Véritable OVNI lynchien, Backrooms révèle le jeune cinéaste Kane Parsons au talent indéniable pour créer des atmosphères anxiogènes et des moments de cinéma bien barrés. A découvrir.
Synopsis : Une étrange porte apparaît dans le sous-sol d’un magasin de meubles.
Retour sur le phénomène internet des Backrooms
Critique : Depuis 2019, une légende urbaine s’est développée sur la toile fondée sur l’existence de grandes pièces vides qui seraient parallèles à notre monde. Le phénomène des Backrooms est initialement fondé sur une unique photo quelque peu mystérieuse qui a circulé sur le net montrant une grande pièce vide avec des murs peints en jaune. Cela a donné naissance au style liminaire (à savoir un lieu gigantesque et vide qui crée l’inquiétude) qu’un jeune garçon américain de 17 ans a décidé de transformer en web-série justement intitulée Backrooms (2022).

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Kane Parsons a en réalité posté sur sa chaîne YouTube une première vidéo tournée à la façon d’un found footage qui a cumulé des millions de vues. Le succès fut tel que le jeune homme a ensuite développé le concept sur 24 épisodes diffusés sur sa chaine jusqu’en 2025. Il n’en fallait pas davantage pour que les producteurs de la firme indépendante A24 se mettent en contact avec Kane Parsons et lui proposent de transposer son univers au cinéma. Le projet est lancé dès 2023, mais le jeune âge de l’apprenti cinéaste a poussé l’ensemble des intervenants à patienter jusqu’en 2025 pour concrétiser le film.
De l’influence du found footage
Aidé au scénario par Will Soodik, un auteur professionnel qui a déjà signé de nombreux scripts pour des séries aussi célèbres que Homeland, Ash vs Evil Dead et Westworld, Kane Parsons a pu développer son concept sur une durée plus conséquente, tout en bénéficiant d’un budget de 10 millions de dollars pour mettre en images sa vision d’un univers très codifié.
Ainsi, Backrooms commence comme un pur épisode de web-série en suivant les pas d’un jeune cinéaste amateur perdu dans ces fameuses backrooms où l’on comprend que des choses étranges se déroulent. Ici, le cinéaste se réfère clairement à l’œuvre matricielle du genre, à savoir Le Projet Blair Witch (Daniel Myrick, Eduardo Sánchez, 1999) avec notamment l’usage d’une Shaky Cam volontairement hystérique lorsque l’action se déchaine.
Backrooms, une vraie expérience cinématographique
Pourtant, après cette entrée en matière très fidèle au concept internet, Backrooms bascule dans le pur film de cinéma, avec au contraire une caméra très stable et des plans entièrement fondés sur des cadrages biscornus et une ambiance anxiogène à cause de décors qui paraissent soit trop grands, soit trop étriqués. A l’aide également de sa musique inquiétante, le jeune Kane Parsons semble s’inspirer du cinéma horrifique indépendant américain dans le style de l’excellent It Follows (David Robert Mitchell, 2014).

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A partir de là, le cinéaste prend le temps de nous présenter les deux protagonistes principaux de son film, à savoir un vendeur de meubles interprété par le très convaincant Chiwetel Ejiofor (le héros de 12 Years a Slave) et sa psychanalyste jouée par Renate Reinsve (actrice norvégienne vue chez Joachim Trier). Dès le départ, les auteurs placent donc leur long métrage dans une optique psychanalytique qui va devenir de plus en plus prégnante à mesure que les bobines vont défiler.
Une esthétique surréaliste très travaillée
Bien évidemment, le long métrage prend toute sa dimension lorsque le vendeur de meubles découvre pour la première fois les fameuses Backrooms. Grâce à une réalisation très fluide qui s’empare de l’espace à l’aide d’un grand angle, ou au contraire de micro-caméras qui s’infiltrent dans les moindres recoins, Backrooms devient à partir de là un pur trip visuel et auditif, comme autrefois dans le cinéma d’un certain David Lynch. Sans rien montrer d’autre que des espaces vides ou habités d’objets fondus dans les murs, le plafond ou le sol, Kane Parsons parvient à créer une atmosphère anxiogène qui ne nous lâchera pas.
Pour cela, il utilise une bande-son très travaillée où des bruits familiers sont triturés pour leur donner une texture nettement plus inquiétante. L’aspect labyrinthique des lieux permet au réalisateur de perdre le spectateur dans un dédale de supputations et notre cerveau est régulièrement aux aguets, comme dans les meilleurs jeux vidéo d’angoisse. Pour cela, Kane Parsons s’amuse à distordre les lignes de fuite, à composer des tableaux qui nous rappellent les toiles surréalistes de gens comme Salvador Dali ou encore d’Yves Tanguy. Enfin, certains plans plus géométriques font songer aux obsessions symétriques d’un certain Stanley Kubrick, notamment dans 2001, l’odyssée de l’espace (1968).
Parmi les autres références visuelles, les amateurs d’art pourront également citer les univers dingues du graveur et lithographe néerlandais M. C. Escher dont on retrouve la patte dans plusieurs décors magnifiques au plus profond des Backrooms. Loin de n’être que l’expérience d’un petit malin, Backrooms déploie donc un imaginaire culturel plutôt riche qui se double d’une certaine profondeur thématique pour peu que l’on s’y arrête quelque peu.

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Une représentation de l’inconscient
Ainsi, les Backrooms peuvent en quelque sorte être vues comme une matérialisation de l’inconscient du personnage principal, travaillé par le trauma de sa séparation d’avec sa femme. En quelque sorte, le personnage part à la recherche de son monstre intérieur, celui qui se cache finalement au fond de chaque être humain. Ce monde tentaculaire n’est donc qu’une matérialisation d’une psyché qui ne parvient pas à se défaire de ses traumas passés, ce qui est confirmé par un phénomène identique frappant la psychanalyste.
Pour les auteurs, le cerveau humain ne fait que ressasser les mêmes obsessions en boucle, ce qui l’empêche forcément d’avancer dans la vie. Mais par l’ajout de quelques détails, le métrage va plus loin puisqu’il nous offre aussi des images qui rappellent les massacres du passé (on peut penser à l’Holocauste, mais aussi aux massacres liés au régime de l’apartheid comme l’indique un titre de journal). Dès lors, l’inconscient des personnages est également chargé d’un inconscient collectif comme l’a autrefois théorisé Carl Gustav Jung (1875–1961).
Des angoisses universelles pour un film définitivement original
Ainsi, le film charrie un certain nombre d’archétypes universels qui renvoient chaque spectateur à ses propres obsessions et angoisses. Cela explique sans aucun doute son fort impact auprès du grand public, alors même que son contenu s’avère très déstabilisant et pas franchement commercial dans son approche du genre horrifique.
Ceux qui s’attendent notamment à des explications claires peuvent toujours rêver car Kane Parsons a eu justement l’intelligence de laisser planer le doute sur le sens profond de son long métrage. Notre tentative d’explication n’est d’ailleurs qu’une théorie parmi d’autres qui peuvent être tout aussi pertinentes. En tout cas, il est rare de tomber sur une œuvre qui donne l’impression d’être véritablement novatrice et l’on ne peut que saluer cet effort louable.

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Backrooms, un phénomène américain qui cartonne aussi en France
Sorti depuis la fin du mois de mai 2026 en Amérique du Nord, Backrooms est devenu un véritable phénomène puisque le métrage a cumulé en moins d’un mois près de 160 millions de dollars au box-office local pour un budget de seulement 10 millions. Il s’agit d’ores et déjà du plus gros succès de la firme A24.
En France, c’est le distributeur Metropolitan Filmexport qui a fait l’acquisition du bébé et le lancement du mercredi 17 juin se place déjà sous le signe du triomphe, ce qui nous enchante car cela compensera les pertes accumulées par de nombreuses sorties de ce distributeur historique qui n’a jamais varié dans sa programmation entièrement dédiée au cinéma de genre.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 17 juin 2026

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Biographies +
Kane Parsons, Chiwetel Ejiofor, Katharine Isabelle, Renate Reinsve, Avan Jogia
Mots clés
Cinéma américain, Cinéma indépendant américain, Les films d’horreur de 2026, Les films A24, Premier film, Metropolitan Filmexport