Derrière le miroir : la critique du film (1957)

Drame | 1h35min
Note de la rédaction :
7,5/10
7,5
Derrière le miroir, l'affiche

  • Réalisateur : Nicholas Ray
  • Acteurs : Walter Matthau, James Mason, Barbara Rush, Christopher Olsen
  • Date de sortie: 13 Fév 1957
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Bigger Than Life
  • Scénaristes : Cyril Hume, Richard Maibaum, James Mason (non crédité), Clifford Odets (non crédité) et Nicholas Ray (non crédité), d'après une histoire de Cyril Hume et Richard Maibaum et un article de The New Yorker de Berton Roueché
  • Directeur de la photographie : Joseph MacDonald
  • Compositeur : David Raksin
  • Distributeur : 20th Century Fox
  • Editeur vidéo : Carlotta Films (DVD 2005) / ESC Editions (DVD et blu-ray)
  • Sortie vidéo (blu-ray) : 12 juin 2018
  • Budget : 1 M$
  • Box-office France / Paris-périphérie : 195 316 entrées / 65 651 entrées
  • Festival : Participation du film au festival de Venise 1956
  • Format : 2.55 : 1 / Son : Mono ou 4-Track Stereo
  • Crédits affiche : © Rinaldo Gèleng. Tous droits réservés.
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Derrière le miroir aborde un sujet de société brûlant qui offre au réalisateur Nicholas Ray l’occasion de flinguer l’american way of life et le modèle patriarcal. Glaçant.

Synopsis : A la suite de plusieurs malaises, Ed Avery entre à l’hopital pour y subir plusieurs examens. Les médecins diagnostiquent une maladie mortelle, et proposent à Ed un nouveau médicament, la cortisone. Si les premiers résultats sont bénéfiques, peu à peu des effets secondaires semblent affecter son comportement. Ed, repoussant toutes ses limites, se met à terroriser sa femme et son fils, et sombre lentement dans la folie.

Un sujet de société basé sur un article de journal

Critique : En septembre 1955, le journal The New Yorker publie un article de Burton Roueche intitulé Ten Feet Tall qui traite des effets secondaires dévastateurs d’un nouveau médicament mis sur le marché, à savoir la cortisone. Passionné par le sujet, Nicholas Ray souhaite en tirer un script qui est confié à Cyril Hume et Richard Maibaum. Toutefois, lors du tournage, Nicholas Ray et  l’acteur James Mason vont réécrire une grande partie du scénario afin de développer la psychologie des différents personnages.

Derrière le miroir, jaquette du blu-ray

© 1956 Renewed © 1984 Twentieth Century Fox Film Corporation / © 2018 Twentieth Century Fox Home Entertainment LLC Through © 2018 ESC Editions. Tous droits réservés.

Il faut signaler que James Mason est tellement enthousiasmé par les perspectives offertes par son rôle qu’il décide de produire le long-métrage. Il soutient ainsi le réalisateur Nicholas Ray qui est alors au sommet de sa côte de popularité puisqu’il vient de signer un triomphe mémorable : La fureur de vivre (1955) avec James Dean. Après avoir traité du fossé entre générations, Ray s’attaque ici à un autre sujet de société, à savoir la dépendance de certains patients américains envers des médicaments qui agissent comme de véritables drogues.

Un film sur l’addiction, mais pas seulement…

Il s’attaque notamment à la cortisone, médicament qui était en cours d’expérimentation depuis le milieu des années 40 et pose un sérieux problème d’accoutumance des patients traités. Pour Nicholas Ray, il s’agit tout autant de dénoncer un scandale sanitaire que de signer une œuvre sur l’addiction comme Hollywood commence à en produire – on pense notamment à L’homme au bras d’or de Preminger en 1955.

Pourtant, derrière ce qui pourrait n’être qu’un simple film dossier se camoufle un autre long-métrage beaucoup plus intéressant et davantage dans la lignée de La fureur de vivre. Le but de Nicholas Ray est bien de décrire par le menu l’american way of life qu’il exècre. Certes, Derrière le miroir montre bien la lente descente vers la folie d’un professeur accroc à un médicament, mais cette dimension ne constitue que la surface d’un film à double niveau de lecture.

Derrière le miroir creuse sous la surface du rêve américain

Parfois peu crédible lorsqu’il nous décrit l’évolution mentale du personnage principal par la seule action d’un médicament, le scénario se concentre en réalité sur l’effet de révélateur de la drogue. Ainsi, la psychose dont souffre le protagoniste n’est pas tant causée par la cortisone que par sa propre névrose intérieure. Brillant professeur dont le statut social ne correspond pas à ses aspirations, Ed Avery (fébrile James Mason) est contraint de multiplier les petits boulots afin de satisfaire les exigences normatives de sa petite famille. Totalement prisonnier d’une norme sociale fondée sur un matérialisme creux, le professeur doit assurer le confort matériel de sa famille, au risque de ne devenir qu’un simple spectateur d’une vie terne.

A partir du moment où il se trouve sous l’influence de la drogue, l’homme passif cherche à se réaliser et à vivre une existence bigger than life, comme nous l’indique le titre original. Son surmoi s’effondre, ainsi que son masque social, et l’homme bien sous tous rapports révèle à la face du monde et de sa famille son vrai visage. Celui d’un homme dominateur et moralisateur qui devient progressivement un tyran domestique.

Une dénonciation des ravages du patriarcat

Une fois de plus, Nicholas Ray aborde le sujet des ravages du patriarcat et d’une société machiste fondée sur la domination sans partage de l’homme. Nicholas Ray retrouve le brio de La fureur de vivre lorsqu’il décrit l’horreur d’un quotidien placé sous le règne de la peur pour cette femme entièrement soumise et son fils martyrisé par un père tyrannique. Alors que la maison du couple paraît lisse et terriblement impersonnelle, ce décor aseptisé dissimule de vraies fêlures et un quotidien qui tourne au cauchemar, jusqu’à une séquence hallucinante de tentative d’infanticide.

Derrière le miroir est donc un enterrement de première classe de l’american way of life par un auteur qui a malheureusement accepté quelques concessions comme ce faux happy end absolument incohérent. L’échec du film aux Etats-Unis s’explique aisément tant le système américain en prend pour son grade, à une époque où il faisait quasiment l’unanimité dans le pays. En France, le long-métrage n’a pas non plus attiré le grand public puisque Derrière le miroir n’a glané qu’un peu moins de 200 000 spectateurs sur toute la France.

Un sujet plus que jamais d’actualité

Aujourd’hui, on peut considérer ce film comme l’un des meilleurs de son auteur, d’autant que son sujet est malheureusement toujours d’actualité. Pour mémoire, les Etats-Unis font actuellement face à un scandale sanitaire majeur lié à des prescriptions abusives de médicaments qui rendent les jeunes accrocs aux drogues. Le problème abordé dans le récent Ben is Back (Hedges, 2019) est déjà tout entier dans Derrière le miroir, pourtant tourné en 1956.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 13 février 1957

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Derrière le miroir, l'affiche

© 1956 Renewed © 1984 Twentieth Century Fox Film Corporation / Affiche : © Rinaldo Gèleng. Tous droits réservés.

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