Dragon est de retour : la critique du film et le test blu-ray (1968)

Drame | 1h24min
Note de la rédaction :
9/10
9
Dragon est de retour, jaquette

  • Réalisateur : Eduard Grečner
  • Acteurs : Radovan Lukavský, Gustáv Valach, Emília Vásáryová
  • Date de sortie: 10 Mai 1968
  • Année de production : 1968
  • Nationalité : Tchécoslovaque
  • Titre original : Drak sa vracia
  • Titres alternatifs : Dragon's Return (titre international) / Întoarcerea vrăjitorului (Roumanie) / Powrót smoka (Pologne)
  • Casting : Radovan Lukavský, Gustáv Valach, Emília Vásáryová, Viliam Polónyi, Jela Buckova, Jozef Cierny, Pavol Chrobák, Mikulás Ladizinský, Ivan Macho, Ján Mildner, Andrej Mojzis, Jan Pelech, Ludovit Reiter, Stefan Kvietik, Milan Mach, Elena Soltésová
  • Scénariste : Eduard Grecner
  • D'après : le court roman éponyme de Dobroslav Chrobak
  • Monteur : Bedrich Voderka
  • Directeur de la photographie : Vincent Rosinec
  • Compositeur : Ilja Zeljenka
  • Chef Maquilleur : Jozef Skopek
  • Chef décorateur : Anton Krajcovic
  • Directeur artistique : Anton Krajcovic
  • Producteur exécutif : Eugen Bobek
  • Sociétés de production : Studio Hraných Filmov Bratislava
  • Distributeur : Film inédit dans les salles françaises. La date ci-dessus est celle de la sortie tchécoslovaque.
  • Editeur vidéo : Artus Films (DVD et blu-ray, 2025)
  • Date de sortie vidéo : 2 décembre 2025
  • Formats : 1.66 : 1 / Noir et Blanc / Son : Mono
  • Illustrateur/Création graphique : © Benjamin Mazure (jaquette blu-ray). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Artus Films. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Chef d’œuvre méconnu du cinéma slovaque, Dragon est de retour constitue une pure expérience de cinéma, avec ses images superbes et sa musique enveloppante. Assurément un incontournable !

Synopsis : Le potier Martin Lepis, surnommé Dragon, vit un peu à l’écart de son village, suscitant jalousies et convoitises. Accusé par les villageois d’être la cause de catastrophes naturelles, il est emmené loin du village par les gendarmes, laissant Simon s’emparer de sa femme Eva. Quelques années plus tard, Dragon revient au village. Afin de réintégrer la communauté, il propose de ramener un troupeau de vaches ayant fui un incendie. Il exige que Simon l’accompagne.

Un scénario maintes fois refusé qui passe le cap de la censure

Critique : Grand admirateur d’artistes novateurs comme  Alain Resnais ou encore Michelangelo Antonioni, le cinéaste slovaque Eduard Grečner a débuté sa carrière en étant assistant de Stefan Uher, avant de passer au long métrage avec deux films plutôt expérimentaux intitulés Chaque semaine, sept jours (1964) et Lune de nylon (1966). Toutefois, aucun des deux n’a rencontré les faveurs du public, le mettant dans une position inconfortable auprès des autorités communistes tchécoslovaques. C’est alors qu’il propose d’adapter le court roman Dragon est de retour signé de Dobroslav Chrobák (1907-1951) et publié en 1943.

En réalité, Eduard Grečner était tombé fou amoureux de ce texte alors qu’il n’était qu’un étudiant et cela faisait plusieurs fois qu’il proposait aux autorités un scénario basé sur ce récit. Refusé à chaque fois par la censure, le script passe cette fois-ci l’étape essentielle de la validation en 1967, alors que la censure était moins tatillonne. Dès lors, Eduard Grečner peut enfin envisager le tournage de cette œuvre majeure de la littérature.

Des acteurs à la forte présence muette

Pour cela, il s’entoure du directeur de la photographie Vincent Rosinec, chargé de déployer un splendide noir et blanc, tout en jouant sur l’absence de profondeur de champ et le flou. Une volonté affirmée par le réalisateur qui souhaite enfermer ses personnages dans un espace mental clos, alors même qu’ils évoluent en plein air durant la majorité du film. Le réalisateur crée également la polémique en engageant un acteur tchèque – excellent Radovan Lukavský – pour incarner Dragon, l’homme qui ne se sent jamais à sa place dans ce village slovaque. En fait, il y avait une logique à inclure un acteur qui n’est pas du cru dans un rôle d’outsider. Il fut doublé pour l’occasion par un comédien slovaque, ce qui ne retire rien à sa composition massive.

Dragon est de retour, jaquette détails

© Artus Films / Conception graphique : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

Il est entouré par des acteurs de théâtre slovaques plutôt doués comme Gustáv Valach, en ennemi juré du héros, et surtout la séduisante Emília Vásáryová qui ne dira pas un mot du film. Loin d’être un signe de misogynie de la part du réalisateur, ce mutisme renforce l’idée que les femmes n’avaient pas voix au chapitre dans la société rurale traditionnelle slovaque.

Dragon est de retour, un voyage sensoriel avant tout

La puissance de Dragon est de retour vient de la volonté du réalisateur de conter cette histoire uniquement par le biais de l’image et de la musique. Contemplatif, et même carrément mutique, le long métrage est avant tout une pure expérience formelle d’une telle maestria que le récit demeure toujours limpide pour le spectateur. Eduard Grečner voulait faire partager l’intériorité psychologique de ses personnages sans avoir recours aux mots. Il le fait de manière bluffante en signant des plans toujours en mouvement, insufflant une dynamique impeccable au récit.

Il parvient aussi à nous étonner en tournant une séquence ahurissante où un troupeau de vaches est encerclé par les flammes. Ce morceau de bravoure que n’aurait pas renié les plus grands réalisateurs de westerns nous plonge au cœur de la tourmente en même temps que ces pauvres bêtes – qui ne semblent pourtant pas avoir été maltraitées pour l’occasion. En fait, la réalisation est si puissante qu’elle nous donne l’impression de subir l’enfer des flammes. Le tout est magnifié par la partition musicale absolument géniale du compositeur Ilja Zeljenka, tour à tour inquiétante, bruitiste ou incantatoire. La musique ajoute au film une ambiance quasiment démoniaque qui donne le sentiment d’assister à la fin d’un monde, celui des rites païens ancestraux.

L’individu victime de la collectivité, un thème subversif au temps du communisme

Au cœur du film, Eduard Grečner ose introduire une critique à peine voilée de la collectivité tant vantée par le régime communiste. Farouchement individualiste, l’auteur dénonce au contraire l’idiotie de la masse des paysans face à un homme qui n’a pour seul défaut que d’être un artiste original. Ou quand la communauté se fait belliqueuse envers celui qui est différent. Typiquement le genre de dénonciation qui ne plaisait pas au pouvoir en place.

D’ailleurs, pour le régime, il suffisait de mal distribuer le film pour que celui-ci disparaisse rapidement des écrans, ce qui fut le cas. Gros échec en Tchécoslovaquie, Dragon est de retour n’a même pas pu être vu dans les grands festivals du monde entier, alors qu’il avait tout pour passionner les critiques internationaux.

Inédit en France, le drame rural n’a connu une résurrection que récemment grâce à sa restauration et sa sortie en blu-ray à l’étranger. Heureusement pour les cinéphiles français, Artus Films s’est porté acquéreur de ce véritable bijou qui fera le bonheur des amoureux d’un cinéma total, contemplatif, exigeant, mais ô combien passionnant.

Critique de Virgile Dumez

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Dragon est de retour, jaquette

© Artus Films / Conception graphique : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

Biographies +

Eduard Grečner, Radovan Lukavský, Gustáv Valach, Emília Vásáryová

Mots clés

Cinéma tchécoslovaque, Cinéma contemplatif, Les chefs d’œuvre des années 60, Le monde paysan au cinéma, Les vaches au cinéma, Le feu au cinéma

 

Le test du blu-ray

Dragon est de retour arrive en France dans un beau combo DVD / blu-ray qui vaut largement un achat à l’aveugle. Vous ne serez pas déçus! Test réalisé à partir du produit définitif.

Compléments & Packaging : 5 / 5  

Comme le reste de sa collection consacrée à l’Europe de l’Est, Artus nous propose le film dans un joli fourreau noir et blanc qui arbore une image du film. A l’intérieur, le digipack s’ouvre en deux volets qui proposent l’affiche tchécoslovaque du film, ainsi qu’une photographie. Le tout contient le DVD et le blu-ray. C’est sobre, et parfaitement adapté au film.

En matière de suppléments, Artus Films nous propose un entretien de 5min avec le critique slovaque Ratislav Steranka qui lit de manière un peu trop monotone son texte. On lui préfère largement le documentaire rétrospectif de 18min où Eduard Grečner, désormais nonagénaire, intervient avec bonheur. Cet entretien est accompagné de mises au point faites par plusieurs intervenants slovaques. Le tout est absolument passionnant.

Enfin, Artus Films nous offre un bonus fait maison où intervient une fois de plus l’excellent Christian Lucas qui évoque la carrière du cinéaste, des acteurs, mais donne aussi des anecdotes de tournage et des éléments d’analyse que nous validons intégralement.

Enfin, un diaporama avec une affiche et des photos vient clore la session.

L’image du blu-ray : 4 / 5

La photographie noir et blanc est en tout point remarquable dans ses contrastes et la fluidité de la copie est impeccable. Toutefois, le manque de profondeur de champ, voulue par le cinéaste, entraîne parfois une image assez floue ou quelque peu neigeuse. Il s’agit d’un parti-pris esthétique qui ne gêne aucunement, mais le blu-ray n’est pas toujours performant à ce niveau. En revanche, la copie a été intégralement nettoyée de ses inévitables scories et anicroches.

Le son du blu-ray : 5 / 5

Certes, le film est uniquement présenté dans sa version originale en mono, mais la piste sonore a été débarrassée de tout bruit parasite et elle permet de vivre une pure expérience de cinéma grâce à la maestria de la musique de Ilja Zeljenka, mais aussi par l’attention de chaque instant à l’ambiance sonore, très travaillée par un réalisateur maniaque. Le résultat est donc absolument formidable pour une œuvre aussi ancienne et rare.   

Test blu-ray : Virgile Dumez

Dragon est de retour, jaquette 3D

© Artus Films / Conception graphique : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

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