Five Easy Pieces (Cinq pièces faciles) : la critique du film (1971)

Drame | 1h38min
Note de la rédaction :
7,5/10
7,5
Cinq pièces faciles, l'affiche

  • Réalisateur : Bob Rafelson
  • Acteurs : Jack Nicholson, John P. Ryan, Karen Black, Bob Rafelson, Billy Green Bush, Susan Anspach
  • Date de sortie: 14 Avr 1971
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Five Easy Pieces
  • Titres alternatifs : Cinq pièces faciles (VHS, DVD, France), Five Easy Pieces - Ein Mann sucht sich selbst (Allemagne) / Mi vida es mi vida (Espagne) / Destinos Opostos (Portugal) / Pięć łatwych utworów (Pologne) / Cinque pezzi facili (Italie) / Cinco piezas fáciles (Cuba) / Cada um Vive como Quer (Brésil)
  • Année de production : 1970
  • Scénariste(s) : Carole Eastman, Bob Rafelson
  • Directeur de la photographie : László Kovács
  • Compositeurs : Œuvres de Chopin, Bach et Mozart
  • Société(s) de production : BBS Productions, Columbia Pictures, Five Easy Pieces Productions, Raybert Productions
  • Distributeur (1ère sortie) : Columbia Films
  • Distributeurs (reprise) : Ciné Classic / Solaris Distribution (2012) / Park Circus Films (2016)
  • Dates de reprise : 23 juin 1993 / 15 février 2012 / 21 septembre 2016
  • Éditeur(s) vidéo : Atlantic Home Vidéo (VHS), Gaumont Columbia TriStar (DVD, 1999)
  • Date de sortie vidéo : 3 décembre 1999 (DVD)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 250 387 entrées (France) / 162 518 entrées - 112 234 entrées (France, 1993), 6 771 entrées (France, 2012), 937 entrées (France, 2016)
  • Box-office nord-américain : 18 M$ (129, 3 M$ au cours de 2022)
  • Budget : 1,6 M$ (11,5 M$ au cours de 2022)
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : Oscar 1971 : 4 nominations pour le meilleur film, meilleur acteur (Jack Nicholson), meilleure actrice dans un second rôle (Karen Black) et meilleur scénario / Golden Globes 1971 : Prix de la meilleure actrice dans un second rôle pour Karen Black / New York Film Critics Circle Awards 1970 : Prix du meilleur film, du meilleur réalisateur et de la meilleure actrice dans un second rôle (Karen Black)
  • Illustrateur / Création graphique : -
  • Crédits : Columbia Pictures
Note des spectateurs :

Five Easy Pieces (Cinq pièces faciles) apparaît aujourd’hui comme un manifeste du Nouvel Hollywood avec son antihéros et son désenchantement, symptomatiques de l’état d’esprit américain au début des années 70. Intéressant.

Synopsis : Robert Dupea a quitté sa famille pour une autre vie. Pianiste de grand talent, il a renoncé à ses dons pour mener une existence sans entraves et travaille comme ouvrier. Il a une maîtresse, Rayette, avec laquelle il s’ennuie, et pimente sa vie sans but de rencontres fugaces. Apprenant que son père est malade, il se décide à retourner chez lui. Rayette l’accompagne…

Un film devenu le symbole du Nouvel Hollywood

Critique : A la fin des années 60, le jeune Bob Rafelson est avant tout l’heureux producteur du groupe de musique The Monkeys qui lui permet de gagner de l’argent et de fonder sa propre société de production indépendante nommée BBS. Avec cette maison-mère, il choisit notamment de financer le film Easy Rider (Hopper, 1969) qui devient contre toute attente un phénomène du box-office mondial. Le film est un tel triomphe que Bob Rafelson a pu vivre pendant plusieurs années sur les bénéfices records de cet unique long-métrage. Après avoir lui-même subi un échec avec son premier film de réalisateur (Head en 1968), Bob Rafelson choisit de continuer à creuser le sillon d’un certain cinéma indépendant en écrivant un scénario très autobiographique intitulé Cinq pièces faciles.

Aidé dans la phase d’écriture par Carole Eastman, Bob Rafelson souhaite immédiatement confier le rôle principal à son alter égo Jack Nicholson. Pour mémoire, c’est le cinéaste qui a poussé Dennis Hopper à prendre Nicholson pour le rôle culte de l’avocat alcoolique dans Easy Rider. Il lui offre ici le rôle d’un homme indécis qui semble d’abord appartenir à la classe ouvrière puisqu’on le voit travailler sur un chantier pétrolier. Pourtant, peu à peu, le spectateur va percevoir que Robert Dupea (Nicholson, donc) semble décalé par rapport à ce milieu très populaire où il paraît s’ennuyer.

Jack Nicholson, parfait antihéros

A mesure que le long-métrage se déploie, le spectateur comprend que Robert fait en réalité partie de la classe moyenne et qu’il possède même un certain talent de pianiste – ce qui explique le titre Cinq pièces faciles, puisqu’il s’agit de cinq morceaux de piano pour débutants que l’on entendra tout au long du film. Se dessine alors le portrait plutôt étrange et original d’un homme en rupture avec tout le monde, que ce soit sa famille, ses partenaires sexuels ou encore la société en général.

Ainsi, Bob Rafelson signe avec Five Easy Pieces (Cinq pièces faciles)  une sorte de manifeste de tout ce qui va être appelé par la suite le Nouvel Hollywood. Effectivement, le personnage principal, pas forcément aimable, est un pur antihéros qui va à l’encontre de tout ce que l’on voyait alors dans le cinéma américain mainstream. Sorte de loser qui assume sa volonté de ne jamais rien aboutir, Robert Dupea n’arrive à se conformer à aucun moule et préfère suivre son instinct, au risque de rester seul. On adore notamment ses relations conflictuelles avec sa petite amie, une excellente Karen Black qui joue avec conviction et naturel une fille simple de la campagne. Cette prestation lui a d’ailleurs valu une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle.

Malaise dans la civilisation

Sans structure vraiment charpentée, l’intrigue suit donc les pas de cet homme qui va rejoindre sa famille au moment où le paternel est gravement malade. Au passage, le héros et sa compagne du moment traversent des Etats-Unis marqués par la contre-culture, faisant des rencontres parfois pittoresques et drôles. Toutefois, la tonalité d’ensemble est plutôt celle de la mélancolie et, sans faire de concession au sentimentalisme, le film finit par émouvoir grâce au malaise qui se dégage de ces êtres paumés dans une existence qui n’a guère d’intérêt. La séquence finale, d’une logique totale par rapport au reste du long-métrage démontre la belle capacité d’écriture d’un cinéaste maître de son propos.

Sans tambour ni trompette, Five Easy Pieces (Cinq pièces faciles) décrit donc l’état de déliquescence d’un modèle américain en bout de course en ce début des années 70. Jamais théorique ni démonstratif, Bob Rafelson conte une histoire très personnelle qui finit par représenter l’état d’esprit d’une nation entière, alors marquée par un désenchantement majeur. Si l’on devait faire un rapprochement avec la musique, très présente au cœur du film, on pourrait dire que Rafelson pratique ici à merveille l’art de la fugue.

Five easy pieces, affiche 2012

© 1970 BBS Productions – Columbia Pictures – Five Easy Pieces Productions – Raybert Productions. Tous droits réservés.

Un gros succès aux Etats-Unis qui a moins intéressé les Français

Cette proposition novatrice portée par des acteurs tous formidables a marqué les esprits aux États-Unis, à tel point que ce petit budget de 1,6 M$ (11,5 M$ au cours de 2022) a rapporté plus de 18 M$ (129, 3 M$ au cours de 2022), se hissant à la 14ème place du box-office nord-américain en 1970. Un score ahurissant qui a confirmé l’essor de ce cinéma indépendant traitant de thèmes plus adultes et qui a assuré à Bob Rafelson une place de choix parmi les espoirs du Nouvel Hollywood. Après plusieurs années de galère, Jack Nicholson y a gagné ses galons de grand espoir du cinéma américain, au même titre que la jeune Karen Black. Dans la foulée de ce grand succès, le long-métrage a reçu quatre nominations aux Oscar 1971, sans en obtenir aucun.

En France, le phénomène ne se reproduit pas car la thématique est sans aucun doute trop américaine pour toucher le grand public. Cinq pièces faciles sort dans un circuit assez limité, mais parvient à se maintenir assez longtemps à l’affiche, glanant autour de 10 000 spectateurs par semaine à Paris. Dans le reste de l’Hexagone, le métrage n’intéresse guère le public et il termine avec 250 387 entrées dont 162 518 tickets vendus dans la capitale.

Repris à deux reprises au cinéma sous son titre original de Five Easy Pieces, le long-métrage n’a toujours pas de grande notoriété en France malgré la présence à son générique de Jack Nicholson. Un décalage notable avec les États-Unis où l’œuvre intègre systématiquement les listes des films américains les plus importants de l’histoire du cinéma.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 14 avril 1971

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Cinq pièces faciles, l'affiche

© 1970 BBS Productions – Columbia Pictures – Five Easy Pieces Productions – Raybert Productions. Tous droits réservés.

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