Faux giallo, Deux mâles pour Alexa appartient surtout à la catégorie des thrillers à machination, tout en dégageant une atmosphère étrange typique d’un certain cinéma d’auteur espagnol. Intéressant à défaut d’être pleinement abouti.
Synopsis : La jeune et jolie Alexa accepte d’épouser le riche et vieillissant Roland selon un pacte tacite : il entretient son oisiveté et elle le laisse profiter de sa jeunesse. Mais lorsque Alexa entame une relation torride avec le vigoureux Pierre, Roland prépare sa vengeance. Il invite les deux amants dans une de ses villas en Normandie.
Un thriller à machination avant tout
Critique : Créateur de la société de production espagnole Logar PC, le comédien Juan Logar débute une nouvelle carrière de scénariste et de réalisateur au milieu des années 60. Il profite notamment de la vogue du cinéma horrifique ibérique pour tourner coup sur coup El perfil de satanás (1969) et le film de SF Trasplante de un cerebro (1970). Ce dernier est d’ailleurs une coproduction avec l’Italie, comme va l’être Deux mâles pour Alexa (1971), son troisième film de genre d’affilée. Effectivement, le long métrage a été présenté, sans doute de manière opportuniste comme un giallo, alors que la référence semble être d’abord celle des Diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 1955).
Davantage thriller à machination comme on en a vu des dizaines au cours des années 60, Deux mâles pour Alexa ne présente guère de rapport avec le giallo type Mario Bava ou Dario Argento. En fait, les scénaristes préfèrent ici ausculter une relation amoureuse complexe fondée sur un classique triangle entre un mari âgé, sa femme nettement plus jeune et son amant. Si le script apparaît de prime abord assez peu original, il se fait un malin plaisir à prendre le contrepied systématique des attentes du spectateur.
Juan Logar propose un scénario construit plus ou moins à l’envers
Ainsi, le métrage révèle son twist au bout du premier quart d’heure, laissant donc le spectateur persuadé qu’il est en train de se faire manipuler. Le cinéaste joue avec un certain brio sur un suspense qui, pourtant, ne débouche sur absolument rien de plus. Effectivement, Deux mâles pour Alexa, malgré son titre français putassier, se révèle être avant tout un véritable film d’auteur qui entend brouiller les pistes entre cinéma d’exploitation et expérimentation.

© Artus Films, Rewind Film / Jaquette : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.
Par son scénario construit à l’envers, sa volonté de raconter toute l’histoire à coups de flashbacks, puis de mélanger le tout avec les fantasmes des différents protagonistes, Deux mâles pour Alexa ne correspond à rien de ce qui existe dans le genre, non seulement du giallo, mais aussi du thriller à machination. Certes, bon nombre de personnages ne servent finalement à rien dans le déroulement de l’intrigue (on pense notamment aux personnages joués avec talent par Emma Cohen et Eduardo Calvo), mais ils ont le mérite d’aérer un film qui, à la base, est censé être un huis-clos étouffant.
Et si les sentiments étaient solubles dans l’argent ?
Ce troisième long métrage de Juan Logar est donc avant tout un drame qui entend explorer la psyché de protagonistes qui se manipulent les uns les autres, mais qui, en le faisant, finissent par passer à côté de leur propre vie. Au milieu, l’argent devient une unique motivation qui rend chaque protagoniste aussi détestable que tous les autres, d’où une forte impression de misanthropie. L’anticapitalisme résonne également fortement dans cette œuvre grandement désabusée quant à la nature humaine.
Réalisé avec un certain talent dans un cadre français charmant (quelques vues de Paris et de la Normandie), Deux mâles pour Alexa peut également être apprécié pour la bonne tenue de l’interprétation. Ainsi, Curd Jürgens s’avère particulièrement convaincant en vieux mari cocu qui développe une jalousie maladive envers sa jeune épouse.
Duel en chambre
Cette dernière est incarnée par une Rosalba Neri tout à fait juste dans l’ambiguïté. Celle-ci parvient à donner une image très juste d’une femme partagée entre un amant qui la satisfait sur le plan physique et un vieil époux lui apportant confort financier et sécurité. Enfin, le tombeur Juan Luis Galiardo profite de son physique de beau gosse pour entourlouper tout son monde.
Ce duel à trois au cœur d’une chambre définitivement close parvient curieusement à ne jamais ennuyer grâce à un habile montage et une réalisation qui varie suffisamment ses figures de style pour interpeller l’œil à chaque instant. Il profite également d’une musique efficace signée Piero Piccioni pour emballer le tout.
Deux mâles pour Alexa, l’histoire d’un caviardage X pour son exploitation française
Malheureusement pour les spectateurs français, Deux mâles pour Alexa a attendu six ans avant d’être distribué dans les salles françaises à partir du 23 novembre 1977, caviardé de trois scènes pornographiques qui n’ont absolument aucune raison d’être dans ce thriller vaguement érotique. Cela explique également le caractère racoleur du titre français qui a toutefois été conservé par l’éditeur Artus Films.
Eurociné, à la distribution, place le long métrage dans cinq cinémas à Paris pour une semaine unique. L’Atomic, l’Amsterdam St-Lazare, le Casino St-Martin, le Delambre Montparnasse et le Maine Rive Gauche en tire un total de 6 495 entrées.
On notera que lors de l’exploitation en vidéo, les trois ajouts apocryphes à caractère pornographique, disparaîtront et ce dès la première éditions VHS éditées par Virginia Distribution, avec la graphie 2 mâles pour Alexa. En 1993, une nouvelle VHS paraît, sous le titre Fauves en liberté, chez l’éditeur Century Stars. Par la suite, le film a été tout bonnement oublié jusqu’à la sortie du combo DVD-blu-ray d’Artus Films proposé à la vente à partir du 6 octobre 2026.
Malgré son titre peu évocateur, on conseille aux amateurs d’étrangetés d’y jeter un coup d’œil.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 23 novembre 1977
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Biographies +
Juan Logar, Pilar Velázquez, Rosalba Neri, Curd Jürgens, Bernard Launois, Emma Cohen, Eduardo Calvo, Juan Luis Galiardo
Mots clés
Cinéma espagnol, Cinéma italien, L’adultère au cinéma, Giallo, Les huis-clos au cinéma, La vengeance au cinéma, Artus Films
