Land of the Dead (Le territoire des morts) : la critique du film (2005)

Epouvante-horreur | 1h33min
Note de la rédaction :
7/10
7
Affiche de Land of the dead, le territoire des morts

  • Réalisateur : George A. Romero
  • Acteurs : John Leguizamo, Simon Pegg, Dennis Hopper, Tom Savini, Robert Joy, Edgar Wright, Asia Argento, Simon Baker
  • Date de sortie: 10 Août 2005
  • Année de production : 2025
  • Nationalité : Américain, Français, Canadien
  • Titre original : Land of the Dead
  • Titres alternatifs : La terre des morts (Québec), Tierra de los muertos (Mexique, Argentine, Colombie, Venezuela, Pérou, Uruguay, Porto Rico), La terra dei morti viventi (Italie), Terra dos Mortos (Brésil, Portugal), Zemlja živih mrtvaca (Croatie), Murdon Ka Shahar (Inde), Земля мертвых (Russie), Kuolleiden valtakunta (Finlande), Ziemia żywych trupów (Pologne), Ölüler Ülkesi (Turquie), Holtak földje (Hongrie), I gi ton zontanon nekron (Grèce), Vùng Đất Chết (Vietnam), Dezela zivih mrtvecev (Slovénie), 活屍禁區 (Taïwan), La tierra de los muertos vivientes (Espagne), Tărâmul morţii (Roumanie),
  • Casting : Simon Baker, John Leguizamo, Dennis Hopper, Asia Argento, Robert Joy, Eugene Clark, Joanne Boland, Tony Nappo, Jennifer Baxter, Boyd Banks, Jasmin Geljo, Maxwell McCabe-Lokos, Tony Munch, Shawn Roberts, Pedro Miguel Arce, Sasha Roiz, Krista Bridges, Alan Van Sprang, Phil Fondacaro, Bruce McFee, Earl Pastko, Jonathan Whittaker, Jonathan Walker, Peter Outerbridge, Lara Amersey, Michael Belisaro, Gene Mack, Matt Birman, Devon Bostick, Jason Gautreau, Christopher Russell, Christopher Allen Nelson, Debra Felstead, Tina Romero, Colm Magner, Scott Wickware, Ron Payne, Richard Clarkin, Darrin Brown, Eldridge Hyndman, Ted Ludzik, David Sparrow, Bryan Renfro, James Binkley, Robin Ward, Dawne Furey, Sandy Kellerman, Donna Croce, Wilbert Headley, Ross Sferrazza, Erica Olsen, Liise Keeling, Sonia Belley, Chad Camilleri, Gino Crognale, Shane Cardwell, Simon Pegg, Edgar Wright, Kevin Rushton, Nick Alachiotis, James Canton, Ermes Blarasin, Jake McKinnon, Greg Nicotero, Susan Wloszczyna, David Campbell, Tom Savini.
  • Scénariste(s) : George A. Romero
  • D'après une oeuvre de
  • Compositeurs : Reinhold Heil, Johnny Klimek
  • Directeur de la photographie : Miroslaw Baszak
  • Monteur : Michael Doherty
  • Chef décorateur :
  • Chef maquilleur :
  • Chef costumier :
  • Ingénieur du son :
  • Monteur son :
  • Responsable des effets spéciaux :
  • Directeur de casting : Marci Liroff
  • Scripte : Donna Croce
  • Assistantsréalisateur : Nick Lopez
  • Directeur artistique : Arvinder Greywal
  • Producteurs : Mark Canton, Bernie Goldmann, Peter Grunwald
  • Coproducteur : Neil Canton
  • Producteurs exécutifs : Steve Barnett, Dennis E. Jones, Ryan Kavanaugh, Lynwood Spinks
  • Société de production : Universal Pictures, Atmosphere Entertainment MM, Romero-Grunwald Productions, Wild Bunch, Rangerkim, Ontario Media Development Corporation (OMDC), Exception Wild Bunch.
  • Distributeur : Pan Européenne (France), Universal Pictures (USA)
  • Distributeur (reprise ) :
  • Date de sortie (reprise) :
  • Editeur vidéo : Wild Side
  • Date de sortie vidéo : 21 février 2006 (DVD), 6 décembre 2023 (Mediabook Blu-ray+DVD )
  • Budget : 15 000 000$
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 382 447 entrées / 112 212 entrées
  • Box-office nord-américain / monde : 20 700 082$ / 47 074 133$
  • Classification / Visa : Interdit aux moins de 12 ans (en raison de la violence continue du film et de son thème) / 113 933
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleur & Noir et blanc (35mm) / DTS, Dolby Digital, SDDS
  • Festivals : Las Vegas CineVegas Film Festival (USA, première)
  • Nominations :
  • Récompenses :
  • Illustrateur/Création graphique : Photo © Michael Gisbson - adaptation affiche : Onirik Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © 2005 Dead Land, LLC. All Rights Reserved.
  • Attachés de presse : Michel Burstein (Bossa Nova)
  • Tagline : Le chef d'oeuvre ultime par le maître du genre
  • Franchise : 4 épisode de la Franchise des Morts vivants de George A. Romeo
Note des spectateurs :

Avec Land of the Dead, George A. Romero complète sa mythique série des morts-vivants d’un 4e volet qui s’impose comme un paroxysme dans l’horreur visuelle des années 2000. Un revival de l’épouvante des années 70-80 qui n’a jamais été aussi politique.

Synopsis :  Les morts ont envahi la planète et exterminé la quasi-totalité de l’espèce humaine. Les survivants au carnage se sont regroupés dans une ville bunker où richesse et pauvreté cohabitent. Mais la menace des zombies grandit alors que ces derniers, désormais capables de penser et de communiquer, s’organisent pour prendre d’assaut cette cité imprenable.

Des hommages à George A. Romero omniprésents

Critique : Difficile d’être objectif quand il s’agit de critiquer l’œuvre d’un réalisateur qu’on vénère pour des films vieux d’une, deux, voire trois décennies. Pourtant Romero, cinéaste passé de mode dans les années 90 comme le genre horrifique politique qu’il défendait, a su garder ses partisans, grâce à sa trilogie horrifique originelle au nihilisme politique effroyable. Véritable père fondateur du genre, il a inspiré des jeux vidéos à succès comme Resident evil ou Silent hill et les succès cinématographiques qu’ont été 28 jours plus tard, Shaun of the Dead ou L’armée des morts (remake du deuxième épisode de sa saga). L’œuvre de Romero était partout au début des années 2000 et jamais son aura n’avait été aussi forte.

Profitant du succès de ces œuvres, le réalisateur de Creepshow a enfin pu tourner le 4e segment de sa saga des morts-vivants, après La nuit des morts-vivants (1968), Zombie, le crépuscule des morts-vivants (1978) et Le jour des morts-vivants (1985). Il en parlait souvent de ce chapitre 4, espérant pouvoir le mettre en œuvre dans les années 1990 pour ne pas rompre le rythme d’un chapitre par décennie. Un moment donné le titre de Twilight of the Living Dead faisait rêver les fans qui durent déchanter face aux difficultés de production du cinéaste indépendant de Pittsburgh pour faire aboutir un projet trop violent et trop gore pour une décennie 90 particulièrement lisse dans ses productions horrifiques.

Bluray de Land of the dead, le territoire des morts (Wild Side)

Affiche de Land of the dead, le territoire des morts

L’un des rares films de studio de George A. Romero

Avec l’aide d’Universal et des Français de Wild Bunch, le come-back de Romero en 2005 se fait avec un budget confortable de 15-20M$, le plus élevé pour le cinéaste qui a toujours évité le studio-system. Apôtre du cinéma indépendant, Romero a toujours filmé en toute liberté à Pittsburgh avec ses proches, acteurs ou membres de l’équipe technique. Ils ne se laissaient pas dicter ses choix. Toutefois, si Universal lui laisse une vraie liberté, les enjeux de production limitent toutefois la liberté absolue de Romero. C’est ainsi au Canada qu’Universal lui imposera de poser sa caméra pour profiter du système de taxe favorable à la production de films horrifiques. Le tournage ne sera donc pas familial, même si celui qui a travaillé à deux reprises avec son alter ego italien Dario Argento, a pu obtenir de sa fille, Asia, qu’elle rejoigne ce projet risqué. Enfin le titre sera changé et passera de Dead Reckoning à Land of the Dead, pour aider à l’identification du film avec les autres opus de la franchise.

Universal est conscient que revenir à cette franchise 20 ans après Day of the Dead n’est pas aisé, car après trois classiques, voire chefs d’œuvre, qui ont marqué leur époque et le genre, le retour de Romero à l’action peut être interprété comme une illustration d’un papy qui fait de la résistance. Est-ce que le monde est encore sur la même longueur d’onde quant à l’approche artistique ? Les maquillages qui tachent ne sont plus vraiment à la mode ou sont systémiquement remplacés par des CGI, et le cinéma d’horreur est envahi par des gravures de mode comme protagonistes accentuant le sentiment d’aseptisation des produits.

Une réussite artistique patente qui fait beaucoup parler d’elle à sa sortie

Nonobstant, Land of the Dead sera non seulement un succès critique, mais également un vrai succès de box-office.

Symbole nostalgique d’une cinématographie horrifique qui n’est plus, Land of the dead est un pur petit bonheur pour les fans de cette saga. Sans être pour autant le monument auquel on pouvait aspirer en toute légitimité, ce sequel se contente d’être un film référence anachronique, loin des effets clinquants de ses contemporains, que l’on retrouve dans Amityville ou La maison de cire et autres remakes sans âmes qui pullulaient parallèlement.

En donnant désormais la supériorité aux morts-vivants qui ont envahi le monde, contraignant les hommes à se bunkariser, avec plus ou moins de confort en fonction de leur classe sociale, Romero condense les ingrédients qui ont fait le charme de la trilogie passée, comme la critique sociale, la condamnation politique, l’antimilitarisme et une réflexion sur l’animalité de l’homme qui se bat contre ses instincts sociaux.

Le cinéaste glorifie ses zombies (une armada) qu’il filme avec amour, très souvent dans un cadre macabre (il s’agit de loin du film le plus morbide de la saga avec ses nuits bleues, son cimetière crépusculaire, ses villages déserts et ses terres jonchées de cadavres). Le film s’offre de nombreux moments de bravoure dans le gore, même si certaines coupes ont été corrigées par la version director’s cut proposée en vidéo. Dans le cadre d’un film de studio, les producteurs ne pouvaient pas tout laisser passer et comptaient sur un classement R pour une sortie estivale, en juin 2005. Pour l’époque, malgré les coupes, cette production n’en demeure pas moins une œuvre très sanglante pour un film issu d’une major hollywoodienne.

Côté ambiance, la musique de Reinhold Heil et Johnny Klimek, peu exploitée dans la première partie, parvient à prendre de l’ampleur et à s’imposer comme le parfait rejeton de celle de Day of the dead de John Harrison. Ethérée, elle fonctionne sur plusieurs niveaux de nappes synthétiques qui épousent les contingences électroniques de notre époque tout en flirtant avec la bonne vieille bande son des années 80.

Parfois la déception l’emporte sur l’enthousiasme. Le pot-pourri, c’est bien, mais le réchauffé un peu moins. Le film a trop tardé à se faire, et Romero s’est un peu encroûté. Il a conservé ses idées politiques, adaptées pour l’occasion à l’actualité (la guerre en Irak, le 11 septembre 2001), mais son discours s’est parfois engourdi. La subtilité de La nuit des morts-vivants n’est plus. Cela se retrouve jusque dans le choix de Dennis Hopper pour incarner le méchant capitaliste. Le post-soixante-huitard devenu lui-même conservateur dans la vraie vie vient faire du copinage, mais oublie son talent au passage. Son jeu détonne de médiocrité au milieu d’un casting immaculé (Simon Baker, le futur “Mentalist” en tête).

Blu-ray collector de Land of the Dead (Wild SIde, 2023)

Combo Blu-ray + DVD collector de Land of the Dead (Wild SIde, 2023)

Autre point faible, la réalisation. En 20 ans le style de Romero n’a pas évolué d’un poil. Mêmes types d’images (un brin plus esthétisantes parfois, notamment lors de la séquence d’introduction vraiment magistrale), mêmes cadrages qu’on qualifierait aujourd’hui de ronflants. C’est sûr, ce n’est pas L’armée des morts et ses effets MTV nourris au numérique. Cinéaste sans concession, Romero n’est pas la pour vendre de l’effet aux aficionados de jeu vidéo ! Seul le générique d’ouverture fera illusion. Land of the Dead qui prolonge la carrière d’un auteur par le style, est l’illustration d’un choc des cultures et des générations en quelque sorte.

Le plus gros défaut du film réside peut être dans son récit lacunaire. Frustrant dans ses non-dits, le scénario expédie des pistes fondamentales au nom des impératifs commerciaux (durée canonique d’1h30 oblige). Tout est précipité, jusqu’à l’organisation ubuesque des zombies qui naît d’une épiphanie mal amenée chez le futur leader de la coalition d’outre-tombe.

En résumé, film certes imparfait qui nous replonge dans nos souvenirs horrifiques les plus nobles, Land of the Dead est l’opus par excellence du nouveau millénaire de George A. Romero qui décèdera deux films plus tard, après avoir accompli sa deuxième trilogie : après Land of the Dead suivront très vite Diary of the Dead et Survival of the Dead en 2008 et 2009 A l’aise au sein de ce film de studio, Romero est parvenu à user de son budget de grosse série B pour nous livrer une TRÈS grosse série B, burinée et implacable. Du cinéma comme on l’a aimé et comme on continue à l’apprécier qui a, en tout cas, redonner envie à l’auteur d’enchaîner tout en revenant à des petites structures et des caméras numériques.

Le retour de Romero sonnera aussi la fin du culte. L’arrivée de la série télévisée The Walking Dead en 2010 sera l’ultime hommage au maître. Oui un de plus parmi les mythes qui feront le XXI siècle. Mais il y a aura un revers de la médaille pour maître Romero. Le succès pharaonique de The Walking Dead fera finalement de l’ombre au retour de Romero, redevenu indépendant sur Diary of the Dead et Survival of the Dead. La série culte d’AMC rendra obsolète la perspective d’un chapitre de plus dans la saga des morts de Romero, en banalisant et essorant la dystopie zombie. George A. Romero, décèdera en 2017, à l’âge de 77 ans. Son cinéma d’outre-tombe a été surexploité par les DTV et les séries télévisées dans les années 2010 au point de rendre la figure du zombie de nouveau lassante.

Box-office de Land of the Land – Le territoire des morts

Land of the Dead fut l’ultime succès de Romero même si le cinéaste fut mécontent du traitement du film par Paramount. Il dénoncera en 2005 le manque de publicité et une sortie estivale, au milieu des blockbusters, quand il espérait une sortie à Halloween qui aurait été, de par la thématique, plus appropriée.

Le territoire des morts achèvera sa carrière à 20.7M$ aux USA, loin devant les 5M$ de Day of the Dead en juillet 1985. Après une belle entame à 10 000 000 dans 2 249 cinémas lors du week-end du 24 juin 2005, le spectacle a très vite chuté (-73% pour son deuxième week-end, puis -65%, -69%….) doublant à peine ses chiffres de première semaine. Il est vrai que le film d’un vétéran n’est pas forcément le plus vendeur auprès d’une nouvelle génération de cinéphiles qui se reconnaît davantage dans des personnages plus jeunes aux visages plastifiés.

Le quatrième film de zombies de George A. Romero trouvera néanmoins un écho favorable à l’étranger, avec pas moins de 26M$ de recettes, pour un total mondial de 47M$, supérieur à celui de la parodie Shaun of the Dead d’Edgar Wright et Simon Pegg (31M$), tous deux présents dans Land of the Dead, pour des caméos où ils rendent hommage à leur idole.

Le Royaume-Uni a plébiscité le programme avec 3 892 000$, suivi par le Japon (2 776 000$), la France (2 409 000$), l’Allemagne (1 811 000$), l’Italie (1 664 000$), l’Espagne (1 441 000$), la Russie (1 202 000$) et l’Australie (1 100 000$).

Quand Land of the Dead anticipait la ploutocratie de Donald Trump

Cela peut paraître peu par rapport aux 102M$ de recettes mondiales de L’armée des morts (2004) de Zack Snyder, écrit par James Gunn,d’après le film de Romero de 1978. Plus contemporain dans sa réalisation, le remake de Snyder était bel et bien un jalon de son époque qui avait tout pour séduire un public de jeunes adultes.

En France, fort de la promo mise sur pied par Wild Bunch et Pan Européenne (Romero est très présent pour transformer cette suite tardive en un véritable événement), Land of the Dead a été un joli succès pour un film de ce genre. Il ouvre à 172 946 entrées dans 258 salles doublant la comédie Serial Noceurs avec Owen Wilson et Vince Vaughn (160 000 entrées en première semaine dans 347 salles).

Dans un classement embouteillé (Mr. & Mrs Smith, Charlie et la chocolaterie, Le transporteur 2, La Coccinelle revient, et Les 4 Fantastiques scrutent les premières places), George A. Romero se pose en 6e place, avec 172 000 spectateurs. Sa deuxième semaine est honnête avec encore 111 000 entrées sur un circuit inchangé de 258 salles. Au final, le film achève sa carrière à 382 000 spectateurs, soit une première semaine multipliée par 2.2. Un an plus tôt, L’armée des morts avait grimpé jusqu’à 469 000 spectateurs. Comme quoi, avec une belle promo, l’icône historique du 7e art avait encore son mot à dire et un héritage à laisser. La passation était prête et le XXI siècle pouvait commencer. Et nul doute que ce 21e siècle, avec l’affront de Donald Trump à la démocratie, Romero l’aurait eu en horreur. D’ailleurs, 20 ans après sa sortie, la force de Land of the Dead, c’est d’avoir su anticiper la chute de la démocratie américaine pour une oligarchie et ploutocratie aussi détestable que dans le film.

Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 10 août 2005

Affiche de Land of the dead, le territoire des morts

© 2005 Dead Land, LLC. Adaptation – Photo © Michael Gisbson affiche : Onirik

Biographies +

 George A. Romero, Simon BakerJohn Leguizamo, Simon Pegg, Dennis Hopper, Tom Savini, Robert Joy, Edgar Wright, Asia Argento

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Affiche de Land of the dead, le territoire des morts

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