BlacKkKlansman: J’ai infiltré le Ku Klux Klan : la critique (2018)

Comédie policière, Biopic | 2h16min
Note de la rédaction :
7/10
7
Affiche de BlacKkKlansman

  • Réalisateur : Spike Lee
  • Acteurs : Adam Driver, Topher Grace, Laura Harrier, John David Washington, Harry Belafonte, Robert John Burke
  • Date de sortie: 22 Août 2018
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : BlacKkKlansman
  • Scénario : Spike Lee, Charlie Wachtel, David Rabinowitz, Kevin Willmont, d'après le livre de Ron Stallwort
  • Distributeur : Universal Pictures International France
  • Éditeur vidéo : Universal Pictures France
  • Date de sortie vidéo : 9 janvier 2019 (DVD & Blu-ray)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 1 305 781 entrées / 480 542 entrées
  • Box-office USA (nord-américain) : 48 686 605 $
  • Festivals : Festival de Cannes 2018 : Grand Prix - Mention Prix œcuménique
  • Classification : Tous publics
  • Récompenses : Oscars 2019, BAFTA 2019 : meilleur scénario adapté
  • Crédit affiche : © 2018 - Universal Pictures. Tous droits réservés.
Note des spectateurs :

BlacKkKlansman a marqué le retour en force de son réalisateur. Ce Spike Lee joint est un bel objet de cinéma autant qu’un pamphlet salutaire, malgré ses outrances.

Synopsis : Ron Stallworth, un officier de police afro-américain du Colorado, a réussi à infiltrer le Ku Klux Klan local et devient presque le chef du chapitre local.

Black is beautiful

Critique : C’est le grand retour de Spike Lee. Révélé par Nola Darling n’en fait qu’à sa tête, Caméra d’or à Cannes en 1986, le cinéaste s’était spécialisé dans un cinéma défendant la cause noire, du petit film indépendant (Jungle Fever) au biopic (Malcolm X), revisitant les codes du film intimiste, de la comédie ou du polar. Mais après la réussite de La 25ème heure (2002), son inspiration s’est tarie et la cote du cinéaste n’a cessé de décliner. Aussi, la jubilation suscitée par BlacKkKlansman constitue-t-elle une agréable surprise. Le film est adapté des mémoires de Ron Stallworth, un ancien officier de police noir qui dans les années 70 avait réussi à infiltrer la redoutable organisation du Ku Klux Klan, histoire rendue publique seulement en 2006. Stallworth a ici les traits de John David Washington (fils de Denzel Washington). En se faisant passer au téléphone pour un raciste ostensible répondant à une offre de recrutement, il parviendra à approcher le leader même du groupe, David Duke. C’est que Stallworth a fait équipe avec Flip Zimmerman (Adam Driver), policier blanc chargé de prendre le relais lorsqu’il s’agit de côtoyer les membres.

Et là, Spike Lee se régale (et nous régale), en dépeignant une bande de dégénérés dont le fantasme est d’éradiquer la communauté noire en prônant le règne d’une nation exclusivement blanche. Avant de contacter le KKK, Stallworth a dû également espionner les défenseurs du Black Power, mouvance soutenue par une association d’étudiants dirigée par la dynamique Patrice (la ravissante Laura Harrier, ex-mannequin vue dans Spider-Man: Homecoming), avec laquelle il va nouer une idylle. Les deux infiltrations vont être en lien et constituer le cœur du scénario. En dépit de son sujet grave et malheureusement encore d’actualité, BlacKkKlansman est traité en comédie, à l’instar de la démarche de Chaplin dans Le Dictateur, les quiproquos liés à l’infiltration de Stallworth (afro-américain) et Zimmerman (juif) dans une communauté raciste donnant lieu à des scènes savoureuses. Comédie donc, mais aussi buddy movie des plus brillants.

BlacKkKlansman et sa charge anti-Trump

L’humour teinté de dérision fait parfois songer à l’univers des Coen ou de Tarantino. Comme ce dernier, Spike Lee rend hommage à la blaxploitation des années 70 : référence à Pam Grier ou au polar Les Nuits de Harlem/Shaft (Gordon Parks, 1971), auquel le réalisateur emprunte l’esthétique. Alors qu’importent les défauts de l’œuvre, à commencer par un manichéisme outrancier, comme la séquence dans laquelle les membres de l’organisation visionnent Naissance d’une nation (D.W. Griffith, 1915), en se délectant de son ignominie raciste. On a du mal à envisager ces stupides créatures se plongeant dans les classiques de la culture cinématographique… Mais après tout, les films de Spike Lee n’ont jamais donné dans la nuance et ce sont ces excès assumés qui faisaient la singularité de ses métrages de la grande époque, dont Do the Right Thing (1989), axé sur les tensions raciales à Brooklyn.

L’autre aspect du film qui peut poser problème est sa dernière séquence, qui voit un raccord tenant lieu de jonction avec les événements de Charlottesville (manifestation de l’extrême droite américaine en août 2017). Les images de débordement et de violence, et le discours honteux de Donald Trump, sont là pour rappeler que le KKK a repris du tonus. Sans doute cette fin plombe-t-elle le métrage en lui donnant la tonalité d’un documentaire de Michael Moore, celui de Fahrenheit 9/11 davantage que l’auteur de Roger et moi. Mais en même temps, cela est en cohérence avec l’évolution d’un récit qui a montré l’omniprésence des vieux démons à différentes périodes de l’Histoire américaine. On ne fera donc pas la fine bouche malgré le bienfondé de ces réserves, tant le dernier opus de Spike Lee est un bel objet de cinéma autant qu’un pamphlet salutaire. Et quel plaisir de revoir le grand Harry Belafonte en guest star, lui qui ne fait qu’un film tous les dix ans ! BlacKkKlansman reçut le Grand Prix au Festival de Cannes 2018. Spike Lee eut même l’honneur d’être distingué par les Académies corporatistes puisque son film décrocha en janvier 2019 l’Oscar et le BAFTA du meilleur scénario adapté.

Critique de Gérard Crespo

Sorties de la semaine du 22 août 2018

Affiche de BlacKkKlansman

© 2018 – Universal Pictures. Tous droits réservés.

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Affiche de BlacKkKlansman

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