Avec Prima la vita, Francesca Comencini rend un vibrant hommage à son père, le grand cinéaste Luigi Comencini, tout en racontant une histoire très personnelle qui tire vers l’universel. Touchant.
Synopsis : Un père et sa fille habitent les mondes de l’enfance. Il lui parle avec respect et sérieux, comme à une grande personne, il l’entraine dans des univers magiques débordants de vie et d’humanité. Il est le grand cinéaste de l’enfance et travaille sur Pinocchio. Un jour, la petite fille devient une jeune femme et l’enchantement disparait. Elle comprend que la rupture avec l’enfance est inéluctable et a le sentiment qu’elle ne sera plus jamais à la hauteur de son père. Alors elle commence à lui mentir et se laisse aller, jusqu’au bord du gouffre. Le père ne fera pas semblant de ne pas voir. Il sera là pour elle, tout le temps qu’il faut.
Retour autobiographique pour Francesca Comencini
Critique : Fille du grand cinéaste italien Luigi Comencini, Francesca Comencini a débuté comme scénariste et réalisatrice dans les années 80 avec plusieurs drames intimistes (Pianoforte, La Lumière du lac) qui n’ont pas forcément rencontré un grand succès sur le plan commercial. Après une longue période de retrait, elle s’est ensuite orientée dans les années 2000 vers le documentaire engagé à forte tendance altermondialiste (on se souvient de son marquant Carlo Giuliani, ragazzo en 2002). Au cours des années 2010, Francesca Comencini s’est également tournée vers la télévision, avant d’envisager un retour vers une fiction nettement plus personnelle avec Il tempo che ci vuole, retitré en France La prima vita, d’après un des dialogues du film.

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Avec ce long métrage qu’elle a commencé à écrire vers 2021, Francesca Comencini revient à la veine autobiographique de son tout premier film (Pianoforte déjà cité) afin de raconter son enfance, puis son adolescence, tout en rendant un hommage franc et sincère à son père, le réalisateur Luigi Comencini. Malheureusement, ce dernier semble aujourd’hui quelque peu oublié des cinéphiles alors qu’on lui doit un nombre conséquent de très grands films, voire carrément de chefs d’œuvre, souvent consacrés à l’enfance. Parmi eux, on peut citer notamment L’incompris (1966), Casanova, un adolescent à Venise (1969), L’Argent de la vieille (1972), Les Aventures de Pinocchio (1972), Eugenio (1980) ou encore Un enfant de Calabre (1988).
Le portrait touchant d’un humaniste
Le réalisateur fait partie des rares auteurs de cette époque à accorder autant d’importance aux enfants qu’aux adultes dans ses œuvres car il avait compris qu’un gamin doit être traité avec le même respect qu’un autre être humain. Autant dire qu’il était sacrément en avance sur son temps, quand les sévices corporels avaient encore droit de cité. En le mettant en scène dans Prima la vita, Francesca montre que son père faisait preuve de la même tolérance et du même respect envers les autres que dans ses films. Elle décrit ainsi un véritable homme de lettre qui se considère comme un modeste artisan au service des spectateurs et non comme un auteur prétentieux.
Dans Prima la vita, elle reconstitue les tournages de son père auxquels elle a pu assister en tant qu’enfant, dont Les Aventures de Pinocchio (1972). Ainsi, elle insiste sur les qualités humaines d’un réalisateur qui refuse de hurler sur ses équipes, qui entend respecter chacun et qui accorde beaucoup d’attention aux enfants qu’il fait tourner. Enfin, elle montre la magnifique complicité qu’elle a entretenu avec ce père à l’écoute et qui lui a enseigné le respect d’autrui.
Un lien père-fille d’une grande complexité
Pourtant, tout n’a pas été rose dans cette relation entre le père et sa fille. Avec l’adolescence, Francesca s’est laissé séduire par l’idéologie hippie, mais aussi par la drogue qui allait souvent de pair avec ce mode de vie. Sans concession, la réalisatrice revient sur cette période difficile de sa vie, comme autrefois dans son premier long Pianoforte (1984). Mais cette fois, elle se place également du côté de son père, dont le désarroi est total, remettant en cause sa propre méthode d’éducation. Pour autant, Luigi Comencini n’a jamais laissé tomber sa fille et a même mis entre parenthèse sa carrière pour venir en aide à sa fille et la pousser à se désintoxiquer.
On l’aura compris, Prima la vita est donc une œuvre très personnelle qui aborde avant tout la relation privilégiée, mais chaotique, entre un père et sa fille. Mais là où Francesca Comencini marque des points, c’est qu’elle parvient à rendre son histoire personnelle touchante et universelle. De plus, les cinéphiles seront aux anges puisque leur relation tourne également autour du cinéma. Dans le style autobiographique de The Fabelmans (Steven Spielberg, 2022), en plus modeste bien entendu, Prima la vita évoque aussi toute une époque où le cinéma était un moyen d’évasion particulièrement puissant, car encore marqué par la rareté.
Un hommage vibrant au cinéma
A travers ce très beau film autobiographique, Francesca Comencini rend hommage non seulement à son père, cinéaste et homme terriblement attachant, tout en proposant de nombreux extraits de chefs d’œuvre du cinéma muet, ou encore du Païsa (1946) de Roberto Rosselini que son père admirait tant.

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Réalisé avec un certain talent et une belle capacité à susciter l’émotion sans avoir recours aux ficelles du mélodrame, Prima la vita est également marquant par le jeu très inspiré de ses deux acteurs principaux. Ainsi, la jeune Romana Maggiora Vergano confirme sa capacité à faire ressentir toutes les émotions de ses personnages, tandis que le grand acteur de théâtre Fabrizio Gifuni lui donne la réplique de manière inspirée. Sa métamorphose en Luigi Comencini est d’ailleurs réellement impressionnante, ne serait-ce que sur le plan physique. Leur alchimie est tellement convaincante qu’on a vraiment le sentiment de se retrouver face à un père et sa fille.
Box-office de Prima la vita
Présenté avec succès à la Mostra de Venise 2024 dans une section parallèle, Prima la vita est reparti avec une mention spéciale pour sa musique et surtout le Prix Pasinetti de la meilleure actrice pour Romana Maggiora Vergano. Elle le méritait bien. Ensuite, le métrage a obtenu six nominations aux David di Donatello 2025, mais est reparti bredouille de la cérémonie. Les journalistes, eux, furent plus généreux lors de la cérémonie des Rubans d’argent 2025 puisque le film a réussi à gagner le Prix du meilleur film, du meilleur scénario, des meilleurs acteurs pour les deux protagonistes principaux et du meilleur casting.
Proposé en salles en France à partir du 12 février 2025 dans une combinaison très réduite de 75 salles, le biopic n’a pu enregistrer que 23 090 entrées sur sa première semaine. Toutefois, grâce à des critiques élogieuses et un bon bouche-à-oreille, le film est parvenu à doubler ses chiffres initiaux au bout d’un mois de présence dans les salles d’art et essai. Il a ainsi terminé sa course avec 55 605 entrées à son compteur. Certes, il s’agit d’un résultat modeste, mais obtenu dans un circuit très restreint de cinémas. Depuis, le film a été édité uniquement en DVD et il faut donc avoir recours à la VOD pour le découvrir en HD.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 12 février 2025
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Mots clés
Cinéma italien, Cinéma franco-italien, Biopic, Festival de Venise 2024, Le film dans le film, Relations père-fille