Contamination appartient aux honnêtes séries B dont on se réjouit de l’ambiance et de leur petitesse qui ont tant à offrir face à la banalité ou à la surexploitation de l’épouvante mainstream.
Synopsis : Après la découverte d’un cargo contenant des oeufs libérant une substance hautement dangereuse, une scientifique, un inspecteur de police et un ancien astronaute vont faire équipe pour mener l’enquête.
Critique : Passionné par la science-fiction et l’horreur, Luigi Cozzi n’est pas qu’un proche de Dario Argento avec lequel il a co-écrit plusieurs scénarios; c’est aussi un réalisateur de bis italien qui a passé une grande partie de sa carrière par-delà les étoiles. Le succès Starcrash : Le Choc des étoiles (Scontri stellari oltre la terza dimensione), avatar post Guerre des étoiles, lui a ouvert les portes de l’international, notamment auprès de la Cannon qui va produire certains de ses tripatouillages d’heroic-fantasy à grand renfort d’effets spéciaux futuristes dans les années 80. Mais, entre temps, Cozzi présente dans les salles italiennes Contamination. Atterrissage immédiat. On vous explique tout.
Par le producteur d’Il était une fois dans l’Ouest
Cet ersatz parfaitement assumé d’Alien le huitième passager qui emprunte quelques effets musicaux anxiogènes et la présence d’œufs venus d’ailleurs, est validé par le producteur d’Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone, Carlo Mancini, qui compte bien avoir un certain pouvoir durant cet exercice créatif. Le cinéaste est donc soumis à quelques impératifs : le titre Contamination vient du producteur et s’avère inapproprié par rapport au synopsis, l’utilisation du pseudo Lewis Coates pour vendre le film à l’étranger est imposé à Cozzi, la présence de Ian McCulloch qu’il a repéré dans L’enfer des zombies de Lucio Fulci passe également, et un monstre cyclope rigide que le cinéaste ne tient pas particulièrement dans son cœur est imposé par Mancini au grand désespoir de Cozzi qui va jouer avec le montage pour essayer de dynamiser la baudruche from outta space.
Au scénario, avec l’Allemand Erich Tomek (décédé en 2025), qui est surtout intervenu jusqu’alors sur des comédies sexy teutonnes et bavaroises, Lewis Cozzi s’applique à importer le danger interstellaire sur notre planète, à l’instar d’un Alien 2 (Le monstre attaque, en français) développé parallèlement par Ciro Ippolito qui sortira en Italie quatre moins plus tôt. Pour les scénaristes, il faut se plier à la rigueur budgétaire au maximum sans pour autant limiter le spectacle. Pour cela, le tournage devra avoir lieu au Colombia et dans des bases souterraines pour limiter les frais, sachant qu’à l’instar de L’enfer des zombies du grand Fulci, le film s’ouvre par une séquence new-yorkaise fluviale, au sein d’un cargo vide de son équipage, ou du moins de son équipage vivant, puisque des corps qui ont implosé gisent sur le sol, non loin d’embryons extra-terrestres. La fameuse “contamination” intervient par extension… Le contact avec le liquide suintant des œufs quand ils éclatent provoque la fameuse “contamination”, et l’explosion immédiate des corps humains.

Edition blu-ray collector de Contamination, limitée à 50 exemplaires. All Rights Reserved.
Le film tente d’établir une enquête captivante : pourquoi ces étranges pontes, ici, dans ce navire, dans la baie de New York, dans une des villes les plus peuplées du monde ? Cela mérite bien un petit détour par l’Amérique du Sud, via une investigation finement menée par une colonel d’une intelligence exceptionnelle (c’est la bande-annonce qui le dit), la bien-nommée Stella Holmes, Sherlock des services spéciaux américains, queen de la sûreté intérieure dans un monde d’hommes qui la traitent de “babe”, voire la “gifle” au sens propre… Mais elle dispose de la hiérarchie de statut et d’un esprit fin supérieur pour toujours réarmer sa supériorité.
Alien : Requiem pour l’humanité
Remonter jusqu’à la source des ovomorphes permet donc de limiter les frais pour Mancini dans un cadre exotique vendeur pour le public de l’époque, mais qui, contrairement à beaucoup de bis vaudous italiens de l’époque, fonctionne bien. Le scénario clair, efficace, n’est jamais dans la manifestation explicite de son indigence contrairement à beaucoup de sous-produits italiens produits à la chaîne durant ces années-là. Avec des éléments scénaristiques comme la télépathie et le contrôle extra-terrestre de l’esprit des humains que Luigi Cozzi emprunte sans détour à L’invasion des profanateurs de sépulture, une filiation peut également se faire avec Lifeforce de Tobe Hooper qui reprendra cinq ans plus tard cette idée, avec un budget beaucoup plus corpulent.
Jouant d’une ambiance sinistre, Contamination peut compter sur la musique des Goblin qui ont travaillé quelques jours sur cette œuvre mineure, une fois le tournage terminé, sans lui accorder l’attention qu’exigerait pareil projet s’il avait été un blockbuster. Pourtant, le groupe derrière la musique de Suspiria, Profondo Rosso et Zombie de Romero dans sa version européenne, livre une partition efficace qui dégage une vraie personnalité et une progression propre au groupe. Le final apocalyptique, via le morceau Connexion, repris par la bande-annonce qui livre à peu près tout le film, est éminemment puissant, sonnant un requiem de l’humanité par la force de synthétiseurs du début des années 80 qui procurent des frissons de bonheur. La musique surjoue les enjeux et élargit la narration, conviant l’humain à sa propre finitude.

Affiche américaine de Contamination, distribué par Cannon Group (1981). All Rights Reserved.
Contamination, un marketing graphique gore
Sans être d’un gore malsain comme certaines productions ritales contemporaines (on pense à Blue Holocaust de Joe d’Amato, accompagné également d’une musique des Goblin), Contamination répond au cahier des charges, avec des explosions corporelles particulièrement impressionnantes. Elles lui vaudront une réputation exagérée au Royaume-Uni où la censure le bannit en l’incluant dans la liste des nasty movies pour une interdiction totale.
Les éditeurs vidéo mettront en avant sur leurs jaquettes ces plans sanguinolents particulièrement explosifs. En France, en 1982, Hollywood Vidéo, la société de vidéocassettes de Frank Lipsik et Jean-Jacques Vuillermin, reine du secteur horrifique en VHS, ose des visuels graphiques en recto-verso, avec un fond blanc pour accentuer le contraste… Ils osent les mentions “L’horreur absolue” et “version intégrale” pour bien préparer les estomacs. Au moins, ont-ils l’honnêteté de ne pas estampiller la jaquette d’une interdiction aux moins de 18 ans qui aurait été mensongère : Contamination sort en salle en 1981 avec une simple interdiction aux moins de 13 ans.

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Box-office de Contamination et sorties vidéo
La sortie salle française sera timide. Selon Encyclociné.com, Contamination – Alien arriva sulla Terra serait apparu sur certains écrans de province dès le début de l’année 1981, probablement dans le Var et la Côte d’Azur, de par la proximité régionale d’avec l’Italie. Et effectivement, Contamination a été présenté au CNC en février 1981, pour obtention de son visa. Néanmoins, la distribution officielle aura lieu en juillet 1981, pendant 4 semaines à Paris, via le distributeur Rex International Distribution qui en tirera à peine 18 000 entrées sur la capitale et un peu moins de 100 000 entrées sur l’ensemble du territoire. Les affiches cinéma peu inspirées n’ont pas permis à ce film propre aux quartiers populaires friands de ce type de spectacle de susciter l’attention. On le comprend.
Aussi, c’est bel et bien le marché vidéo qui lui permettra de se faire une petite réputation, suivie d’une diffusion sur Canal+, et d’une réédition VHS low-cost pour les supermarchés. Pour les nostalgiques, vingt ans plus tard, un collector DVD chez Néo Publishing réimposeront le film dans les esprits.
Si en France, le blu-ray tarde à venir, Arrow proposera en 2017 une édition blu-ray lisible sur nos lecteurs avec de nombreux bonus inédits, notamment des interviews de Cozzi, passionné devant l’éternel. De quoi profiter dans les meilleures conditions de cette œuvre : la bande-son Mono d’époque a été gonflée en 5.1 pour bénéficier de la meilleure appréhension du score des Goblin qui, lui, est disponible sur les plateformes de streaming légales.
Contamination est donc réjouissant car il se savoure des décennies après comme un pur bis sérieux, mais pas trop, jamais nanardesque, et toujours prenant notamment grâce à un casting qualitatif. Il faut ainsi mentionner la prestation de la canadienne Louise Marleau, qui a remplacé Caroline Munroe un temps envisagée, sans pourtant avoir d’affinité avec ce genre, et celle de l’Allemand Siegfried Rauch (Le Mans de Lee H. Katzin, avec Steve McQueen), qui participent à rendre cet exercice d’exploitation des plus recommandables.
Contamination appartient aux honnêtes séries B dont on se réjouit de l’ambiance et de leur petitesse qui ont tant à offrir face à la banalité ou à la surexploitation de l’épouvante mainstream.
Bref, on aime Contamination. C’est un fait.
Les sorties de la semaine du 15 juillet 1981

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Biographies +
Luigi Cozzi (Lewis Coates), Louise Marleau, Ian McCulloch, Carlo De Mejo, Marino Masé, Gisela Hahn, Siegfried Rauch
Mots clés :
Les films sortis en 1981, Les attaques extra-terrestres, Les extra-terrestres au cinéma, Cinéma d’exploitation italien, Cinéma italien