Jade : la critique du film (1995)

Thriller, Erotique | 1h35min
Note de la rédaction :
4,5/10
4,5
Jade, affiche vod

  • Réalisateur : William Friedkin
  • Acteurs : Chazz Palminteri, Richard Crenna, Michael Biehn, Victor Wong, Linda Fiorentino, David Caruso
  • Date de sortie: 29 Nov 1995
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Jade
  • Titres alternatifs : Jeido (Japon) / Ljubavna ucjena (Croatie)
  • Année de production : 1995
  • Scénariste(s) : Joe Eszterhas
  • Directeur de la photographie : Andrzej Bartkowiak
  • Compositeur : James Horner
  • Société(s) de production : Paramount Pictures, Robert Evans Company
  • Distributeur (1ère sortie) : UIP
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Paramount (VHS) / Paramount Pictures (DVD, 2000)
  • Date de sortie vidéo : 9 novembre 2000 (DVD)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 236 891 entrées / 92 029 entrées
  • Box-office nord-américain : 9,8 M$
  • Budget : 50 M$
  • Rentabilité : -
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Dolby
  • Festivals et récompenses : 1 nomination aux Razzies 1996 : Pire scénario pour Joe Eszterhas
  • Illustrateur / Création graphique : -
  • Crédits : Paramount Pictures
Note des spectateurs :

Pâle copie de Basic Instinct, Jade souffre d’un script inepte et incohérent que William Friedkin tente de relever par une réalisation efficace. Il n’y parvient que ponctuellement.

Synopsis : Un jeune juge ambitieux est confronté à une affaire trouble dans laquelle la femme d’un de ses amis est accusée de meurtre. Il se retrouve alors entraîné à son insu dans les dédales secrets du pouvoir, de l’argent et du sexe…

Jade tente de surfer sur le triomphe de Basic Instinct

Critique : En 1992, le thriller Basic Instinct affole le box-office mondial, consacrant à la fois l’actrice Sharon Stone, le réalisateur Paul Verhoeven et également le scénariste Joe Eszterhas. Ce dernier devient en un seul long-métrage le scénariste le mieux payé de Hollywood, ainsi que le plus convoité par les producteurs. Ainsi, Eszterhas a touché trois millions de dollars pour son script de Basic Instinct, ce qui était un record à l’époque. Il a continué sur sa lancée avec le scénario de Sliver (Noyce, 1993), puis ceux de Showgirls (Verhoeven, 1995) et Jade (Friedkin, 1995).

C’est d’ailleurs le producteur Robert Evans qui fait l’acquisition de ce dernier script pour le studio Paramount et le destine au réalisateur William Friedkin. Il s’agit alors d’une belle marque de confiance envers un réalisateur au creux de la vague après avoir été adulé dans les années 70 grâce aux triomphes de French Connection (1971) et L’exorciste (1973). Ayant enchaîné les échecs commerciaux, Friedkin confirme dans son autobiographie Friedkin Connection (La Martinière, 2013, p 540) que :

Personne ne venait frapper à ma porte pour me proposer de faire un nouveau film.

Un projet qui souffre d’un script paresseux

Pour Friedkin, ce projet pouvait apparaître comme une bonne occasion de se refaire une santé sur le plan commercial. Il dispose du soutien d’un gros studio, d’un budget plus que confortable de cinquante millions de dollars, d’un script élaboré par le scénariste le plus en vue du moment et d’un casting qui pouvait s’avérer payant sur le papier. Effectivement, en 1995, David Caruso est devenu une valeur sûre de la télévision américaine avec sa série New York Police Blues. Le cinéaste peut également tabler sur la récente popularité acquise par la sulfureuse Linda Fiorentino dont le talent a éclaté dans Last Seduction (Dahl, 1994), mais aussi celle de Chazz Palminteri qui vient d’être nommé aux Oscars pour sa prestation dans Coups de feu sur Broadway de Woody Allen (1994). William Friedkin résume la situation de cette manière :

Une distribution splendide. Un scénario merveilleux. Des lieux de tournage superbes. Comment pouvait-on se planter ?

En réalité, derrière ce tableau en apparence idyllique se cache une autre réalité. Si William Friedkin se sort plutôt bien d’affaire en termes de réalisation pure, il ne parvient pas à élever le niveau d’un script bien trop léger pour être pleinement convaincant. Ainsi, Eszterhas ne semble pas avoir donné beaucoup de lui-même dans l’écriture du scénario. Alors que l’intrigue nous met très rapidement sur la piste d’une sombre affaire de chantage sexuel entre hommes politiques, le scénariste ne trouve pas mieux que de détourner le spectateur de l’histoire principale en recopiant des pans entiers de Basic Instinct.

Eszterhas ou l’art de la photocopie à plusieurs millions de dollars

Ainsi, le personnage de psy incarnée par Linda Fiorentino est quasiment le même que celui de la romancière Catherine Tramell (Sharon Stone) dans le polar de Verhoeven. La relation qu’elle entretient avec le procureur est identique à celle de Stone et Michael Douglas. Eszterhas a même ajouté une lesbienne androgyne comme dans son œuvre la plus populaire. Certes, un auteur a le droit de creuser le même sillon, mais ici cela tient parfois de la photocopie pure et dure, en nettement moins inspiré. Effectivement, cette intrigue tournant autour de la prostituée Jade ne s’insère jamais harmonieusement au cœur de l’histoire politique, dont elle constitue finalement une sorte d’intermède. On a donc surtout l’impression d’un collage maladroit entre plusieurs éléments disparates qui ne se rejoignent pas vraiment.

Ensuite, le long-métrage souffre d’un casting pas aussi charismatique que prévu. Tout d’abord, David Caruso n’a absolument pas les épaules du rôle et manque cruellement de charisme. Même problème avec Chazz Palminteri, bon comédien par ailleurs, mais qui peine à attirer la sympathie. Seule Linda Fiorentino tente de se démener, mais elle ne possède pas l’ambiguïté requise pour un tel rôle et échoue à susciter le trouble, y compris lors des scènes de sexe, filmées de manière assez plate.

Une scène de course-poursuite en voiture à retenir

De cet ensemble très moyen, on ne sauvera donc que quelques passages et notamment l’excellente poursuite automobile en plein San Francisco qui rappelle celle de French Connection. Là encore Friedkin filme pied au plancher, sans renfort de musique, et parvient à tirer le meilleur de cascadeurs impressionnants. Certes, l’ensemble n’égale pas la séquence culte du film de 1971, mais on sent que le réalisateur a encore du lion dans son moteur. D’ailleurs, Friedkin se défend dans son autobiographie en disant :

La meilleure scène de course-poursuite que j’aie jamais tournée et la plus difficile à réaliser se trouve dans Jade. […] Jade fut un désastre critique et financier, pourtant il contient certains des moments les plus réussis de ma filmographie.

Si nous ne souscrivons pas totalement à ce point de vue, force est d’admettre que la réalisation de Friedkin demeure un des points forts du film. Dommage que le long-métrage s’inscrive dans un genre qui n’a pas accouché de grande œuvre hormis Basic Instinct et qu’il enfonce des portes ouvertes sur la corruption des élites. Une thématique chère au cinéaste, mais mal exploitée ici.

Jade, un accident industriel

Lors de sa sortie aux Etats-Unis, Jade est immédiatement pointé du doigt par les critiques qui ne l’épargnent pas (le film est nommé aux Razzies) et le public boude le long-métrage. Celui-ci ne récupère même pas dix millions de dollars sur toute l’Amérique du Nord pour un budget astronomique de cinquante millions, dont on se demande d’ailleurs comment il a pu être dépensé. En France, même dédain du grand public avec seulement 236 891 petits voyeurs sur l’ensemble du territoire national. Il faut dire que le nom de Friedkin n’évoquait plus rien aux cinéphiles et que le casting était peu vendeur, avec l’absence d’une vraie star pour porter le film.

Largement oublié depuis, Jade n’a eu le droit qu’à une édition VHS, puis DVD, avant de disparaître des radars. En France, le film n’aura sans doute jamais le droit à une édition physique en blu-ray, preuve d’un manque total d’intérêt envers cette œuvre effectivement dispensable, mais représentative d’un certain cinéma américain des années 90.

A noter que cette critique a été rédigée à partir du montage cinéma, et non de celui du director’s cut, plus long de douze minutes figurant sur la VHS originale.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 29 novembre 1995

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