Judas and the Black Messiah : la critique du film (2021)

Biopic, Historique, Drame | 2h06min
Note de la rédaction :
8/10
8
Judas and the Black Messiah, affiche vod france

  • Réalisateur : Shaka King
  • Acteurs : Martin Sheen, Daniel Kaluuya, LaKeith Stanfield, Jesse Plemons, Dominique Fishback
  • Date de sortie: 12 Fév 2021
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Judas and the Black Messiah
  • Titres alternatifs : Judas e o Messias Negro (Portugal et Brésil) / Judasz i czarny mesjasz (Pologne) / Judas y el mesías negro (Mexique et Argentine)
  • Année de production : 2020
  • Scénariste(s) : Will Berson, Shaka King, d'après une histoire de Kenny Lucas, Keith Lucas
  • Directeur de la photographie : Sean Bobbitt
  • Compositeur : Craig Harris, Mark Isham
  • Société(s) de production : BRON Studios, Bron Creative, MACRO, Participant, Proximity
  • Distributeur (1ère sortie) : Inédit en salles en France. La date ci-dessus est celle de la diffusion sur internet.
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Warner Bros. Entertainment France (DVD et blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : 28 avril 2021 (Achat numérique),9 juin 2021
  • Box-office France / Paris-périphérie : -
  • Box-office nord-américain : 5,4 M$
  • Budget : 26 M$
  • Rentabilité : -
  • Classification : -
  • Formats : 2.39 : 1 / Couleurs / Son : Dolby Atmos
  • Festivals et récompenses : Golden Globes 2021 : Meilleur acteur dans un second rôle pour Daniel Kaluuya / Oscars 2021 : Meilleur acteur dans un second rôle pour Daniel Kaluuya, Meilleure chanson originale : Fight for You de H.E.R.
  • Illustrateur / Création graphique : Concept Arts
  • Crédits : © 2021 BRON Studios - Bron Creative - MACRO
Note des spectateurs :

Judas and the Black Messiah revient sur une figure centrale du Black Panther Party et livre une analyse pertinente de la lutte armée pour les droits civiques aux Etats-Unis durant les années 60. Passionnant.

Synopsis : À la fin des années 1960 à Chicago, un petit malfaiteur, William O’Neal, se fait passer pour un agent fédéral pour voler des voitures mais il est rapidement intercepté par le FBI. Agent spécial, Roy Mitchell lui propose un marché. S’il accepte de collaborer avec le FBI comme informateur donc, toutes les charges contre lui seront abandonnées. Il est chargé d’infiltrer le Black Panther Party et doit se rapprocher tout particulièrement de Fred Hampton, leader et orateur charismatique du parti…

Une sortie entravée par la crise de la Covid-19

Critique : Au milieu des années 2000, deux projets concurrents envisageaient de raconter l’histoire de l’assassinat du Black Panther Fred Hampton en 1969. Deux scripts circulent, mais le projet mené par le cinéaste F. Gary Gray semble le plus avancé. Finalement, ce dernier échoue à concrétiser et le projet revient dans les mains du réalisateur Shaka King qui s’était fait remarquer au début des années 2010 par son film de fin d’études Newlyweeds (2013) et quelques courts. Finalement, King et le scénariste Will Berson ont réécrit l’ensemble et présenté le nouveau script à Charles D. King de la société MACRO.

Judas and the Black Messiah, photo 1

© 2021 Warner Bros. France. Tous droits réservés.

Ce producteur indépendant a pu mettre sur la table la moitié du budget nécessaire, le reste étant apporté par le cinéaste Ryan Coogler. Le réalisateur de Black Panther, devenu bankable depuis le triomphe de son film de super-héros, a convaincu Warner Bros. de distribuer le long-métrage en salles. Malheureusement pour le métrage, la crise du coronavirus a retardé sa distribution dans les salles et Warner a décidé de précipiter sa  diffusion sur la plateforme HBO Max pour mettre en valeur son passage à la SVOD et exister face à Netflix et Disney+.

Même si le long-métrage n’aura pas eu les honneurs d’une sortie traditionnelle, Judas and the Black Messiah s’est vu gratifier de plusieurs nominations aux Oscars et à même reçu deux statuettes aux Oscars 2021 (meilleur second rôle pour Daniel Kaluuya et meilleure chanson).

Un contexte historique judicieusement planté

Mais que vaut donc ce biopic évoquant une figure majeure du mouvement des Black Panthers assassinée à la fin des années 60 ? Tout d’abord, on pourra signaler l’intelligence du scénario ne cherchant aucunement à transformer le long-métrage en un pamphlet politique qui serait influencé par la situation tendue aux Etats-Unis à la suite de l’affaire George Floyd. Certes, on ne peut faire abstraction de la situation catastrophique laissée par Donald Trump sur le plan de la haine raciale, ni même du mouvement Black Live Matters. Mais, pour autant, Shaka King n’oublie pas qu’il évoque ici un événement historique baignant dans un contexte particulier et qui ne peut pas être récupéré tel quel de nos jours.

Pour mémoire, le film commence en 1968, période très trouble dans la lutte des Noirs pour les droits civiques. Ainsi, Malcolm X a été assassiné en 1965, puis ce fut le tour de Martin Luther King au mois d’avril 1968, tandis que le quartier de Watts (à Los Angeles) a connu d’importantes émeutes raciales en 1965, puis 1967. C’est dans ce contexte très troublé qu’est fondé en 1966 le Black Panther Party. Le film nous présente donc l’action du parti en 1968, alors que la section installée à Chicago se développe fortement par la présence d’un leader charismatique nommé Fred Hampton.

Des militants certes, mais avant tout des révolutionnaires communistes

Sans tomber dans l’hagiographie – mais en minimisant tout de même un peu le recours à la violence – Shaka King présente les actions sociales menées par ces militants de la cause noire qui se revendiquent comme communistes. Leur but est bien de provoquer une révolution sociale violente, préalable à toute égalité du peuple. Le réalisateur démontre avec précision le mode d’action du parti pour gagner les faveurs du peuple opprimé, mais aussi les nombreuses tentatives pour rallier les Blancs prolétaires à leur combat qui ne se limite pas à la cause des Noirs. Cet aspect moins connu de leur action rend le groupe révolutionnaire intéressant sur le plan historique, de même que la forte proportion de femmes au cœur de l’organisation.

Judas and the Black Messiah, photo 2

© 2021 Warner Bros. France. Tous droits réservés.

Très habile dans sa description du mouvement, Shaka King est également très pertinent dans sa façon d’aborder son biopic puisqu’il enfourche au passage le genre du thriller.

Aussi, nous sommes invités à suivre le parcours ambigu de Bill O’Neal (le Judas du titre) qui, pris au piège par le FBI, doit s’infiltrer au sein des Black Panthers pour livrer des informations de première main aux services secrets. C’est donc par le personnage extérieur incarné avec beaucoup d’intelligence par LaKeith Stanfield – qui méritait lui aussi la statuette aux Oscars – que le spectateur découvre de l’intérieur le fonctionnement du mouvement. Par ce biais, King dénonce aussi les agissements du grand patron du FBI, le célèbre J. Edgar Hoover (interprété par un Martin Sheen méconnaissable sous des tonnes de maquillage).

Quand l’activisme répond à une violence institutionnalisée

Certes, l’activisme noir dérangeait, mais c’est bien entendu la dimension révolutionnaire et communiste qui a fait du Black Panther Party un ennemi de l’Etat à abattre par tous les moyens, y compris illégaux. On notera d’ailleurs que cette stratégie de la déstabilisation interne du parti a été payante puisque le mouvement s’est éteint progressivement, miné par des dissensions orchestrées par le FBI.

Le long-métrage opère une judicieuse inflation des manquements aux droits les plus élémentaires, afin de scandaliser le spectateur. On retrouve par moments une tension aussi forte que dans le récent Detroit (Bigelow, 2017), notamment durant les dernières séquences qui ne peuvent laisser indifférent. Il est clair que le point de vue des auteurs est plutôt favorable aux activistes révolutionnaires et qu’ils minorent l’usage de la violence en insistant davantage sur les brimades et autres exactions des policiers. Pour autant, cela correspond aussi à une réalité historique, puisque la violence des activistes répondait en quelque sorte à une violence institutionnelle, tout en étant également une opposition de classe.

Judas and the Black Messiah, affiche VOD

© 2021 BRON Studios – Bron Creative – MACRO / Affiche : Concept Arts. Tous droits réservés.

Un film classique, mais qui offre quelques beaux portraits d’hommes ambigus

Alors que Daniel Kaluuya incarne une figure de leader charismatique, on lui préfère nettement l’interprétation nuancée de LaKeith Stanfield. En tant que traître, le personnage interpelle par son ambiguïté. Celle-ci n’est d’ailleurs pas levée par l’entretien avec le vrai Bill O’Neal qui clôt le film. L’homme ne semble rien regretter, en apparence tout du moins puisqu’un carton final précise son destin (que nous ne spoilerons pas). Par son aspect terriblement humain, c’est sans aucun doute le plus beau personnage d’un long-métrage décidément très riche sur le plan thématique.

Réalisé de manière classique, Judas and the Black Messiah propose également quelques beaux plans de cinéma, notamment lors d’une scène inaugurale en plan-séquence, ou encore lors des impressionnantes fusillades au cœur des quartiers pauvres de Chicago. Mais le long-métrage s’appuie surtout sur des interprétations remarquables de l’ensemble du casting.

Il est donc bien dommage que nous ne puissions découvrir cette œuvre passionnante sur grand écran, du moins en France, alors que le 10 mars 2021 Warner Bros.fr annonçait encore : « Judas and the Black Messiah est attendu dans les salles françaises en 2021″. Finalement, autour des Oscars, cet excellent thriller est proposé en achat numérique et même sur Canal+ qui se montre aussi friande d’exclusivités. Le blu-ray est proposé pour le 9 juin 2021.

Critique de Virgile Dumez

Voir le film en VOD

Judas and the Black Messiah, affiche vod france

© 2021 Warner Bros. France. Tous droits réservés.

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Judas and the Black Messiah, affiche vod france

Bande-annonce de Judas and the Black Messiah (VOSTF)

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