Basic Instinct 2 : la critique du film (2006)

Polar érotique | 1hm50in
Note de la rédaction :
3.5/10
3.5
Affiche française de Basic Instinct 2

  • Réalisateur : Michael Caton-Jones
  • Acteurs : Charlotte Rampling, Sharon Stone, Hugh Dancy, David Thewlis, David Morrissey
  • Date de sortie: 29 Mar 2006
  • Année de production : 2005
  • Nationalité : Britannique, Américain
  • Titre original : Basic Instinct 2
  • Titres alternatifs : Instinto básico 2. Adicción al riesgo (Espagne), Basic Instinct - Neues Spiel für Catherine Tramell (Allemagne), Nagi instynkt 2 (Pologne), Bajos instintos 2 (Argentine, Mexique), Instinto Fatal 2 (Portugal),
  • Scénaristes : Leora Barish, Henry Bean
  • D'après des personnages crées par : Joe Eszterhas
  • Directeur de la photographie : Gyula Pados
  • Monteurs : Istvan Kiraly, John Scott
  • Compositeur : John Murphy
  • Producteurs : Mario Kassar, Joel B. Michaels, Aslan Nadery, Andrew G. Vajna
  • Sociétés de production : Metro-Goldwyn-Mayer, C-2 Pictures, Intermedia Films, IMF Internationale Medien und Film GmbH & Co. 3. Produktions KG, Grosvenor Park Media
  • Distributeur : Océan Films
  • Editeur vidéo : Océan Films, TF1 Vidéo
  • Date de sortie vidéo : 9 novembre 2006 (DVD)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 535 828 entrées / 123 520 entrées
  • Box-office nord américain / monde : 5 971 336 $ / 38 629 478 $
  • Budget : 70 000 000$
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs / SDDS, Dolby Digital, DTS
  • Festivals et récompenses : 4 Razzie Awards sur 8 nominations, dont Pire film de l'année et pire actrice
  • Illustrateur / Création graphique : © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © MGM, C2/Intermedia, IMF. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Franchise : 2e segment du diptyque Basic Instinct
Note des spectateurs :

Quatorze ans ans après le fascinant thriller érotique de Paul Verhoeven, Basic Instinct 2 est une suite aberrante d’inutilité et de médiocrité. Pour le charme de Sharon Stone exclusivement.

Synopsis : Catherine Tramell a quitté San Francisco pour Londres où elle a entrepris l’écriture de son nouveau roman. Accusée du meurtre de son dernier amant, elle doit être “évaluée” par le psychiatre Andrew Glass pour éventuellement être acquittée. Mais leur relation va rapidement dépasser le cadre professionnel et Andrew va plonger dans un abîme de mensonges et de manipulations dont la seule issue semble être le meurtre…

Le mauvais réalisateur au mauvais moment

Critique : L’annonce du choix de Michael Caton-Jones à la réalisation de Basic instinct 2 avait unanimement fait grincer les dents des fans du chef-d’œuvre de Paul Verhoeven. Pour mémoire, Basic Instinct était un thriller sulfureux marqué de la patte irrévérencieuse d’un auteur hollandais qui aimait repousser les limites de la bienséance. Il avait fait de ce thriller érotique un jalon cohérent dans une œuvre marquée par des figures et des thèmes récurrents comme celle de la femme mante religieuse qu’il avait neuf ans plus tôt mis en scène dans un Quatrième homme qui préfigurait le personnage diabolique de Catherine Tramell.

Caton-Jones, pour sa part, incarne le tâcheron hollywoodien dans toute sa déchéance. Également européen d’origine (il est écossais), il s’est vite installé aux États-Unis après le succès de son premier long métrage, Scandal (1989), pour s’atteler à des projets insipides qu’il a su saborder en toute beauté (Memphis belle et Le chacal, c’était lui !). Le prototype même de cinéaste éponge touche-à-tout, vaguement capable de se racheter une conduite aux commandes de films à Oscars plus ambitieux comme Rob Roy et surtout Shooting Dogs.

Encore pire que ce qui était redouté

Ce détour sur sa filmographie est nécessaire pour rappeler que peu d’espoirs accompagnaient ce projet et que par conséquent on ne pouvait ressortir de la projection qu’agréablement surpris. Erreur, on se rend compte très vite que nos pires craintes s’avéraient être bien en-dessous de la réalité. La suite de Basic Instinct est une monumentale supercherie profondément ancrée dans la bêtise scénaristique et l’incompétence artistique.

Avec son scénario qui plagie de manière éhontée le script de Joe Eszterhas, le scénariste émérite de l’original, cette production insipide n’a rien d’autre à offrir qu’un verbiage insignifiant dépourvu de tout relief. Effectivement, une fois passée la jolie séquence d’ouverture, à la fois rythmée, drôle et perverse, l’ennui le plus gênant s’installe, puisqu’il s’agissait de la première et dernière scène d’action de tout le métrage ! En développant le thème de la manipulation mentale, ce thriller se contente du rythme des dialogues pour nourrir l’intrigue ; dès lors l’angoisse et le suspense restent hors de portée, chaque phrase étant sentencieuse et profondément inepte.

La chair et le sang sont tristes

“La chair et le sang” (titre d’un classique du cinéaste hollandais) ont été lâchement abandonnés alors qu’ils avaient largement contribué au succès du premier Basic. Tout le piquant du premier volet a été édulcoré par la censure ambiante. Les internautes peuvent ainsi dire adieu aux séquences torrides qu’ils avaient pourtant aperçues sur la toile quelques mois avant la sortie du film ; elles ont tout simplement été gommées. Le personnage de Catherine Tramell a vieilli (Sharon Stone, moins, elle est toujours aussi sublime) et se montre plus que timoré dans les scènes libidineuses. Désormais le sexe est verbal et non plus charnel. Le saphisme explicité par ce vieux coquin de Verhoeven a été congédié, tout comme la violence viscérale de l’original qui bravait tous les tabous en métamorphosant l’acte sexuel en une véritable cérémonie morbide dont l’éjaculation finale se faisait dans le sang.

Sharon Stone, seul intérêt de Basic Instinct 2

Heureusement, dans ce naufrage absolu, Sharon Stone parvient à conserver sa grâce de star impénétrable. En magnifique femme fatale qu’elle est, elle surjoue jusqu’à l’auto-parodie, mais avec une dignité touchante au milieu d’un casting des plus fades qui ne lui arrive jamais au talon aiguille ! Dans la fadeur, une mention spéciale peut être décerné aux mâles du film, David Morrissey et Stan Collymore. Leurs visages n’ont aucune expression. Ils nous font regretter ce bon vieux coq de Michael Douglas qui, lui au moins, servait l’arrogance macho de son personnage et les ambitions de Verhoeven.

Le pire des thrillers érotiques des années… 90

Au final Basic Instinct 2 nous renvoie aux pires thrillers érotiques des années 90, et parvient même à faire passer des crétineries comme Sliver (Sharon Stone) et Body (Madonna) pour des références du genre. Un comble !

Avec huit nominations aux Razzie Awards dont quatre prix largement mérités, Basic Instinct 2 sera l’un des plus gros échecs de l’année 2006. Le budget coquet de 70M$, dont plus de 13 600 000$ pour Sharon Stone, sera réduit à néant aux USA (moins de 6M$) et en France (moins de 550 000 entrées) où il restera six semaines à l’affiche, avec des chutes supérieures à 50% de semaine en semaine, démontrant un bouche-à-oreille radicalement épouvantable. La France sera pourtant le second marché mondial du film après les USA, suivi de l’Italie et de la Russie.

Basic Instinct, premier du nom, avait été numéro 1 de l’année 1992 sur notre territoire. Son deuxième segment finira en 87e place annuelle. Le film plombera le distributeur indépendant Océan Films qui en espérait beaucoup. Heureusement, les triomphes de C.R.A.Z.Y, The Host et La vie des autres, les sortiront de ce faux pas coûteux qui aurait pu être une opportunité inespérée.

Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 29 mars 2006

Affiche française de Basic Instinct 2

Copyrights : Metro-Goldwyn-Mayer (MGM)

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