Mutations (Slugs) : la critique du film + le test blu-ray (1989)

Epouvante, Horreur, Gore | 1h32min
Note de la rédaction :
5.5/10
5.5
Mutations, VHS, jaquette

  • Réalisateur : Juan Piquer Simón
  • Acteurs : Silvana Mangano, Alicia Moro, Patty Shepard, Frank Braña, Manuel de Blas
  • Date de sortie: 05 Fév 1988
  • Année de production : 1988
  • Nationalité : Espagnol
  • Titre original : Slugs, muerte viscosa
  • Titres alternatifs : Slugs (international), Huella de muerte (Mexique), Slugs - Vortice d'orrore (Italie), Lesmas (Brésil), Hallazgo mortal (Argentine), Krypande hot (Suède), Hallazgo macabro (Chili), Morte Viscosa (Portugal), Nälkjad (Estonie), Slugs the Movie (Australie)
  • Casting : Michael Garfield Levine, Kim Terry, Philip Machale, Alicia Moro, Santiago Álvarez, Concha Cuetos, John Battaglia, Emilio Linder, Kris Mann, Kari Rose, Manuel de Blas, Andy Alsup, Frank Braña, Stan Schwartz, Juan Maján, Lucía Prado, Patty Shepard, Miguel de Grandy, Tammy Reger, Glen Greenberg, Jay R. Ingerson, Harriet L. Stark, Toby Gold, Nazzareno Natale, Carla M. Fox, Isabel Prinz, Laura Notario, Daniel L. Johns, Kristin L. Kilian, Edward Trathen, Eric Swanson, Karen Landberg, Aníbal Blas, Laramie G. Evans, Nevada Killips, Larry Bornheimer, Wally Frazer, Silvana Mangano, Rafael Torres
  • Scénaristes : Ron Gantman, José Antonio Escrivá, Juan Piquer Simón
  • D'après le roman Slugs (La mort visqueuse en VF) de Shaun Hutson (Collection Gore, Fleuve Noir)
  • Directeur de la photographie : Julio Bragado
  • Compositeur : Tim Souster
  • Monteur : Richard Rabjohn
  • Directeur de casting : Bill Williams
  • Chef décorateur : Gonzalo Gonzalo
  • Cheffe costumière : María Eugenia Escrivá
  • Responsable des effets spéciaux : Carlo De Marchis (maquillage)
  • Assistant réalisateur : Vito Hughes
  • Producteurs : Francesca DeLaurentiis, José Antonio Escrivá, Juan Piquer Simón
  • Producteur exécutif : George Ferrer
  • Sociétés de production : Dister Group
  • Distributeur / Date de sortie : New World Picture (USA) : 5 février 1988 (USA)
  • Editeur vidéo : Fox Vidéo (VHS), Mad Movies (DVD), Rimini Editions (Combo DVD + Blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : Troisième trimestre 1989 (VHS), 11 septembre 2026 (Combo DVD+Blu-ray)
  • Formats : 1.85:1 / Couleur (35mm) / Mono
  • Classification : Inédit en salle en France, aucune classification officielle
  • Festivals : Fantasporto (Portugal, 1990)
  • Récompenses : Goya des Meilleurs effets spéciaux (1989)
  • Crédits illustration : Wes Benscoter (Blu-ray, Arrow Vidéo, Royaume-Uni, 2016), Léo K (Blu-ray, France, 2026)
  • Crédits : Copyright 1988 Dister Group. All Rights Reserved
Note des spectateurs :

Avatar tardif du cinéma gore des années 80, Mutations (Slugs) balance les gastéropodes au premier plan dans un délire canonique dans son récit mais particulièrement surprenant dans son hyperviolence.

Synopsis : Une petite ville des Etats-Unis est le théâtre de décès étranges. Les services sanitaires envoient sur place Mike Brady, un de leurs agents, afin d’épauler le shérif local. Ce qui ne devait être qu’une enquête de routine tourne au cauchemar, les victimes ayant été partiellement dévorées. Au vu des analyses, Brady émet une hypothèse jugée farfelue : les victimes auraient été tuées par des limaces mangeuses de chair humaine. Les morts s’accumulent, et la théorie de Brady se confirme…

jaquette de Mutations (edition Mad Movies)

© 1987 Dister – © 2002 Lakeshore International. All Rights Reserved.

Critique : 1986. La fille de Dino De Laurentiis, Francesca, décide de produire l’adaptation d’un roman gore britannique dont elle vient d’acquérir les droits. Slugs de Shaun Hutson a été un énorme succès dans le domaine de l’horreur. Le 4e roman du jeune homme, la vingtaine à peine franchie, sera même suivi d une suite en 1985, Breeding Ground. Même la France succombe via la collection iconique de son époque, Gore, aux éditions du Fleuve Noir Horreur, sous le titre de La mort visqueuse. Au sein de cette collection, Hutson sera très populaire avec les parutions françaises des romans Les Larvoïdes, Erèbe ou les noirs pâturages, Le Crâne infernal et La Mort visqueuse 2 entre 1985 et 1987.

Elle engage le réalisateur espagnol Juan Piquer Simón pour mettre l’adaptation en boîte. Le cinéaste est un artisan du système B, toujours prêt à faire des économies (il tourne souvent dans ses propres studios à Madrid pour réduire les coûts). Il va s’atteler à l’écriture du scénario avec le débutant José Antonio Escrivá. Ils collaboreront de nouveau sur le thriller sous-marin L’Abîme / The Rift (1990).  Les deux compères déplacent l’intrigue aux USA où le film va être partiellement tourné dans une petite bourgade de l’état de New York. Ils y déploient une intrigue riche en personnages, notamment jeunes, pour un public décidément peu différent de celui du Sadique à la tronçonneuse, slasher que Piquer Simón avait mis en boîte aux Etats-Unis, avec essentiellement des post-ados dans les rôles principaux.

Slugs y retrouve le même goût du gore, des maquillages cracra et de l’érotisme obsessionnel du genre du début des années 80. Il le sait, c’est ce qui fera l’intérêt central de son long métrage où la menace centrale est aussi forcément risible : des limaces, mollusques lents et mous qui doivent soudainement susciter l’effroi. Le dégoût, oui, mais la peur… Pas forcément.

Les animaux tueurs sur CinéDweller

Dans la tradition des films d’attaque d’animaux agressifs, le choix des limaces mutantes est un défi énorme. Loin de la facilité graphique du requin blanc des Dents de la mer, la limace a pourtant bien des points communs avec les lombrics de La nuit des verts géants de Jeff Lieberman (1976). C’est gluant, visqueux, cela rampe partout, et puis avec un bon sens du montage, le mollusque peut bien apparaître mortel, surtout si la qualité des maquillages de latex sanguinolent suit. Justement, en 1989, année du triomphe de Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodovar lors de la cérémonie des Goya, Mutations (Slugs) est crédité du prix des meilleurs effets spéciaux, notamment grâce aux maquillages de Carlo De Marchis (The Thing, Alien), aux effets visuels d’Emilio Ruiz del Río (Conan le Barbare, Dune, Le Labyrinthe de Pan) et de Basilio Cortijo, fidèle collaborateur de Parquer Simón. Ce dernier est omniprésent dans le cinéma espagnol des années 80, après avoir fait ses mains dans le cinéma américain des années 70 (Papillon, Orca).

Affiche de cinéma américaine de Slugs (1988)

© 1987 Dister – © 2002  Lakeshore International. All Rights Reserved.

Ce qui n’était qu’une bouffonnerie sur le papier devient opérationnel à l’écran. Le banal récit d’une bourgade tiraillée entre le confort de l’inaction et la nécessité d’affronter le grand méchant loup est en soi rarement bien excitant. Cependant la méchanceté du produit qui n’hésite pas à faire de la soupe à la limace une occasion pour faire de la bestiole un bouffe-cervelle amibienne, offre toujours, même avec des décennies dans le bide, de quoi faire mal dans tous les orifices.

Jaquette de Slugs

Artwork de Wes Benscoter, pour Arrow Film © 1987 Dister – © 2002 Lakeshore International. All Rights Reserved.

Trop violent pour les salles américaines, Slugs a vu sa sortie nationale promise réduite à une poignée d’écrans, ce qui a contribué à son échec. En Espagne, la sortie du long-métrage se fait quelques mois plus tard sans trop d’espoirs. Les distributeurs ont vite compris que la vidéocassette était le parfait expédient pour cette production datée, tant dans ce qu’elle avait à raconter (une pure histoire de monstres inhérente aux années 60-70) que dans sa façon de le raconter (le gore n’était plus vraiment au goût du public en cette fin de décennie).

C’est ainsi qu’en France, on découvrira Slugs, durant l’automne 1989. Fox Vidéo édite une cassette qui fait sensation dans les vidéo-clubs sous le titre très impersonnel de Mutations. Au début des années 2000, lorsque Mad Movies édite le film en DVD avec sa célèbre revue, Mutations est toujours le titre principal, mais désormais accompagné du titre original entre parenthèses. Enfin en 2026, lors de l’édition combo DVD/Blu-ray chez Rimini Editions, dans la collection Angoisses, le titre français est confiné entre parenthèses : cette fois-ci l’éditeur lui a préféré son titre international, Slugs.

Frédéric Mignard

Promotion Rimini Slugs

Le test blu-ray de Slugs (Mutations)

Près de 25 ans après sa sortie DVD avec le magazine Mad Movies, Mutations revient en Blu-ray sous le titre de Slugs dans la collection Angoisses  de Rimini. C’est le 5e titre de l’éditeur dans cette collection d’enfer en 2026 après Week-end de terreur, Le Cri des ténèbres, Le tueur frappe 3 fois et The Stuff. L’une des plus chargées en suppléments. Un must-have.

Packaging & Compléments : 3.5 / 5

Slugs (Mutations) bénéficie de la griffe esthétique de l’increvable collection qui célébrera son 50e titre au début de l’année 2027. Le visuel français signé Léo K est particulièrement marquant et donne un peu plus de poids à ce choix éditorial. Le digipack cartonné est, comme toujours, l’antre d’un combo DVD et Blu-ray.

L’édition présente beaucoup plus de suppléments qu’habituellement. Il y a à boire et à manger. La présentation du film par Lilyy Nelson ne trouve malheureusement pas le bon ton. Pendant 16min, le contenu y est, mais on a l’impression d’assister à une vidéo YouTube pédagogique qui ne parvient pas à s’approprier le matériau et ses anecdotes.

J.P. Simon, Orfèvre du bis ibérique, est passionnant, très à propos quant à la filmographie parfaitement illustrée et commentée de l’artisan du bis espagnol. Mais, pas de chance, beaucoup de cinéphiles l’auront déjà sur leur galette E.S.C. du Sadique à la tronçonneuse paru un peu plus tôt cette année.

L’interview audio de Shaun Hutson, enregistrée au magasin Métaluna à Paris, ouvre une belle piste sur ce que l’on aurait aimé avoir, un vrai module autour de cet auteur horrifique qui mérite davantage de reconnaissance en France.

On adore, comme toujours, le travail de synthèse de Marc Toullec, qui, en 22 pages, accouche d’un livret riche autour de l’histoire du film, du projet jusqu’à sa sortie et sa réception d’époque. C’est très complet et un magnifique complément à tous les documents audiovisuels.

Pour ceux qui veulent davantage de bonus, le Blu-ray britannique de chez Arrow Vidéo grouille d’interviews et de commentaires audio. En soi, le contenu éditorial français est très largement suffisant, d’autant plus que techniquement, Slugs chez Rimini est solide.

Image : 4 / 5

L’image est propre, lumineuse, pimpante. Le master confère une qualité pop à ce pur produit des années 80 qui n’avait pourtant pas marqué par son contraste lors de sa sortie DVD initiale, assez tristounette chez Mad Movies, en 2006. Il est fort probable que le master soit identique à la copie Arrow qui date de 2016, ce qui ne rend nullement la qualité technique obsolète. C’était déjà une belle copie.

Son : 4 / 5

Tourné en Mono dans les années 80, ce produit européen a été découvert en France avec un doublage assez pompier et haut en couleurs qui nous avait fait sourire. Cette version française est de retour sur cette copie, rehaussée par le DTS HD, avec toutes les limites que cela peut comporter (voix écrasantes), mais une valeur bis indéniable et jouissive. Un régal pour les soirées potes en perspective.

La piste originale est marquée par la post-synchronisation de cette production. Le casting mélange acteurs américains et hispanophones (dont certains ne parlaient pas l’anglais et ont joué dans leur langue maternelle). Le résultat donne lieu à une piste baroque, qui manque de naturel, mais qui ajoute au charme imparfait également de la production.

Frédéric Mignard

Biographies +

Juan Piquer Simón, Silvana Mangano, Alicia Moro, Patty Shepard, Frank Braña, Manuel de Blas

Mots clés

Les animaux tueurs, Les films d’horreur des années 80, Le cinéma gore, Cinéma espagnol, Les films sortis en France en 1989

Package de Slugs en combo DVD Blu-ray chez Rimini

Illustration : Léo K – © Artwork : Rimini Editions.

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