Sombre, violent et mis en scène avec talent, Demande pardon à Dieu, pas à moi est une pépite cachée du western spaghetti, à redécouvrir absolument.
Synopsis : Suite au massacre de sa famille à cause d’un différent de longue date avec un clan rival, Cjamango se met en quête des assassins. Aidé par un singulier chasseur de primes Mexicain, il compte bien leur faire payer leurs crimes au centuple.
Critique : En 1968, alors que le western spaghetti est à son apogée, l’acteur, scénariste et producteur Vincenzo Musolino décide de passer derrière la caméra en réalisant Demande pardon à Dieu, pas à moi. Après un agréable générique utilisant habilement les surimpressions, dans lequel le héros nous expose ses tourments, le film s’ouvre de fort belle manière sur un travelling efficace nous dévoilant le ranch de ce dernier. La première impression n’est pas trompeuse puisque ce western se caractérise par une réalisation particulièrement soignée.
Demande pardon à Dieu, pas à moi se démarque grâce à une mise en scène inspirée
Musolino fait preuve d’audace avec de nombreux cadrages déstructurés. Sa caméra, particulièrement mobile, donne un vrai cachet au film, et les scènes d’action et de cavalcades sont rondement menées. A ce titre, il convient de mentionner l’excellente séquence d’action finale, une véritable hécatombe à la gatling à même de ravir les amateurs de cinéma musclé. Outre l’action, le réalisateur possède un réel talent pour souligner la gravité de la mort, sans singer Leone pour autant. Citons ainsi le travelling sur tous les cadavres du massacre final, ou le plan fixe, caméra au sol, lorsque le héros découvre les cadavres de ses proches au milieu de la poussière balayée par un vent violent.
Tout n’est pas parfait dans Demande pardon à Dieu, pas à moi
Si la mise en scène est élégante, on pourra parfois trouver le rythme un peu trop lent. D’autre part, le film souffre clairement d’un budget correct mais limité. Ainsi, on aperçoit trop clairement que le métrage oscille entre les décors d’Almeria et du Lazio. De fait, certains arrière-plans italiens un peu trop verdoyants jurent avec les paysages désertiques espagnols. Le film déçoit aussi un peu au niveau du scénario, un peu trop léger, qui ressasse un certain nombre de situations un peu trop vues dans le genre. En effet, Musolino reprend des idées (dont les noms de certains personnages tels Cjamango ou Barrica) des quatre précédents scripts qu’il a signés pour Edoardo Mulargia. Enfin, l’ersatz de romance à la Roméo et Juliette peine vraiment à convaincre, de même que le personnage féminin.
Demande pardon à Dieu, pas à moi : un western spaghetti beaucoup trop sous-estimé
Mais ne boudons pas notre plaisir, car le film regorge d’atouts en sa faveur. Tout d’abord, le casting convainc, à la faveur de noms chers aux amateurs du genre. Certes, George Ardisson manque un peu de charisme, mais il parvient à bien faire ressentir la souffrance de son personnage. Ignazio Spalla campe quant à lui un chasseur de primes mexicain aux méthodes assez peu orthodoxes qui apporte une touche d’humour cynique rappellant le Tuco du Bon, la brute et le truand. Dragomir Bojanic-Gidra est impeccable dans son rôle d’ antagoniste, même si on le préfère en tant que personnage positif. Enfin, Peter Martell fait preuve d’un magnétisme animal et crève l’écran dans un petit rôle particulièrement marquant.
Côté bande-son, Felice di Stefano nous propose une excellente partition, avec notamment un très beau thème funèbre à la trompette. Pour finir, il convient de souligner l’excellence de la photographie de Mario Mancini. En effet, le film bénéficie d’un travail impressionnant sur les couleurs. Ces tons beiges, associés aux maquillages des acteurs et aux costumes, parvient à créer une ambiance crasseuse qui retranscrit à merveille l’aridité et la cruauté de l’univers propre au western spaghetti.
En définitive, on déplorera le fait que Demande pardon à Dieu, pas à moi soit injustement tenu éloigné des palmarès des meilleurs spaghettis. Cela est peut-être dû au fait qu’il n’ait pendant longtemps pas été visible, dans une bonne copie. Il s’agit pourtant d’un film fort intéressant sur lequel les amateurs du genre peuvent se ruer sans hésitation.
Critique : Kevin Martinez
Les westerns spaghetti sur CinéDweller

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