Empire du soleil : la critique du film (1988)

Film de guerre, Drame | 2h33min
Note de la rédaction :
8/10
8
Empire du soleil, l'affiche

  • Réalisateur : Steven Spielberg
  • Acteurs : John Malkovich, Christian Bale, Miranda Richardson, Nigel Havers, Joe Pantoliano
  • Date de sortie: 16 Mar 1988
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Empire of the Sun
  • Scénario : Tom Stoppard d'après le roman de J.G. Ballard
  • Musique : John Williams
  • Distributeur : Warner Bros
  • Editeur vidéo (blu-ray) : Warner Bros
  • Sortie vidéo (blu-ray) : Le 25 avril 2018
  • Box-office France / Paris-périphérie : 1 329 673 entrées / 418 018 entrées
  • Box-office USA : 22,2 M$
  • Budget : 35 M$
Note des spectateurs :

Beau film d’apprentissage, Empire du soleil est porté par une magnifique réalisation de Spielberg et l’interprétation inspirée du jeune Christian Bale. A redécouvrir et à réévaluer.

 Synopsis : En 1941, la concession internationale de Shanghai semble ignorer tout de l’occupation japonaise du reste du pays. James Graham, jeune fils d’un industriel britannique, y vit une existence protégée et pleine d’aventures imaginaires. Mais l’attaque de Pearl Harbour marque la fin de cet état de grâce, et James se retrouve séparé de sa famille. Condamné au statut d’errant, il se retrouve finalement emprisonné dans un camp de prisonniers où il doit apprendre à survivre…

Une adaptation prestigieuse d’un livre autobiographique

Critique : Au début des années 80, l’écrivain britannique J.G. Ballard spécialisé plutôt dans la science-fiction se penche sur ses souvenirs d’enfance dans son roman Empire du soleil. Effectivement, l’auteur a vécu plusieurs années dans un camp de prisonniers aux abords de Shanghai, au moment de l’invasion japonaise. Ce sont ces souvenirs qu’il détaille dans ce roman d’apprentissage largement autobiographique, mais qui contient aussi des passages plus fantasmatiques.

Rapidement pressentie pour être adaptée au cinéma, l’œuvre a d’abord été proposée à David Lean qui a finalement refusé de s’y atteler à cause des nombreuses ressemblances avec Le Pont de la rivière Kwai (1957). Le projet passe ensuite entre plusieurs mains avant d’être présenté à Steven Spielberg qui y voit le moyen de s’affranchir des films commerciaux qu’il tourne alors à la chaîne. Passionné par l’enfance, le cinéaste avait envie de montrer la guerre à travers les yeux d’un gamin qui y perd progressivement son innocence.

Un tournage dantesque en pleine Chine communiste

Secondé par le scénariste Tom Stoppard qui venait de se faire remarquer grâce au script de Brazil (Gilliam, 1985), Spielberg se lance donc à corps perdu dans ce projet très coûteux (on évoque le chiffre faramineux pour l’époque de 35 millions de dollars). Afin de concrétiser sa vision de l’invasion de Shanghai par les Japonais, Spielberg parvient à obtenir des autorités chinoises la permission de tourner sur place, avec des milliers de figurants. Cela s’inscrit dans une nouvelle politique d’ouverture menée par le pouvoir en place à Pékin, dont a pu bénéficier à l’époque Bernardo Bertolucci pour Le dernier empereur (1987).

Ce tournage sur les lieux-mêmes du drame est un énorme atout pour le long-métrage qui démarre sur les chapeaux de roues avec des séquences spectaculaires se déroulant en pleine concession britannique au cœur de Shanghai. Dans cette première partie, le spectateur suit la vie de privilège de ces ressortissants étrangers vivant reclus dans une enclave créée de toute pièce par les Japonais. Le jeune Jim est donc décrit comme un petit gosse de riche, sensible à la misère qui l’entoure, mais peu conscient de sa qualité de privilégié.

Spielberg prouve une fois de plus sa maestria technique

Au bout d’un quart d’heure, Spielberg dégaine la séquence mémorable du film : l’attaque par les Japonais de la concession et la séparation de Jim et de ses parents emportés par une foule gigantesque. A coups de plans-séquences dantesques, Spielberg rappelle à quel point il est un grand réalisateur. Totalement fluides, les mouvements de foule impressionnent, tandis que la logistique s’avère terriblement complexe avec de multiples explosions et les évolutions d’avions de combat dans le ciel. Absolument scotchant.

La suite du film est bien plus modeste en matière d’action puisque le métrage se concentre sur la vie quotidienne dans un camp de prisonniers où le garçon va apprendre à se débrouiller seul. Son admiration pour le personnage de soldat américain incarné avec justesse par John Malkovich va être écornée par la personnalité trouble de son mentor. A la recherche d’une figure paternelle, le jeune garçon ne s’aperçoit pas immédiatement de la duplicité de son partenaire d’infortune. On retrouve d’ailleurs ici des caractéristiques qui font songer aux relations complexes entretenues par Oliver Twist avec Fagin dans l’œuvre de Charles Dickens d’ailleurs adaptée au cinéma dans les années 40 par un certain David Lean.

Une violence édulcorée au profit d’une vision fantasmée

Spielberg octroie à Miranda Richardson la figure maternelle de substitution qui devient aussi progressivement une image de la femme fantasmée par un jeune garçon en plein émoi adolescent. Pour signifier cette naissance de la sensualité chez un gamin de 13 ans, Spielberg parvient à éviter le scabreux de la situation par une jolie pirouette métaphorique.

Si la violence des Japonais est signifiée à plusieurs reprises, le spectateur féru d’Histoire pourra trouver la description de la vie dans les camps quelque peu idéalisée. Il s’agit pourtant de la vision d’un enfant sur une situation dramatique, ce qui justifie en partie ce point de vue un peu édulcoré. J.G. Ballard lui-même a déclaré à plusieurs reprises qu’il avait été heureux durant cette période malgré toutes les vexations. C’est ce que tente de faire ressortir Spielberg à travers certaines séquences à la lisière du fantasme.

Bel hymne à la tolérance et à la paix, Empire du soleil finit par bouleverser lors de la séquence finale des retrouvailles. Le réalisateur, par une science innée du déplacement des acteurs, parvient à éviter le piège du mélodrame, décuplant l’effet voulu en évitant d’insister lourdement. Il se fourvoie de temps à autre, notamment avec ses plans montrant des militaires en train de se saluer de manière solennelle sur une musique emphatique de John Williams. Heureusement, ces images quelque peu publicitaires sont rares dans cette œuvre portée par un souffle certain.

Le film révèle la puissance de jeu de Christian Bale

Mais Empire du soleil ne serait pas une telle réussite sans la prestation remarquable du très jeune Christian Bale qui est d’une incroyable justesse. Il porte l’ensemble du film sur ses frêles épaules, ce qui allait initier une carrière phénoménale par sa richesse et sa durée.

Malgré ses qualités évidentes, le film n’a pas connu le succès escompté par Spielberg. Non seulement, il n’a pas réussi à dépasser les 22 millions de dollars de recettes sur son sol, mais en plus il est reparti bredouille de la cérémonie des Oscars 1988. En France, l’accueil a été un peu plus chaleureux avec 1,3 million d’entrées, même si ce résultat est moindre que celui de La couleur pourpre.

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Critique : Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 16 mars 1988

Empire du soleil, l'affiche

© 1987 Amblin Entertainment – Warner Bros. / Illustrateur : John Alvin. Tous droits réservés.

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