Très beau dessin animé qui fut une injuste déception commerciale, Charlie « mon héros » démontre l’énorme talent de Don Bluth pour créer des univers sombres sans éconduire pour autant les petits. Du grand art dans son domaine.
Synopsis : Charlie, un chien un rien roublard, est assassiné par le gangster Carcasse. Il n’a jamais fait grand-chose de bien au cours de sa vie, mais il est pourtant accepté au paradis des chiens. Décidé à se venger, Charlie trouve le moyen de ressusciter et de revenir sur Terre. Mais il va devoir choisir : continuer à vivre comme avant ou venir en aide à Anne-Marie, une orpheline poursuivie par Carcasse.
Don Bluth, le principal concurrent du studio Disney, alors en perdition
Critique : Au cours des années 80, l’animateur et réalisateur Don Bluth, ancien transfuge de Disney, concurrence directement la firme aux grandes oreilles sur son domaine de prédilection : l’animation pour enfants. Aidé par Steven Spielberg à la production, Don Bluth dégaine ainsi deux gros succès commerciaux avec Fievel et le Nouveau Monde (1986) et Le petit dinosaure et la vallée des merveilles (1988) qui enchantent une génération complète de bambins. Dans le même temps, la firme Disney se révèle incapable de se renouveler de manière pertinente et aligne les échecs en salles avec Taram et le chaudron magique (Berman, Rich, 1985) et Basil, détective privé (Clements, 1986).
Ayant le vent en poupe, Don Bluth décide de se séparer de Spielberg et de passer un accord avec la maison de production britannique Goldcrest pour la création de ses futurs dessins animés. De même, il délocalise ses studios en Irlande où le gouvernement encourage la production cinématographique par des remises d’impôts. Don Bluth en profite donc pour y installer ses Sullivan Bluth Studios, vaste structure forte de plus de 360 employés qui ont vocation à travailler sur trois longs-métrages consécutivement. Mais le plus important pour Don Bluth est de pouvoir développer ses idées sans avoir à en référer à qui que ce soit.
Dieu reconnaîtra les chiens
Ainsi, il peut mettre en chantier Charlie « mon héros » sans trop de difficultés, alors que le pitch était difficilement vendeur. Certes, le cinéaste veut mettre en scène un film d’animation avec des chiens – ce qui est plutôt gage de succès – mais dans un contexte très sombre lié au monde impitoyable des gangsters. De plus, il ne veut aucunement édulcorer sa description des milieux interlopes et ose même tuer son héros dès le premier quart d’heure. Autant d’éléments qui n’ont pas d’équivalent dans la production animée à destination des enfants.
Bien entendu, le long-métrage fait preuve d’un certain humour et l’intervention d’une orpheline toute mignonne vient tempérer la noirceur du contexte. Toutefois, on signalera l’audace de Don Bluth quant à son personnage principal. L’artiste table sur l’intelligence des enfants et fait de son chien un cabotin qui est tout sauf gentil. Évadé de prison, petit truand arnaqueur uniquement intéressé par l’argent, être cynique sans principe, Charlie ne correspond en rien au bon chien-chien que l’on a envie d’étreindre et de chérir. Toutefois, le vilain cabot va finir par s’amender à force de côtoyer cette gamine craquante qui va l’amener vers la rédemption par la grâce de l’amour et de l’amitié. Afin de compenser la rudesse initiale du personnage, Don Bluth a également eu l’intelligence de lui adjoindre un comparse mignon nommé Gratouille, afin d’accrocher les petits avec un personnage plus trognon et attachant.
De la beauté de l’art fait à la main
Magnifié par de superbes dessins réalisés à la main, une animation particulièrement fluide – aidé par le procédé de la rotoscopie pour l’animation de la petite fille – et des couleurs chatoyantes, Charlie est un superbe dessin animé qui souffre peut-être de la faiblesse relative des quelques chansons incluses dans le métrage. Leurs mélodies n’entrent pas vraiment en tête et l’orchestration trahit une certaine faiblesse de moyens. Heureusement, le tout est compensé par une certaine absence de manichéisme, malgré une thématique religieuse évidente liée à la rédemption et à l’accès au Paradis par le biais de bonnes actions.
On notera que les dernières séquences, bien que mélodramatiques, ne forcent pas trop sur l’émotion facile et parviennent donc à transfigurer le personnage principal et à le rendre inoubliable pour tous les enfants, et même les plus grands qui se laisseront piéger.
Charlie sort aux USA le même jour que La petite sirène de Disney
Malgré l’excellente tenue de ce dessin animé assez iconoclaste dans la production américaine de l’époque, Charlie n’a pas obtenu le succès escompté aux États-Unis. Tout d’abord, son sujet a paru trop sombre aux parents, d’autant qu’un drame a touché la production du film. Effectivement, la jeune actrice Judith Barsi qui a effectué le doublage de la petite Anne-Marie a été assassinée par son propre père en même temps que sa mère en 1988. La dernière chanson du film lui est d’ailleurs dédiée.
Autant d’éléments qui détournent les spectateurs d’un film qui est, en plus, concurrencé par le nouveau Disney La petite sirène (1989) qui sort aux States le même jour (le 17 novembre 1989). Là où le Disney va cartonner avec plus de 110 millions de dollars de recettes rien qu’en Amérique du Nord, Charlie va stationner péniblement à 27 millions de billets verts, soit une vraie déception qui entame le lent déclin de Don Bluth. Parallèlement, la firme Disney va renaître de ses cendres avec une décennie 90 marquée par des triomphes en série, généralement très mérités tant la qualité est effectivement au rendez-vous.
Une seconde vie grâce à la vidéo
Malgré cette contre-performance qui se confirme en France où le film a du mal à atteindre les 300 000 entrées sur tout le territoire, Charlie « mon héros » va connaître une seconde carrière grâce à la vidéo, au point de devenir pour beaucoup d’enfants de l’époque un vrai film culte. Don Bluth en a d’ailleurs conscience puisqu’il vend les droits de ses personnages à la MGM qui crée un deuxième épisode uniquement destiné au marché vidéo intitulé Charlie 2 (Leker, Sabella, 1996) de piètre réputation.
La MGM a continué à exploiter les différents caractères à travers une série télévisée qui a duré de 1996 à 1998 forte de 40 épisodes de 22 minutes chacun. On notera enfin l’existence d’un épisode spécial Noël intitulé Charlie, le conte de Noël (Sabella, Selvaggio, 1998), toujours sous l’égide de la MGM. En France également, le film Charlie « mon héros » est fréquemment exploité en DVD. Parfois sous son titre cinéma Charlie, et le plus souvent sous l’intitulé Charlie, mon héros. Plus récemment, le film a été repris en salles (2019) et a fait l’objet d’un beau blu-ray à l’image entièrement restaurée.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 28 mars 1990
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