Jacques Rozier fut l’une des plus grandes révélations de la Nouvelle Vague, et un réalisateur majeur du cinéma français, en dépit d’une filmographie peu abondante.
Une révélation majeure de la Nouvelle Vague
Après avoir été formé à l’IDHEC, Jacques Rozier devient l’assistant de Marcel Bluwal, Stellio Lorenzi et Claude Loursais, à la télévision. Il effectue également un stage sur le tournage de French Cancan (1955) de Jean Renoir. Il se lance ensuite dans le court métrage avec Rentrée des classes (1955) et Blue Jeans (1956). La Nouvelle Vague révèle alors une nouvelle génération de cinéastes, adeptes d’un cinéma en liberté. Rozier en fait partie. Grâce au producteur Georges de Beauregard, il réalise son premier long métrage, Adieu Philippine (1963), portrait d’un jeune appelé en Algérie, et de son amitié amoureuse avec deux jeunes filles. L’œuvre frappe par sa fraîcheur et sa tonalité originale. Elle est sélectionnée à la première Semaine de la Critique du Festival de Cannes.
Si le cinéaste a d’autres projets, il peine à les concrétiser, mais est remarqué avec des courts métrages dont Paparazzi et Le parti des choses (1964), qui abordent Brigitte Bardot et le tournage médiatisé du Mépris de Godard. Et L’ORTF le sollicite toujours, notamment pour un numéro de l’émission Cinéastes de notre temps consacré à Jean Vigo. En 1969, Jacques Rozier entreprend le tournage de Du côté d’Orouët, au budget serré. Le casting réunit Bernard Menez, entouré de trois jeunes actrices, Caroline Cartier, Danièle Croisy et Françoise Guégan. Cette comédie poétique qui se déroule en Vendée, présentée à la Quinzaine des Réalisateurs 1971, est un petit miracle de légèreté et de mélancolie, et trouve sa place dans les circuits art et essai en 1973.
Jacques Rozier, un cinéma en liberté
Jacques Rozier est alors abordé par Claude Berri pour réaliser une production plus coûteuse, Les naufragés de l’île de la Tortue, avec Pierre Richard et Jacques Villeret (1974). Mais le tournage connaît des imprévus, et la comédie, distribuée en 1976, est un échec commercial. Les années qui suivent sont difficiles pour Rozier qui retourne à la case télévision et ne mène pas à terme certains de ses projets (Nono nénesse, coréalisé avec Pascal Thomas). En 1986, le réalisateur donne peut-être le meilleur de lui-même avec Maine Océan, hymne à l’amitié et à la liberté, dans lequel il dirige Bernard Menez, Luis Rego et Yves Afonso. Cette autre comédie décalée est marquée par une fluidité exemplaire et une imagination remarquable.
L’œuvre reçoit des louanges critiques et se voit décerner le Prix Jean-Vigo. Mais le réalisateur reste peu actif par la suite, de projets inachevés en réalisations discrètes pour la télévision ou la vidéo. Son dernier long métrage, Fifi Martingale, présenté à la Mostra de Venise 2001, y est mal accueilli et ne trouve pas de distributeur. Jacques Rozier n’en demeure pas moins un cinéaste respecté, honoré au Festival de la Rochelle en 1996, lauréat du Prix René-Clair en 1997, et du Carrosse d’or décerné par la Société des Réalisateurs de Films en 2002. Et la Cinémathèque française lui consacre une rétrospective en 2021. Jacques Rozier est décédé le 2 juin 2023 à l’âge de 96 ans.
Ils nous ont quittés en 2023

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