La nuit est mon royaume : la critique du film (1951)

Mélodrame | 1h50min
Note de la rédaction :
6/10
6

  • Réalisateur : Georges Lacombe
  • Acteurs : Jean Gabin, Jacques Dynam, Gérard Oury, Suzanne Dehelly, Marthe Mercadier, Simone Valère, Paul Azaïs
  • Date de sortie: 07 Nov 1951
  • Nationalité : Français
  • Titre original : La nuit est mon royaume
  • Titres alternatifs : The Night Is My Kingdom (Etats-Unis) / Die Nacht ist mein Reich (Allemagne) / La notte è il mio regno (Italie) / So nimm denn meine Hände (Autriche)
  • Année de production : 1951
  • Scénariste(s) : Marcel Rivet / Dialogue : Charles Spaak
  • Directeur de la photographie : Philippe Agostini
  • Compositeur : Yves Baudrier
  • Société(s) de production : Les Productions Cinématographiques (L.P.C.)
  • Distributeur (1ère sortie) : DisCina
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : René Château Vidéo (VHS, 1991) / René Château Vidéo (DVD, 2005, 2011) / Gaumont (DVD, 2012) / Gaumont (blu-ray, 2018)
  • Date de sortie vidéo : 28 février 2018 (blu-ray)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 2 533 125 entrées / 781 853 entrées
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.37 : 1 / Noir et Blanc / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : Festival de Venise 1951 : Coupe Volpi du meilleur acteur pour Jean Gabin ; le film concourrait aussi pour le Lion d'or
  • Illustrateur / Création graphique : René Péron (affiche bleutée)
  • Crédits : Gaumont
Note des spectateurs :

Mélodrame sur la cécité, La nuit est mon royaume décrit avec minutie le monde des aveugles, bénéficiant d’une interprétation de grande qualité. Gabin a d’ailleurs décroché la coupe Volpi à Venise pour sa remarquable prestation.

Synopsis : Raymond, mécanicien de locomotive, a les yeux brûlés à la suite d’un accident. Un médecin lui donne un espoir de guérison. Il devient pensionnaire d’un centre de rééducation pour aveugles où il fait la connaissance de Louise, jeune aveugle qui dirige la classe de braille.

Un projet atypique pour Jean Gabin

Critique : Après la Seconde Guerre mondiale, Jean Gabin a connu une forme de traversée du désert durant laquelle l’acteur se cherche. Il ne peut plus vraiment incarner les mêmes personnages de séducteur que durant sa jeunesse car il revient très marqué de son exil américain, mais ne se résout pas encore à jouer les patriarches, emploi qui fera sa gloire dans les années 60. Dans cet entre-deux, on peut signaler la présence d’un corpus de films intéressants tournés par le réalisateur Georges Lacombe. Dès 1946, le cinéaste dirige Jean Gabin et sa compagne Marlene Dietrich dans un Martin Roumagnac perfectible, mais qui fédère tout de même 2,4 millions de spectateurs. De quoi envisager une nouvelle collaboration.

La nuit est mon royaume, la jaquette blu-ray

© 1951 Gaumont / © 2018 Gaumont Vidéo. Tous droits réservés.

Georges Lacombe propose à Gabin un véritable défi que l’acteur se sent prêt à relever : celui d’incarner un aveugle. Lui qui a fondé l’ensemble de sa carrière sur la profondeur de son regard se voit donc privé de son principal atout en étant affublé de lunettes noires et d’un maquillage qui le rend crédible en non-voyant. Cette prise de risques n’est pas si fréquente dans la carrière de Gabin pour être soulignée. Le script de Marcel Rivet dialogué par Charles Spaak devait vraiment être excellent pour que la star sur le déclin accepte le challenge.

Un tournage sous tension

D’ailleurs, les témoins du tournage ont précisé que l’ambiance n’a pas toujours été au beau fixe entre Gabin et le réalisateur, d’autant que ce dernier a souhaité commencer les prises de vue par les scènes de cécité. Apparemment, Gabin s’est détendu lors des séquences qui correspondent au début du film, là où il retrouve un emploi plus conforme à ses habitudes.

De fait, La nuit est mon royaume commence de manière très classique avec la présentation du personnage très populaire de Gabin qui retrouve le monde des cheminots. Certains plans font d’ailleurs songer à La bête humaine (Renoir, 1938), jusqu’au moment fatidique de l’accident, très efficacement mis en scène. A partir de ce moment, le long-métrage bascule dans les ténèbres en même temps que le protagoniste.

Voyage au pays des aveugles

Pourtant, loin d’être déprimant, le film de Georges Lacombe se dote ensuite d’une qualité quasiment documentaire lorsqu’il se lance dans la description minutieuse d’une institution pour non-voyants. En 1951, peu de films avaient abordé de manière frontale la question du handicap, du moins sous l’angle sociétal. En cela, on retrouve le goût du réalisateur Georges Lacombe pour les sujets de société. Il pénètre ainsi au cœur d’un monde largement inconnu où les hommes, les femmes et les enfants se déplacent à l’aide d’une canne blanche. On y évoque également la présence récente des chiens d’aveugle.

Gabon Grand Prix International pour Gabin

© 1951 – Discina – Gaumont

Toute cette partie documentaire s’avère encore passionnante de nos jours, d’autant que la prise en charge demeure encore largement perfectible aujourd’hui. Le regard du cinéaste est ici toujours empathique, mais dénué de voyeurisme ou encore de misérabilisme. Pour faire passer le message, les auteurs ont ajouté à cela une classique intrigue mélodramatique à base de triangle amoureux. Cela permet de maintenir l’intérêt du spectateur, même si tout ceci apparaît un peu trop daté. Ici, Jean Gabin retrouve davantage ses marques en luttant pour conquérir son amour.

Gabin, détenteur de la coupe Volpi du meilleur acteur face à Brando

La nuit est mon royaume fonctionne surtout grâce à l’implication de l’ensemble du casting. Jean Gabin et Simone Valère sont tous les deux excellents dans deux rôles difficiles. Ils sont épaulés par un Gérard Oury veule, mais dont on comprend les motivations. Enfin, Suzanne Dehelly compose un personnage de bonne sœur devenant peu à peu aveugle, à la fois espiègle et touchante. C’est d’ailleurs cette excellence de l’interprétation qui a valu à Jean Gabin la coupe Volpi du meilleur acteur à Venise en 1951. Lui qui a rarement obtenu des récompenses mérite largement ce trophée tant il est crédible en aveugle. Rashomon de Kurosawa obtenait le Grand Prix et Elia Kazan décrochait pour Un tramway nommé Désir. Vivian Leigh était aussi couronné du Prix de l’interprétation féminine. Brando repartait bredouille.

Le grand public de l’époque ne s’y est pas trompé en faisant du long-métrage un joli succès populaire avec 2,5 millions d’entrées sur l’ensemble du territoire national. Pour un Gabin en période de vaches maigres, il s’agit d’un très beau résultat, amplement mérité.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 7 novembre 1951

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La nuit est mon royaume, l'affiche

© 1951 – Discina – Gaumont. Tous droits réservés.

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