La conséquence : la critique du film (1978)

Drame, LGBTQ+, Téléfilm | 1h40min
Note de la rédaction :
7,5/10
7,5
Affiche de La conséquence de Wolfgang Petersen

  • Réalisateur : Wolfgang Petersen
  • Acteurs : Jürgen Prochnow, Ernst Hannawald, Werner Schwuchow, Hans-Michael Rehberg
  • Date de sortie: 21 Juin 1978
  • Nationalité : Allemand
  • Titre original : Die Konsequenz
  • Titres alternatifs : The Consequence (titre international) / La consecuencia (Espagne et Mexique) / Konsekwencja (Pologne) / A Consequência (Brésil)
  • Année de production : 1977
  • Autres acteurs : Hans Putz, Elisabeth Fricker, Walo Lüönd, Edith Volkmann, Erwin Kohlund, Alexis von Hagemeister, Alexander Ziegler, Jan Groth
  • Scénaristes : Wolfgang Petersen et Alexander Ziegler d'après son roman
  • Directeur de la photographie : Jötg Michael Baldenius
  • Compositeur : Niels Sustrate
  • Monteur : Hannes Nikel
  • Producteurs : Bernd Eichinger, Peter Genée
  • Sociétés de production : Solaris Film
  • Distributeur : SND
  • Éditeur vidéo : -
  • Date de sortie vidéo : -
  • Box-office Paris-périphérie : 44 216 entrées (Paris)
  • Box-office nord-américain / monde : -
  • Budget : -
  • Classification : Interdit aux moins de 18 ans à l’époque, désormais interdit aux moins de 16 ans
  • Formats : 1.37 : 1 / Noir et Blanc / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : Munich Film Festival 1978 : Prix du meilleur acteur pour Jürgen Prochnow
  • Illustrateur / Création graphique Pessin © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : Solaris Film © Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

La conséquence militait dès 1977 pour la reconnaissance des droits des homosexuels dans une œuvre belle et tragique qui flingue la criminalisation de cette population opprimée. Fort et poignant.

Synopsis : Thomas, âgé de quinze ans, est le fils d’un gardien de prison. Il tombe amoureux d’un prisonnier, un acteur homosexuel nommé Martin. Quand Martin sort de prison, Thomas annonce son homosexualité à ses parents, qui le chassent. Le père fait ensuite enfermer son fils dans une maison de correction. Thomas parvient cependant à s’enfuir avec l’aide de Martin. Mais sa vie est ensuite très difficile, entre prostitution et tentatives de suicide.

La conséquence, un téléfilm sur l’homosexualité au cœur des années 70

Critique : Aujourd’hui davantage connu des cinéphiles pour ses travaux hollywoodiens (Dans la ligne de mire, Alerte!, En pleine tempête, Troie), le cinéaste allemand Wolfgang Petersen fut révélé dans les années 80 par quelques grosses productions allemandes comme Le bateau (1981) et L’histoire sans fin (1984). Mais bien avant cela, le cinéaste a passé la totalité des années 70 à travailler pour la télévision allemande. D’ailleurs, son travail pour le petit écran se doit d’être aujourd’hui réévalué, d’autant que certaines de ses œuvres ont fait l’objet d’une exploitation en salles en France. Ce fut notamment le cas du prenant L’échiquier de la passion (1978) et de L’amour fou (1976), exploité dix ans plus tard sur le seul nom de sa jeune actrice débutante, la belle Nastassja Kinski.

Avec La conséquence (1977), Wolfgang Petersen et son coscénariste Alexander Ziegler abordent un sujet encore largement tabou en ce milieu des années 70, à savoir l’homosexualité. Si celle-ci a déjà été traitée au cinéma, c’est généralement sous l’angle de la moquerie (par la comédie excentrique, type La cage aux folles) ou de la déviance criminelle (les tueurs homosexuels sont légion dans les années 60 et 70).

Quand l’homosexualité était considérée comme une maladie

Or, Petersen choisit ici de prendre le contrepied de ses confrères et de proposer l’histoire tragique d’un couple homosexuel qui ne demande qu’à vivre heureux, tandis que la société criminalise leur relation. Pour mémoire, rappelons que l’homosexualité n’est plus considérée comme un délit en France depuis seulement 1982. En Allemagne, la législation semblait plus tolérante dès 1967, mais les relations homosexuelles consenties n’étaient toujours pas possibles au-dessous de 21 ans.

Or, le personnage du jeune gay qui séduit un détenu plus vieux que lui a bien 17 ans dans le long-métrage (il est d’ailleurs interprété par le jeune Ernst Hannawald qui avait tout juste l’âge du rôle). Le personnage tombe donc sous le coup de la loi et est envoyé par ses parents dans une maison de correction et un institut psychiatrique où l’on va s’évertuer à « soigner » l’inverti. La conséquence nous rappelle donc cette époque terrible et pas si ancienne où l’on considérait encore l’homosexualité comme une déviance et une maladie que l’on pouvait traiter comme n’importe quelle autre névrose.

Les parias de l’amour

Si La conséquence peut apparaître comme une œuvre très banale dans sa structure – il s’agit vraiment d’une tragédie – cette volonté de classicisme vient au contraire faciliter l’identification du grand public envers ce couple homosexuel magnifiquement interprété par Jürgen Prochnow et Ernst Hannawald. Leur amour impossible rejoint celui des tourtereaux que furent autrefois Roméo et Juliette, et ce rapprochement n’est pas anodin puisque le but du cinéaste est effectivement d’insister sur l’amour qui unit ces deux êtres, peu importe leur sexe. Particulièrement cruel, le drame se transforme peu à peu en tragédie dès lors que les personnages se trouvent empêchés dans leur relation par une société qui fait d’eux des parias.

Particulièrement dur lorsqu’il décrit les mauvais traitements infligés par l’institution, La conséquence est donc une œuvre forte et poignante, mais qui ne tombe jamais dans le piège du mélodrame. Pour éviter cela, Wolfgang Petersen a opté pour un format très carré qui étouffe les personnages comme dans un carcan, mais aussi pour un superbe noir et blanc et une grande économie de moyens. D’ailleurs, à aucun moment le spectateur n’a le sentiment d’assister à la projection d’un téléfilm, mais bien d’un beau film d’auteur.

La conséquence, interdit à la télévision allemande en 1977, mais diffusé au cinéma

Prévu pour une retransmission télévisée en Allemagne, la très conservatrice Bavière a fait opposition à sa diffusion et le métrage est donc resté un temps dans un placard. Finalement, les auteurs et producteurs ont opté pour une présentation au Festival de Munich – où Jürgen Prochnow a décroché un Prix d’interprétation – et une sortie directement en salles dans plusieurs pays, dont la France.

Interdit aux moins de 18 ans lors de sa sortie française le 21 juin 1978, La conséquence a connu une distribution convenable sur Paris et sa périphérie malgré son sujet sulfureux. Proposé dans neuf cinémas, dont 6 écrans en intra-muros, l’étude de mœurs de Wolfgang Petersen réalise 13 252 cinémas en première semaine, dont 4 063 tickets vendus à l’UGC Danton. Il était par ailleurs présent à l’UGC Biarritz, l’UGC Opéra, l’UGC Gare de Lyon, le Mistral et les 3 Murat. En 2e et 3e semaines, la réflexion sociétale interpelle encore respectivement 9 591 et 7 290 progressistes.

Au final, La conséquence restera 10 semaines à l’affiche de la capitale, avec une ultime semaine à 728 spectateurs au Bilboquet. Cela lui a permis de cumuler 44 216 tickets.

Les critiques, quant à elles, furent globalement positives puisque le long-métrage présentait au public un couple homosexuel comme on en avait rarement vu sur grand écran auparavant. En cela, La conséquence est un jalon important dans la reconnaissance des droits des LGBT en Europe. On peut d’ailleurs regretter que cette belle tragédie humaine ne soit pas du tout disponible en format physique en France, car les cinéphiles y perdent assurément.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 21 juin 1978

Voir le film en VOD

Affiche de La conséquence de Wolfgang Petersen

Design © Pessin

Biographies +

Wolfgang Petersen, Jürgen Prochnow, Ernst Hannawald, Werner Schwuchow, Hans-Michael Rehberg

Mots clés

Films LGBTQ+, Les premiers films sur l’homosexualité, L’homophobie au cinéma

x