Adaptation très fidèle d’une pièce à succès, Le crime était presque parfait, considéré injustement comme mineur, est à redécouvrir.
Synopsis : Un mari trompé décide de supprimer sa riche épouse. Il fait chanter un ancien camarade qui a fait de la prison afin que celui-ci se débarrasse d’elle en faisant croire à un cambriolage. Mais tout ne se déroule pas suivant le plan prévu.
Le film était presque parfait
Critique : Le crime était presque parfait (1954) a longtemps été considérée comme une œuvre mineure dans la filmographie d’Alfred Hitchcock. Lui-même ne semblait pas lui porter un amour particulier et elle fut éclipsée par la réussite majeure de Fenêtre sur cour, conçu la même année. Le fait que le scénario soit une fidèle adaptation d’une pièce à succès par le dramaturge lui-même n’a pas arrangé l’affaire puisque le réalisateur a précisé avec une grande franchise qu’il n’a rien changé à la structure de celle-ci. D’ailleurs, trente-six jours ont suffi pour mener à bien les prises de vues.

© 1954 Warner Bros. / Affiche : René Péron. Tous droits réservés.
Cette rapidité d’exécution ne rime pourtant pas avec précipitation puisque le moindre détail fait l’objet d’une attention maniaque de la part du maître du suspense. Alors que la totalité du film se passe à huis clos, on ne ressent à aucun moment le sentiment d’être confiné dans un espace restreint. La mise en scène, toujours brillante et d’une fluidité exemplaire, parvient à faire oublier que nous regardons une pièce de théâtre filmée.
La 3D pour contrer la concurrence de la télévision
Il faut dire que l’histoire, sorte de double de L’inconnu du Nord Express (1951), est excellente et ménage un suspense de chaque instant. Tous les thèmes habituels du cinéaste sont là : échange de meurtre, vice de la classe dirigeante qui se croit au-dessus des lois, victime innocente est accusée à tort, attirance pour le mal et fétichisme. La jubilation du metteur en scène se voit à travers la construction minutieuse du personnage maléfique incarné par Ray Milland. Malgré son aspect malfaisant, il est totalement séduisant, ce qui pousse le spectateur à s’identifier à lui. On trouve ainsi de nombreuses scènes où l’on tremble pour lui, se demandant s’il réussira à mener à bien son projet meurtrier. Hautement subversif.
Le cinéaste s’est entouré des meilleurs collaborateurs possibles et offre à Grace Kelly son premier grand rôle. Les plus brillants techniciens de l’époque lui ont permis de mener à bien le défi lancé par le studio : afin de contrer les méfaits de la télévision, ceux-ci ont décidé de tourner le film avec le nouveau procédé en trois dimensions. Voilà pourquoi de nombreuses scènes contiennent un premier plan constitué de tables et d’objets avant de laisser la place aux acteurs. Toute la mise en scène a été pensée en termes de profondeur de champ.
Un succès américain éclipsé par le triomphal Fenêtre sur cour
Même si le procédé a fait long feu, Le crime était presque parfait reste un excellent polar, magistralement interprété, entièrement maîtrisé par un metteur en scène alors au sommet de sa carrière.
Ainsi, grâce à la popularité du maître du suspense, Le crime était presque parfait a cumulé 6 108 790 $ (soit 73 470 000 $ au cours de 2025) pour un budget initial de 1 400 000 $ (soit 16 860 000 $ au cours de 2025). Le film est arrivé à la 14ème place du box-office annuel nord-américain. Certes, son successeur Fenêtre sur cour (1954) aura un écho bien plus favorable, avec des recettes impressionnantes (26 105 286 $, ce qui équivaut aujourd’hui à 314 340 000 $) et une quatrième place annuelle. Il aura ainsi tendance à éclipser Le crime était presque parfait dans le cœur des cinéphiles.
Box-office français de Le crime était presque parfait
En France, l’accueil du Crime est également bon, même si à Paris il se fait damer le pion des nouveautés par la comédie Sabrina (Billy Wilder) qui entre en première position. Le thriller déboule donc en troisième place du box-office hebdomadaire du 2 février 1955 avec 40 926 enquêteurs parisiens. La semaine suivante, le métrage perd quelques plumes avec 29 599 retardataires, avant de continuer à chuter régulièrement avec 19 521 clients en troisième septaine. Le métrage termine donc sa première exclusivité sous la barre des 100 000 spectateurs, mais continuera d’être exploité à de multiples reprises au point d’atteindre 751 664 entrées dans la capitale.
Déjà proposé en province avant sa sortie parisienne, Le crime était presque parfait atteint dès sa première semaine officielle la 14ème place du box-office français avec un total de 128 499 spectateurs. Toutefois, à cause de sa technologie 3D, le long métrage circule difficilement dans toute la France, en fonction des salles équipées pour le recevoir dans ce format spécial. Au mois de mars 1955, il cumule toutefois 307 016 entrées, mais va ensuite circuler dans tous les villages de France dans une version 2D. A l’issue de ses nombreuses exploitations dont la plupart se feront en format classique, Le crime était presque parfait finira sa carrière avec 2 320 635 spectateurs français à son bord.
Par la suite, le thriller a fait l’objet de nombreuses reprises en salles et de nombreuses publications en VHS, DVD et blu-ray. Entre-temps, il a été réévalué par la critique qui se plaignait à l’époque de son aspect trop théâtral. D’ailleurs, il suffit de le comparer à son médiocre remake intitulé Meurtre parfait (Andrew Davis, 1998) avec Michael Douglas, Gwyneth Paltrow et Viggo Mortensen pour s’en convaincre.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 2 février 1955
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© 1954 Warner Bros. / Affiche : Joseph Koutachy . Tous droits réservés.
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Alfred Hitchcock, Ray Milland, Grace Kelly, Robert Cummings
Mots clés
Cinéma américain, Films en 3D, Film sur l’adultère, Adaptation d’une pièce de théâtre, Les huis-clos au cinéma, Thriller domestique