Guendalina : la critique du film (1957)

Comédie dramatique | 1h40min
Note de la rédaction :
8/10
8
Affiche de Guendalina d'Alberto Lattuada, reprise 2020

  • Réalisateur : Alberto Lattuada
  • Acteurs : Raf Vallone, Jacqueline Sassard, Raf Mattioli, Sylva Koscina
  • Date de sortie: 04 Oct 1957
  • Nationalité : Italien
  • Reprise : 29 juillet 2020
  • Scénariste(s) : Valerio Zurlini, Alberto Lattuada, Leo Benvenuti, Piero De Bernardi, Jean Blondel
  • Compositeur : Piero Piccioni (sous le nom de Piero Morgan)
  • Directeur de la photographie : Otello Martelli
  • Distributeur : Les Films Marceau
  • Sociétés de production : CEI Incom, Carlo Ponti Cinematografica, Les Films Marceau
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 1 007 270 entrées / 249 848 entrées
  • Classification : Tous publics Interdit aux moins de 12 ans
  • Festival : Sélection officielle Cannes 1957
  • Formats : 1.37 : 1 / Mono / Noir et blanc
  • Crédits : ® 1957 Carlo Ponti S.P.A. - CEI Incom - TF1 Droits Audiovisuels - Les Films Marceau. Tous droits réservés
Note des spectateurs :
[Total : 0   Moyenne : 0/5]

Centré sur les premiers émois de deux adolescents, Guendalina est un film très construit et touchant, qui mérite amplement d’être redécouvert.

Synopsis : À Viareggio, en Toscane, l’été touche à sa fin : Guendalina, jeune adolescente de quinze ans, flirte avec Oberdan, le fils du maître-nageur, sans grande conviction et surtout pour dissiper son ennui. Ses parents milliardaires s’apprêtent, quant à eux, à divorcer…

Critique : Quand Alberto Lattuada entreprend Guendalina, il n’est plus un débutant (il tourne depuis 1943) et s’est déjà prêté à des genres divers, ce qu’il continuera à faire par la suite. La maîtrise sans ostentation dont il fait preuve contribue à faire de ce film apparemment modeste une réussite. Modeste, parce que l’histoire, celle d’un amour interdit entre une fille riche et un garçon pauvre, a connu nombre de variations. Néanmoins, le sujet est neuf à l’époque en ce qu’il concerne des adolescents, et l’éveil à l’amour, plutôt subtilement montré, a gardé la fraîcheur des premières fois.

Guendalina d'Alberto Lattuada

Copyrights : ® 1957 Carlo Ponti S.P.A. – CEI Incom – TF1 Droits Audiovisuels – Les Films Marceau. Tous droits réservés

Une présentation subtile de la jeunesse

Le film commence par un groupe de jeunes gens à vélo : ils sont beaux et insouciants, s’agacent l’un l’autre sous un soleil resplendissant. Mais cette image de bonheur vient contredire un générique à la musique menaçante et la menace, même si elle tarde à venir, est l’enjeu narratif majeur. Pour mettre en place ce groupe qui n’aura d’importance que quand il sera dissous, Lattuada s’attarde en particulier, comme il le fera ensuite souvent, sur les jambes de filles, annonçant ainsi le thème de la séduction par un érotisme discret que la suite ne confirmera pas. De ce groupe sont absents, mais on ne le sait pas encore, les deux protagonistes. Leur survenue fonctionne comme une annonce : Guendalina se fait appeler par les autres et elle les retarde. Par la suite, son nom sera crié à de nombreuses reprises et sur tous les tons (très belle scène où elle lui demande de les varier) et le retard reviendra sous diverses formes (elle le retarde pour aller à la chasse, il n’a plus le temps de réviser pour ses examens, et la fin joue sur la possibilité d’un retard définitif). Il faut attendre un peu pour que cette masse encore indistincte retrouve Oberdan, le futur amoureux. Là encore, le scénario le présente par un trait qui va devenir majeur : c’est celui qui ne peut pas venir, celui qui doit rester. Captif de sa condition comme de son travail puis de Gendalina, Oberdan est condamné à suivre en décalage, à obéir, à rester.

Un ensemble cohérent

Même si une intrigue secondaire se développe (un amoureux éconduit), le film élimine bien vite les personnages inutiles pour se concentrer sur le couple et sa famille ; d’ailleurs, les plans de ville ou de plage désertes vont se multiplier. Là encore, on ne peut qu’apprécier l’efficacité de la narration. Malgré les situations différentes, Guendalina garde une cohérence d’ensemble par des liens constants : pour ne prendre qu’un exemple, la nièce d’Oberdan est atteinte de surdité. Sa rencontre est l’occasion d’une bourde de la jeune fille, qui entraîne des excuses et crée un lien. Mais ce motif prend une autre dimension quand la nécessité d’un appareil oblige à un voyage à Pise qui sera le grand déclencheur. De la même manière, le scénario entremêle divers détails avec une finesse certaine jusqu’au plus visible, l’imperméable. Emprunté au début, redonné, repris et enfin jeté par la fenêtre, il s’enrichit de significations variées. Au fond, quand il retrouve son propriétaire, le lien disparaît.

L’apprentissage de la gravité

Dans la première partie, le film présente avec une certaine complaisance Guendalina comme une gamine insupportable : elle enchaîne les caprices, accumule les erreurs, parle trop fort. Une vraie tête à claques. Même si on peut l’expliquer à la fois par sa situation d’enfant gâtée et la séparation de ses parents, avouons que Lattuada a la main un peu lourde dans cette description caricaturale. En revanche, le changement de la jeune fille, cet apprentissage de la gravité, est remarquablement filmé : d’abord quand Oberdan raconte la fin de son père et qu’un beau travelling fait passer d’un gros plan à l’autre ; ensuite au moment du voyage à Pise, avec la dispute et la réconciliation dans le bus. C’est là que le métrage bascule et que, à la suite de l’héroïne, il passe de la comédie au drame.

photo de Jacqueline Sassard dans Guendalina de Lattuada

Copyrights : ® 1957 Carlo Ponti S.P.A. – CEI Incom – TF1 Droits Audiovisuels – Les Films Marceau. Tous droits réservés

Une affaire de morale ?

Si le film se concentre sur le jeune couple, il n’oublie pas le poids de la famille. La mère d’Oberdan comme les parents de Guendalina se méfient, condamnent cet amour naissant, les obligeant à ruser. Pourtant, Lattuada prend nettement le parti des protagonistes, qu’il décrit d’ailleurs très chastement, contre les parents raides en apparence. En apparence seulement, puisque le père, malgré les retrouvailles finales, reste un dragueur invétéré. Plus subtilement, pour que le couple se déclare et s’embrasse, il faut qu’Oberdan ait fréquenté une prostituée et l’avoue. Ce jeu avec la morale impose un point de vue nuancé : le regard du cinéaste est davantage compréhensif que moraliste, sans jugement tranché. Mais il privilégie la fraîcheur de l’âge des possibles ; pour les parents, tout est déjà joué.

Lattuada reste encore méconnu en France ; il n’a ni l’aura ni le génie d’un Fellini ou d’un Antonioni, mais ses films gagnent à être (re) découverts. Ainsi de ce Guendalina, attachant et sensible, qui fait montre d’un talent certain. Même les quelques maladresses des jeunes acteurs apportent de l’authenticité à cette œuvre infiniment charmante.

François Bonini

Sorties de la semaine du 4 octobre 1957

Les sorties de la semaine du 29 juillet 2020

Affiche de Guendalina d'Alberto Lattuada, reprise 2020

Copyrights : ® 1957 Carlo Ponti S.P.A. – CEI Incom – TF1 Droits Audiovisuels – Les Films Marceau. Tous droits réservés

Trailers & Vidéos

trailers
x
Affiche de Guendalina d'Alberto Lattuada, reprise 2020

Bande annonce de Guendalina

Comédie dramatique

x