégorie, avec Steve Carrel et Paul Rudd… Cette relecture à la sauce yankee n’arrive pas à la hauteur de la comédie originale. Et pour cause. Le Dîner de cons est un must du savoir-faire français en matière de divertissement. Truculent, audacieux, assez féroce même dans son humour puisqu’il s’agit tout de même de se payer la poire d’un imbécile le temps d’un repas. Niais mais gentil, le personnage éponyme, donc, le “con”, est campé par Jacques Villeret, dont il s’agira de son plus grand rôle. Il lui apporte naturel et une petite dose d’émotion, ce qui lui permet de renverser adroitement le rapport de force face au cynisme du personnage interprété par Thierry Lhermitte.
Francis Veber à son meilleur
Le dîner de cons est Veber à son meilleur, agile dans la mise en scène. Sans s’éloigner de l’objet théâtral, il construit un vrai film de cinéma autour d’un spacieux espace qu’il investit en lui octroyant rythme et panache. Les dialogues piquent, et avec causticité font mouche.
Les acteurs sont un régal. Les seconds rôles, parfois, volent même la vedette à Lhermitte, cruel éditeur qui se régale d’un dîner de cons par semaine, avec ses amis guindés. Daniel Prévost en contrôleur fiscal s’est taillé un personnage culte qui ne le quittera jamais ; Catherine Frot en gourde collante donne un aperçu du talent qu’elle déploiera tout au long des années 2000 qui seront sa décennie à elle.
Le dîner de cons traverse les âges quand le cinéma de Veber dans les années 2010 prendra un sacré coup de vieux (Tais-toi ! en 2003 et L’Emmerdeur en 2008 seront ratés). L’auteur aura pris la sage décision de prendre sa retraite laissant comme héritage des plats résistants autour de son personnage récurrent de François Pinon, cet adorable con qui attendrira des générations entières tout en provoquant une hilarité qui ne faiblira pas.
A table.

