L’adieu à la nuit : la critique du film (2019)

Drame | 1h40min
Note de la rédaction :
8/10
8

Note des lecteurs

En abordant le thème de la radicalisation dans L’adieu à la nuit, Téchiné revient à un cinéma d’envergure, d’une grande intensité psychologique, sous des lumières qui contrastent avec la violence d’un sujet qu’il maîtrise magnifiquement. Son meilleur film en dix ans.

 Synopsis : Muriel est folle de joie de voir Alex, son petit-fils, qui vient passer quelques jours chez elle avant de partir vivre au Canada. Intriguée par son comportement, elle découvre bientôt qu’il lui a menti. Alex se prépare à une autre vie. Muriel, bouleversée, doit réagir très vite…

La critique : Pour Téchiné, la décennie des 2010 a été des plus variées dans les genres, les castings et les sentiments du public vis-à-vis de ses films. Sans jamais pécher, l’auteur de Rendez-vous a probablement connu sa décade la moins inspirée, tout en restant souvent au-dessus de la mêlée. L’Adieu à la nuit, présenté à Berlin, est de ces œuvres qui comptent dans une carrière, lui permettant non seulement de retrouver le niveau d’intensité du meilleur de son cinéma, mais offrant à Catherine Deneuve, peut-être trop omniprésente ces derniers mois (Bonne pomme, Mauvaises herbes, La dernière folie de Claire Darling étaient des œuvres mineures), un rôle à la hauteur de sa stature de femme, d’actrice, d’icône. En s’attelant, peut-être un peu après tout le monde, au thème de la radicalisation, Téchiné surprend par son parti pris personnel, consistant à planter l’intrigue dans un cadre méridional qui lui est propre, dans un contexte rural (l’arrière-pays catalan français) qui a inondé de lumières ses plus belles œuvres, y compris celles qui comptent parmi ses plus noires (Le lieu du crime). L’Adieu à la nuit appartient à ses métrages sombres baignant dans un soleil de plomb, qui semble éblouir de son suspense, personnages perdus et spectateurs remués par la tension latente.

Le jeune Alex, joué par Kacey Mottet Klein, formidable de talent que le jeune homme libère dans l’âpreté de son personnage consumé par des valeurs islamistes nihilistes, revient au bercail catalan, chez sa grand-mère (immense Deneuve) pour fomenter un plan de djihad en Syrie… La radicalisation, il la porte fièrement depuis sa renaissance spirituelle, au contact de sa petite amie, plus radicalisée que lui (Oulaya Amamra de Divines, méconnaissable dans le ressentiment qu’elle manifeste à l’écran à l’égard des impies).

Le personnage de sa grand-mère va devoir toutefois apprendre, dans son évolution radicale, à décoder ses noirs desseins et, une fois le voile tombé, à essayer de dissuader le jeune homme à partir sur le front de la barbarie. Le conflit des valeurs n’aurait pas autant d’importance chez Téchiné s’il n’était pas rattaché à un atavisme de terre et de sang. Les racines familiales sont explorées dans les silences, les absences et les crises, avec le talent visuel et sensoriel qui est celui du réalisateur de Ma saison préférée et des Temps qui changent, toujours capable d’inséminer une réflexion sur le temps, la perte, le deuil, la solitude, dans un contexte social clair, qui rend la plongée des deux jeunes gens dans l’aveuglement dogmatique, d’autant plus irrationnel que rien ne semble pouvoir les détourner du chemin du djihad.

Le film se découvre en 2019, à la fin de la guerre physique contre Daesh, avec nos connaissances des barbaries perpétrées en Irak et Syrie et avec notre appréhension face au retour des combattants d’Allah et à nos doutes quant à leur capacité à s’assujettir de l’endoctrinement sectaire. Dans cette œuvre en tous points maîtrisée, l’actualité rend le propos de Téchiné d’autant plus fort et persuasif.

Ni plus ni moins le meilleur film de son auteur en dix ans.

Critique de Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 24 avril 2019

Crédits : Curiosa Films, Ad Vitam

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