Version édulcorée d’un film incisif de 1989, La guerre des Rose manque cruellement de rythme et s’avère trop consensuel pour marquer les esprits. Dispensable.
Synopsis : Ivy et Theo forment un couple parfait à qui tout réussit : des carrières couronnées de succès, un mariage épanoui, des enfants formidables… Mais sous les apparences de cette vie idéale, une tempête se prépare… Alors que la carrière de Theo s’écroule et que celle d’Ivy décolle, leurs ressentiments et leur rivalité jusque-là étouffés vont bientôt exploser.
A l’origine, une comédie culte de la fin des années 80
Critique : En 1989, l’acteur-réalisateur Danny DeVito signait avec La guerre des Rose une comédie particulièrement méchante portée par ses camarades Michael Douglas et Kathleen Turner. Cette première mouture était librement adaptée du roman éponyme de Warren Adler publié en 1981 qui décrit l’affrontement d’un couple en instance de divorce afin de récupérer leurs biens respectifs. Les amateurs d’histoire noteront d’ailleurs que le titre fait allusion à la fameuse guerre des Deux-Roses qui a opposé les maisons de Lancastre et de York au 15ème siècle en Angleterre.

© 2025 Searchlight Pictures. All Right Reserved.
Le long métrage de 1989 fut plutôt une bonne surprise au box-office américain, avec 86 888 546 $ de recettes pour un budget de 50 M$, pour une 12ème place annuelle aux States. En France, la comédie très cruelle a séduit 949 133 spectateurs lors de sa sortie en mars 1990, ce qui était également correct étant donné le contexte de crise du cinéma. Ainsi, le long métrage a fini par gagner une aura de film culte grâce à son extrême drôlerie et à son jusqu’au-boutisme dans la méchanceté crasse.
La nouvelle version aseptise un matériau trop inflammable
La crainte qui nous étreignait lors de la préparation de cette nouvelle version – les auteurs préfèrent parler d’une nouvelle adaptation du roman plutôt que d’un remake du film – venait du changement d’époque. Effectivement, La guerre des Rose cuvée 2025 ne pouvait clairement pas aller aussi loin que le film original, tant les mentalités ont évolué depuis les années 80. La présence au générique du réalisateur Jay Roach n’était pas non plus très rassurant car, si le réalisateur a su créer quelques comédies bien délirantes (on songe notamment à Austin Powers 2 : L’Espion qui m’a tirée en 1999, ou encore à Mon beau-père et moi l’année suivante), cela fait plusieurs années que le cinéaste est passé à autre chose, et notamment aux films académiques à Oscars (Dalton Trumbo ou encore Scandale).
Au vu du résultat final, il est certain que les auteurs ont cherché à édulcorer le matériau d’origine pour le rendre plus compatible avec les sensibilités actuelles. Dans cette nouvelle Guerre des Rose, on retrouve donc de nombreux éléments que l’on déteste dans le cinéma américain contemporain, avec des personnages secondaires fades qui répondent à des quotas inclusifs. Cela ne serait guère gênant si ces protagonistes prenaient réellement vie devant nous, mais Jay Roach échoue totalement à ce niveau. En fait, tous les amis du couple principal manquent de charisme et paraissent affreusement ternes par rapport aux protagonistes centraux.
Les deux acteurs principaux tentent de sauver les meubles
Dans La guerre des Rose, personne ne parvient vraiment à exister si ce n’est le couple formé par Olivia Colman et Benedict Cumberbatch qui semblent s’amuser comme des petits fous. Le problème essentiel de cette nouvelle version vient d’un manque cruel de rythme et d’un script bien trop progressif pour pleinement passionner. Ainsi, le couple est décrit comme un parfait modèle d’équilibre durant plusieurs dizaines de minutes, au point qu’on en vient à se demander si leurs chamailleries vont enfin démarrer. Contrairement à ce que laisse supposer la bande-annonce, la fameuse guerre n’intervient véritablement que dans la dernière demi-heure.

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Dès que les coups commencent à pleuvoir, le film prend enfin son envol et nous gratifie de quelques excellentes séquences comme celle du dîner entre amis qui tourne au cauchemar ou encore tout l’affrontement final. Malheureusement, tout ceci intervient un peu trop tardivement et Jay Roach a mis la pédale douce sur la cruauté des deux époux. Pas question en 2025 de donner à manger à son mari son chien préféré comme dans le film de 1989. D’ailleurs, le cinéaste se dégonfle jusqu’au bout puisqu’il achève son film sur une ellipse, certes maline, mais qui évite surtout d’appuyer la méchanceté du propos.
On peut donc légitimement se poser la question de l’utilité d’un tel remake, sachant que l’on prendra davantage de plaisir à revoir l’original que cette version édulcorée et finalement anecdotique. Le seul ingrédient comestible vient donc du jeu toujours impeccable des deux acteurs principaux, parfaitement à l’aise dans cette comédie tout à fait dispensable au goût frelaté.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 27 août 2025

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Jay Roach, Benedict Cumberbatch, Kate McKinnon, Olivia Colman, Andy Samberg
Mots clés
Cinéma américain, Comédie de duo, Films sur le couple, Les violences conjugales au cinéma