La Rose de fer : la critique du film (1973)

Drame, Fantastique, Romance | 1h20min
Note de la rédaction :
8/10
8
Affiche cinéma de La Rose de fer

  • Réalisateur : Jean Rollin
  • Acteurs : Natalie Perrey, Jean Rollin, Françoise Pascal, Hugues Quester
  • Date de sortie: 06 Déc 1973
  • Année de production : 1973
  • Nationalité : Français
  • Titre original : La Rose de fer
  • Titres alternatifs : La Nuit du cimetière (titre de travail) / The Iron Rose (titre international) / La rosa de hierro (Espagne) / Żelazna róża (Pologne) / La rosa di ferro (Italie) / Iron Rose (Norvège) / Die eiserne Rose (Allemagne) / A Rosa de Ferro (Brésil)
  • Casting : Françoise Pascal, Hugues Quester, Natalie Perrey, Michel Delesalle, Mireille Dargent, Jean Rollin
  • Scénaristes : Jean Rollin
  • Dialoguiste : Maurice Lemaître, avec un poème de Tristan Corbière
  • Monteur : Michel Patient
  • Directeur de la photographie : Jean-Jacques Renon
  • Compositeur : Pierre Raph
  • Chef Maquilleur :
  • Chef décorateur :
  • Directeur artistique :
  • Producteur : Sam Selsky
  • Producteurs exécutifs :
  • Société de production : Les Films ABC
  • Distributeur : Les Films ABC
  • Editeurs vidéo : Iris Télévision (VHS), American Vidéo (VHS), Film Office (VHS, 1996) / LCJ Éditions & Productions (DVD, 2005)
  • Dates de sortie vidéo : 1996 (VHS) / 27 janvier 2005 (DVD)
  • Box-office Paris-Périphérie : 4 829 entrées
  • Classification : Interdit aux moins de 13 ans (12 ans de nos jours)
  • Formats : 1.37 : 1 / Couleurs / Son : mono
  • Festivals : Deuxième Convention Française du Cinéma Fantastique 1973 : avant-première
  • Illustrateur / Création graphique : © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © 1973 Les Films ABC, Salvation Films. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Tagline : Du rêve éveillé au délire fantastique, la plus étrange des histoires d'amour
Note des spectateurs :

Pur film d’auteur, La Rose de fer est une rêverie poétique et macabre à l’atmosphère contemplative fascinante. Assurément la plus belle réussite de Jean Rollin.

Synopsis : Lors d’un banquet de mariage, dans une petite ville de province, un jeune homme isolé remarque, parmi les invités, une séduisante demoiselle qu’il s’arrange pour rencontrer un peu plus tard. Fuyant les regards indiscrets, les deux jeunes gens gagnent le cimetière voisin, où ils s’égarent, perdant rapidement la notion de distance. Le couple découvre avec horreur qu’il est enfermé dans ce lieu sinistre, alors que la nuit commence à tomber…

Jean Rollin, un malentendu sans fin

Critique : Au début des années 70, le cinéaste Jean Rollin entend construire une œuvre cohérente où percerait son amour du surréalisme, du fantastique poétique et de la littérature populaire. Pourtant, depuis la présentation houleuse de son premier long métrage Le Viol du vampire (1968), en plein mai 68, un terrible malentendu s’est établi entre l’auteur, les spectateurs et les critiques. Là où le cinéaste envisageait son œuvre avec le plus grand sérieux, les spectateurs français se sont moqués de ses premiers essais dans un genre si peu arpenté par le cinéma français.

Quant aux critiques de l’époque, ils n’ont eu de cesse de souligner la maladresse de ces minuscules productions fauchées, comparant même Jean Rollin à Ed Wood, le fameux réalisateur américain considéré comme le plus mauvais de l’histoire du cinéma. Pourtant, le public anglosaxon (en Angleterre et aux Etats-Unis) a plutôt réservé un accueil chaleureux à ce cinéma dont ils ont su percevoir la poésie avant tout le monde. D’ailleurs, le producteur américain Sam Selsky continue à accorder sa confiance au cinéaste après avoir produit quelques-uns de ses films.

La Rose de fer, l'affiche

© 1973 Les Films ABC. Tous droits réservés.

Un tournage difficile, avec des conflits entre l’acteur principal et le réalisateur

Il finance donc la création de La Rose de fer (1973) que Jean Rollin conçoit comme un pur film d’auteur, cette fois-ci débarrassé de ses dérapages bis habituels et de ses personnages de vampires féminins. Pour cela, il s’appuie sur un scénario minimal qu’il signe avec le poète et réalisateur expérimental Maurice Lemaître qui l’aide pour les dialogues, ajoutant aussi un poème de Tristan Corbière, poète symboliste de la fin du 19ème siècle. Le texte original est publié dans le magazine et recueil de nouvelles L’Impossible, en 1972, sous le titre délicieux de La nuit au cimetière.

Doté d’un budget très restreint auquel il contribua en y plaçant toutes ses économies, Jean Rollin sélectionne d’abord le jeune comédien de théâtre Hugues Quester qui était un collaborateur habituel de Patrice Chéreau au théâtre, tandis que Sam Selsky lui impose Françoise Pascal, actrice britannique d’origine française, dont le réalisateur ne voulait pas. Cette dernière était alors en pleine ascension et elle pouvait être une éventuelle garantie de succès selon le producteur.

Tout ce petit monde se réunit donc à Amiens au cimetière de la Madeleine où se situe l’essentiel de l’action du long métrage. Pourtant, le tournage devient rapidement éprouvant pour tout le monde puisqu’il faut effectuer les prises de vues la nuit, alors qu’il fait grand froid. De plus, Hugues Quester se fâche avec Jean Rollin – au point qu’il prend le pseudonyme de Pierre Dupont lors de la sortie du film.  Effectivement, habitué à évoquer les motivations de ses personnages, le comédien se trouve face à un réalisateur qui n’est pas réputé pour être disert avec ses acteurs. L’animosité tourne à la haine envers le cinéaste.

La Rose de fer ou la plus belle réussite de Jean Rollin

Même si leur couple fonctionne plutôt bien à l’écran, Françoise Pascal et Hugues Quester ne se parlent pas non plus entre les prises. La jeune femme préfère se montrer très coopérative avec Jean Rollin et porte le projet dans son cœur. Elle affirme en 2015, lors d’un entretien avec Joe Young, être très fière de La Rose de fer. Elle en a également apprécié l’humour, celui du directeur de la photo, souvent alcoolisé, Jean-Jacques Renon, et de la scripte et actrice Natalie Perrey. Le tournage fut pourtant compliqué pour Françoise Pascal du fait de devoir porter le film sur ses épaules jusqu’aux fameuses séquences réalisées près des falaises de Pourville en Normandie où Françoise Pascal devait évoluer toute nue, alors qu’un vent glacial soufflait ce jour-là.

La Rose de fer, jaquette 4K UHD britannique

© 1973 Les Films ABC. Tous droits réservés.

Malgré ces multiples difficultés, La Rose de fer apparaît de nos jours comme l’une des plus belles réussites de son réalisateur. Il apporte la preuve à ses détracteurs qu’il est bel et bien un auteur complet dont on peut rejeter en bloc l’univers ou au contraire épouser sa lente poésie fantastico-romantique. En tout cas, La Rose de fer, contrairement à certains ratés du cinéaste, ne prête jamais à rire ou même sourire. Tout d’abord parce que le film bénéficie de superbes images composées avec soin par Jean-Jacques Renon, accompagnées d’une musique fascinante de Pierre Raph. Finalement, l’ensemble se rapproche plus du cinéma de la Nouvelle Vague que du bis.

Une réflexion sur l’espace, le temps et la finitude

Bien entendu, certains fans de films de genre risquent de s’ennuyer ferme durant cette déambulation poétique de deux êtres à la dérive dans un cimetière qui semble se refermer sur les protagonistes. En fait, il faut accepter l’expérience contemplative voulue par un réalisateur au meilleur de sa forme. Au bout du premier quart d’heure, le jeune couple naissant se retrouve donc enfermé dans un cimetière où les notions d’espace et de temps semblent abolies. De manière symbolique, le personnage masculin perd sa montre, tandis qu’il cherche désespérément la sortie.

Jean Rollin opère un renversement psychologique tout à fait intéressant. Alors que l’homme (excellent Hugues Quester au jeu fiévreux typique de la troupe de Chéreau) fait preuve de courage et même de désinvolture au début, il va finir par craindre terriblement la mort, au point de ne pas l’accepter. La femme, très fraîche Françoise Pascal, d’abord terrorisée, va au contraire accepter le monde de la nuit et la marginalité qui l’accompagne. Ici, on retrouve le goût de Jean Rollin pour les êtres de la marge – on aperçoit à nouveau un vampire, mais aussi un clown surréaliste et une vieille femme spectrale, des figures récurrentes de son univers singulier.

Entre poésie romantique et macabre pleinement assumé

Cette fois-ci, c’est une rose de fer qui va servir de passage entre le monde des vivants et des morts, ce qui introduit une petite variation par rapport à l’horloge habituellement utilisée par le cinéaste. En tout cas, le résultat s’avère très réussi pour peu que l’on goûte au romantisme typique du 19ème siècle, ce que prouve encore les dialogues, parfois très littéraires et volontairement proche de la poésie baudelairienne. Autant d’éléments qui ont totalement échappé aux critiques de l’époque tant le nom de Jean Rollin était déjà honni.

Enfin, il convient de signaler la belle performance des deux acteurs principaux, quasiment de tous les plans. Ils évoluent avec grâce dans ce cimetière magnifié par des images superbes. On saluera leur performance, eux qui ont dû mimer une scène d’amour dans une fosse où de véritables squelettes étaient entassés. La scène procure d’ailleurs de drôles de sensations encore de nos jours tant le rapprochement entre Eros et Thanatos semble viscéral.

Box-office de La rose de fer : un cuisant échec public

Présenté pour la première fois au public le 12 avril 1973 à la Deuxième Convention Française du Cinéma Fantastique, La Rose de fer a eu toutes les peines du monde à sortir sur les écrans. C’est la firme productrice de Sam Selsky (Les Films ABC) qui s’est chargée de trouver des salles pour projeter le long métrage. La Rose de fer n’arrive sur les écrans qu’à partir du jeudi 6 décembre 1973 pour un résultat catastrophique : 2 210 entrées au Studio de la Contrescarpe et au Styx en première semaine, 4 829 entrées en bout de course. Jean Rollin fut très affecté par ce rejet total, lui qui pensait à juste titre avoir donné le meilleur de lui-même, composant un pur film d’auteur au ton très personnel. Il n’en fut pas étonné pour autant. Dès le début, il savait que ce film sérieux allait déplaire à ses fans habitués à ses productions interdites aux moins de 18 ans.

D’ailleurs, c’est à la suite de cette déconvenue que Jean Rollin accepta de tourner de purs films de sexploitation – soit des comédies sexy, sous le pseudonyme de Michel Gentil, soit carrément des films X dont il ne tournait même pas les plans hard, car dégoûté de devoir s’abaisser à de telles besognes. Peu avant La Rose de fer, Impex Films lui avait en effet proposé un contrat de plusieurs productions dénudées ce qui l’avait conduit à engager tout son argent dans la production de La Rose. En cas d’échec, il était conscient qu’il pourrait récupérer la mise en tournant ces productions peu avenantes.

Il est donc désolant de constater que le meilleur opus du réalisateur s’avère être aussi le point de départ d’une longue dérive vers un cinéma d’exploitation dont on ne sortait pas facilement à l’époque. Qu’importe le porno, Rollin réalisa son œuvre préférée. Il n’aura de cesse de la porter aux nues.

La revanche d’un auteur attachant grâce aux Anglosaxons

Depuis, La Rose de fer est toujours condamnée à l’anonymat en France. Comme tous les films de Jean Rollin, il bénéficia de nombreuses éditions en vidéocassette, chez des éditeurs de seconde zone, comme Iris Télévision ou American Vidéo. La Rose trouvera son second printemps chez Film Office, avec une édition VHS mieux distribuée, dans la collection Collectorror, en 1996.

On mentionnera ensuite l’édition DVD chez LCJ, quelconque puisque sans bonus. Depuis, chez nos amis anglosaxons, The Iron Rose a connu les honneurs de la HD chez Black House et même d’une édition 4K bardée de suppléments chez Powerhouse Films/Indicator. Preuve une fois de plus du goût de nos voisins pour un cinéaste toujours aussi décrié en France.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 5 décembre 1973

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Affiche cinéma de La Rose de fer

© 1973 Salvation Films. All Rights Reserved

Biographies +

Natalie Perrey, Jean Rollin, Françoise Pascal, Hugues Quester

Mots clés

Cinéma français, Cinéma fantastique français, Cinéma provincial français, Les cimetières au cinéma, Les histoires d’amour malheureuses au cinéma, Le macabre au cinéma

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