Ave Maria : la critique du film (1984)

Drame, Trash | 1h40min
Note de la rédaction :
8/10
8
jaquette du DVD de Ave Maria

Note des spectateurs :

Satire religieuse riche de la plume caustique de Paul Gégauff, Ave Maria est une œuvre provocatrice puissante, qui bénéficie d’un script et de dialogues extrêmes. La réalisation y est splendide. La démarche en est vénéneuse. Une œuvre intemporelle à redécouvrir urgemment.

Synopsis : À quinze ans, Ursula connaît ses premiers émois sexuels dans son village où règne une secte pseudo-religieuse. Jugée envoutée, Ursula est l’objet de violents sévices corporels…

Ave Maria est une oeuvre maudite

Critique : Ave Maria est un film maudit. Son échec monumental (à peine 30 000 entrées en France) pour une production onéreuse, dont l’argent venait essentiellement de la productrice Irene Silberman, a enterré la carrière de Jacques Richard, à qui l’on refusera d’octroyer par la suite pareil budget (voir son film suivant, le raté 100 francs l’amour, en 1986). Il se tournera d’ailleurs vers la télévision.

Ave Maria, beaucoup pourtant en ont parlé, moins pour le contenu radical sur le pouvoir (l’emprise d’une secte religieuse sur de humbles paysans), que pour la magnifique affiche iconoclaste de Bettina Rheims qui fut censurée, interdite, au cœur d’un procès, en raison de sa représentation d’une jeune femme (la juvénile Isabelle Pasco), crucifiée, la poitrine généreusement offerte à la vue du public. La promotion parisienne en sera marquée par un refus catégorique d’affichage dans le métro ou sur les colonnes Morris, et peu de salles se risquèrent de diffuser l’œuvre blasphématoire.

Le dernier scénario de Paul Gégauff, avant son assassinat

Pour ajouter au drame du film, le scénariste Paul Gégauff, l’une des plumes les plus acerbes des années 70 (les grands Chabrol et Barbet Schroeder) meurt assassiné par son épouse, le 24 décembre 1983, peu avant le tournage du film. Un jour funeste qui aura son importance dans la trame du film, puisque le 25 décembre, c’est-à-dire la naissance de Jésus, sera aussi la conclusion symbolique d’Ave Maria.

Une satire sombre et pessimiste, au final désespérant

Deux autres décès surviendront pendant ou juste après le tournage. Un autre assassinat, cette fois-ci dans un parking, et la mort dramatique de Pascale Ogier, le soir de l’avant-première officielle du film. L’héroïne des Nuits de la pleine lune de Eric Rohmer, alors figure montante de la décennie eighties, y incarne un rôle mystique de grande importance, qui plombe, quand on connaît son funeste destin, un peu plus cette satire sombre et pessimiste, au final désespérant.

 

Dénonciation de la dérive sectaire et du pouvoir par la satire

C’est beaucoup pour une œuvre pourtant remarquable, dont l’essentiel aurait dû rester le contenu : une mise en scène brillante, des plans de composition somptueux, aux décors intemporels d’une France qui aurait pu être celle des années 20 comme celle des années 70. La fascination maléfique qu’exercent le Saint-Père (Féodor Atkine, méconnaissable) et la Sainte-Mère (Anna Karina dont le discours de haine est fulgurant de grossièreté) sur de humbles villageois, tend vers une caricature sectaire assumée par le cinéaste qui détache son œuvre de toute réalité moderne. En trempant son film dans un mysticisme effrayant, Jacques Richard, fidèle aux écrits sulfureux de Gégauff (Plein soleil, Que la bête meure…), nous coupe de la modernité pour enraciner l’homme dans les ténèbres de la croyance crasse, celle de l’incapacité de se remettre en question face à son ignorance.

jaquette du DVD de Ave Maria

© Les Films Galaxie, Studio Canal. Photo de Bettina Rheims

Isabelle Pasco, 17 ans, crucifiée

Ave Maria, c’est aussi la jeune Isabelle Pasco, provinciale de Perpignan, de 17 ans, dont la carrière se résumera à une dizaine d’années, notamment chez Beineix, mais que sa rencontre avec Richard marquera du seau du blasphème et de la religiosité, puisqu’elle apparaîtra peu après dans Le Mal d’aimer (1986), Céline (1992), de Jean-Claude Brisseau et Les couleurs du diable de Jessua en 1997.

 

Un bijou oublié du cinéma subversif

La force du film de Jacques Richard passe évidemment par ce casting, mais aussi par la réalisation baroque, puissamment composée, magnifiquement minérale. Elle intervient aussi à travers une photographie hivernale de ténèbres, et des dialogues exacerbés.

Plus de 30 ans après sa sortie, l’affiche demeure la représentation austère mais finalement juste des propos du réalisateur ; elle engage l’inspiration poétique et iconoclaste et garantit la grandeur (et décadence) de ce cinéma normé des pamphlets inconfortables des années 70 et du début des années 80.

Du très grand cinéma, sans filtre, mais mémorable, de ceux qui serait impossible de reproduire à notre époque.

StudioCanal en a édité un DVD devenu rare, en 2010, et le film peut aussi être (re)découvert en VOD.

Critique : Frédéric Mignard

Voir en VOD

Les sorties de la semaine du 31 octobre 1984

Affiche blasphématoire de Ave Maria de Jacques Richard avec Isabelle Pasco crucifiée les seins nus

© Les Films Galaxie, Studio Canal. Photo de Bettina Rheims

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