Anna : la critique du film (2019)

Action, thriller |
Note de la rédaction :
4/10
4
Affiche d'Anna de Luc Besson, définitive

Note des lecteurs

Anna essuie les plâtres d’une production chaotique pour Luc Besson qui, sans inspiration, délivre un action-flick à la gloire de sa nouvelle muse, le jeune mannequin russe Sasha Luss, sans jamais transcender son œuvre qu’il se contente d’autociter.

Synopsis : Les Matriochka sont des poupées russes qui s’emboîtent les unes dans les autres. Chaque poupée en cache une autre.
Anna est une jolie femme de 24 ans, mais qui est-elle vraiment et combien de femmes se cachent en elle ?
Est-ce une simple vendeuse de poupées sur le marché de Moscou ? Un top model qui défile à Paris ?
Une tueuse qui ensanglante Milan ?
Un flic corrompu ? Un agent double ? Ou tout simplement une redoutable joueuse d’échecs ?
Il faudra attendre la fin de la partie pour savoir qui est vraiment Anna et qui est “échec et mat”.

 

Caotica Anna

Critique : Après de très lourdes pertes en 2017 et 2018, à la suite de l’échec de Valérian et la cité des 1000 planètes, EuropaCorp a dû fermer son département distribution. C’est donc sous l’égide de Pathé que le nouveau Luc Besson sort en salle en France, après l’affront d’un nouveau bide aux USA (Anna ne dépassera pas les 10 millions de dollars). Outre le contexte #Metoo et des accusations de la part d’une ancienne actrice qui ont alimenté la presse people, on connaît donc le contexte financier difficile dans lequel Besson a dû précipiter la production d’Anna qui semble n’exister que pour pouvoir retrouver la main et répondre  à l’immédiateté de la crise financière. Besson a donc jeté son film en pâture aux formules, les siennes, semble-t-il pour pouvoir permettre à EuropaCorp de survivre, tirant les leçons de ses succès mondiaux, et notamment de Lucy. Ce dernier s’est avéré être son plus grand triomphe à l’échelle internationale, et il semblerait que le cinéaste ait voulu mettre sur pied un produit archétypal pour des gains immédiats.

Affiche teaser du film de Luc Besson, Anna.

Copyrights : 2019 EuropaCorp, TF1 Films Production. Tous droits réservés. Photo Shanna Besson.

KGB contre CIA

Du titre, qui fait écho à Nikita, Léon, et donc Lucy (un prénom sans trop de syllabes), en passant par une actrice au physique slave élancé, fantasme du réalisateur depuis Milla Jovovich dans Le cinquième élément (1998), Besson cinéaste ou producteur (on pense aussi à Colombiana, avec Zoe Saldana)  accumule les poncifs de son cinéma, mélangeant les genres (thriller, film d’espionnage et d’action), et même les plans qui ont brassé et racé son cinéma. Parlez d’un ersatz de Nikita est ce qui nous vient immédiatement à l’esprit en découvrant le résultat final qui n’opère aucune approche originale de son sujet (en gros, une jeune femme russe devient le jouet de la CIA et du KGB dans un dangereux match de tennis où, manipulée, la jeune femme serait la balle…).

En utilisant tout son attirail narratif habituel, en plagiant ses propres films (comme sur Valerian qui lorgnait trop du côté du 5e élément, dans l’esthétique des décors ou des créatures), Besson trahit l’esprit même de ses longs métrages qui, contrairement à ses productions à la chaîne pour EuropaCorp, bénéficiaient d’une originalité certaine, du moins jusqu’à Jeanne d’Arc.

Cinéma de l’ancien monde

Les Britanniques Cillian Murphy (28 jours plus tard, Sunshine), Helen Mirren et Luke Evans (Fast & Furious) font de leur mieux pour donner du nerf et de l’épaisseur à l’intrigue convolutée, mais dans un univers d’espionnage entre l’Est et l’Ouest qui a, récemment, déjà délivré de sacrés morceaux pop avec Atomic Blonde et Red Sparrow, Besson accouche, pour reprendre une expression à la mode, un rejeton de l’ancien monde, que l’on pourrait donc qualifier de “vieux” dès sa naissance, quand les deux autres films faisaient preuve d’audaces graphiques et scénaristiques, jusque dans l’approche tumultueuse de la sexualité. Ici le personnage d’Anna, forcément bisexuelle, essaie de brouiller les pistes avec l’intrusion d’un amour féminin qui ne sert à rien, mais contrairement à l’imagerie des Matriochka que la promo aimerait nous vendre, son personnage fade, transparent, jusque dans les scènes de baston où l’on ne croit jamais aux coups que son frêle visage reçoit, n’en devient que prédictibilité, quand Jennifer Lawrence dans Red Sparrow était poussée réellement dans ses retranchements, au gré d’une intrigue similaire (euphémisme), mais définitivement plus inattendue.

Anna est donc le constat d’un triste échec artistique et commercial que l’on imputera moins au manque de talent de Besson – on n’appartient pas à ceux qui dénigreront son oeuvre -, mais probablement à un contexte que l’on suppute très difficile et qui ne pouvait pas laisser espérer de miracle. C’est dommage, jusqu’au bout, on voulait y croire.

Frédéric Mignard

Sorties du 10 juillet 2019

 

 

Affiche d'Anna de Luc Besson, définitive

Copyrights : 2019 EuropaCorp, TF1 Films Production. Tous droits réservés. Photo Shanna Besson.

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Affiche d'Anna de Luc Besson, définitive

Bande annonce d'Anna de Luc Besson

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