Delphine et Carole, insoumuses : la critique du film (2021)

Documentaire | 1h10min
Note de la rédaction :
9/10
9
Delphine et Carole Insoumuses, affiche

  • Réalisateur : Callisto Mc Nulty
  • Acteurs : Delphine Seyrig
  • Date de sortie: 06 Oct 2021
  • Année de production : 2019
  • Nationalité : Français, Suisse
  • Titre original : Delphine et Carole, insoumuses
  • Titres alternatifs : Delphine and Carole (titre international)
  • Scénaristes : Callisto McNulty, Alexandra Roussopoulos, Geronimo Roussopoulos
  • Directeur de la photographie : -
  • Monteur : Josiane Zardoya
  • Compositeur : Manu Sauvage
  • Producteurs : Sophie de Hijes, Nicolas Lesoult
  • Sociétés de production : Les Films de la Butte, Alva Film, Centre Audiovisuel Simone de Beauvior
  • Distributeur : Alba Films
  • Distributeur reprise : -
  • Date de sortie reprise : -
  • Editeur vidéo : -
  • Date de sortie vidéo : -
  • Box-office France / Paris-Périphérie : -
  • Box-office nord américain / monde : -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : Couleur, Noir et blanc
  • Festivals et récompenses : San Sebastián International Film Festival (2019), Grand Prix de l'International Film Festival and Forum on Human Rights (Genève, 2019), Prix du Public au Film de Femmes (2019), GNCR Award au FIDde Marseille (2019), Mention Spéciale du Jury documentaire au Festival d'Amiens (2019)...
  • Illustrateur / Création graphique : © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Alba Films. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Delphine et Carole, insoumuses est une compilation d’images d’archives drôles et irrévérencieuses pour rappeler le temps d’un féminisme décontracté.

Synopsis : La rencontre entre l’actrice mythique Delphine Seyrig et l’artiste Carole Roussopoulos nous conduit au cœur du féminisme des années 1970. Caméra vidéo au poing, elles vont s’engager dans des combats féministes avec insolence, intransigeance et beaucoup d’humour.

Naissance d’une amitié féminine et militante

Critique : Au début des années 70, Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig ne se connaissent pas. Née en Suisse en 1945, la première s’est installée à Paris en 1967 pour commencer une carrière au sein de la rédaction du Journal Vogue, dont elle vient de se faire licencier arbitrairement. Jean Genet lui conseille, alors qu’elle n’a jamais manifesté grand intérêt pour le cinéma, d’utiliser son indemnité de licenciement pour acheter du matériel vidéo dernier cri : la première caméra portative, dont la légende raconte que Jean-Luc Godard fut le premier acquéreur.

Delphine et Carole, insoumuses, photo d'exploitation 1

© 2021 Alba Films. Tous droits réservés.

Carole Roussopoulos comprend très vite comment cette nouvelle technologie légère et maniable, qui fait d’elle une femme libre et indépendante, comme lui avait prédit l’écrivain, peut rendre compte des combats de ceux que les media maintiennent dans le silence : les femmes, les prostituées mais aussi des hommes, ouvriers, homosexuels… Consciente de l’immense pouvoir subversif de cet objet qu’elle tient entre les mains, elle a à cœur d’en répandre l’utilisation. Elle donne alors des cours de vidéo. Delphine Seyrig, actrice de théâtre réputée, égérie d’Alain Resnais, Luis Buñuel et François Truffaut s’y inscrit. Naît entre ces deux femmes affranchies, drôles et déterminées une amitié qui ne fléchira jamais, portée par leur combat pour les droits des femmes dans ces années 70.

Aux origines du féminisme des années 70

Ioana Wieder (dont on ne voit aucune image) les rejoint, et toutes les trois créent une association militante, Les muses s’amusent qui devient Les insoumuses. Elles signent plusieurs films ensemble dont Maso et Miso vont en bateau, dans lequel on constate que Françoise Giroud, alors secrétaire d’État à la condition féminine, évite soigneusement d’afficher un soutien trop appuyé aux féministes, arguant que si les misogynes existent, c’est que certaines femmes les aiment comme tels. Complicité machiste contre laquelle la blonde Delphine, débarrassée de son personnage de star éthérée, s’insurge sans détours, maniant avec dextérité dérision et amertume.

Delphine et Carole, insoumuses, photo d'exploitation 2

© 2021 Alba Films. Tous droits réservés.

Compilant les images d’archives, Callisto McNutty, la petite-fille de Carole Roussopoulos, propose un édifiant témoignage de cette époque où les femmes  devaient se conformer au désir des hommes sans jamais rêver à ce qu’elles ont véritablement envie d’être. A l’heure du manifeste des 343 salopes dans lequel 343 femmes célèbres reconnaissaient avoir eu recours à l’avortement, alors illégal en France, défilent les images de la première grande manifestation féminine pour le droit des femmes à disposer de leur corps en alternance avec des publicités sexistes et des propos anti-IVG.

Delphine et Carole, insoumuses : aux temps d’un féminisme combatif, mais non dénué d’humour

A la réalisatrice qui lui demande quelle est selon elle la meilleure contraception, une vieille dame, perdue au milieu de la foule, répond tout de go Ils n’ont qu’à pas baiser. Et toc ! Avis laconique qui donnera son titre au documentaire que tourne Carole. Suit alors une scène-vérité qui décrit sans rien occulter et dans une ambiance détendue un avortement réalisé en août 1972 dans l’appartement de Delphine. Une belle manière de dédramatiser l’acte. Les interventions de Jane Fonda, Maria Schneider et quelques autres dessinent les contours d’un patriarcat bien ancré au sein de l’industrie cinématographique, propos étayés par les aveux de Delphine Seyrig. En effet, elle affirme que ses prises de position féministes ont freiné sa carrière, dévoilant que Toscan du Plantier a renoncé à produire un film écrit pour elle et qu’Yves Montand refusait désormais de tourner à ses côtés.

Si violentes soient ces démonstrations de domination masculine, elles sont édulcorées par la peinture d’une époque plaisamment contestataire, loin de tout esprit revanchard. L’âme combative mais le sourire aux lèvres, des femmes brandissent des pancartes mentionnant qu’un homme sur deux est une femme. Et non sans humour, on rend hommage à la femme du soldat inconnu, pendant que des slogans désinvoltes accompagnent une parole désinhibée que nos deux militantes prennent un malin plaisir à porter haut et fort. Force est de constater que presque cinquante ans plus tard, leur combat reste entier.

Critique de Claudine Levanneur

Sorties de la semaine du 6 octobre 2021

Delphine et Carole Insoumuses, affiche

© 2021 Alba Films

Trailers & Vidéos

trailers
x
Delphine et Carole Insoumuses, affiche

Bande annonce de Delphine et Carole Insoumuses

Documentaire

x