Une libellule pour chaque mort : critique du film et test blu-ray (1975)

Thriller, Policier, Giallo | 1h28min
Note de la rédaction :
5,5/10
5,5
Une libellule pour chaque mort, jaquette 2D

  • Réalisateur : León Klimovsky
  • Acteurs : Erika Blanc, Ángel Aranda, Paul Naschy, José Canalejas, María Kosty
  • Date de sortie: 17 Nov 1975
  • Année de production : 1974
  • Nationalité : Espagnol
  • Titre original : Una libélula para cada muerto
  • Titres alternatifs : Red killer (titre alternatif VHS, France) / Todeskreis Libelle (Allemagne) / A Dragonfly for Each Corpse (USA) / Il giustiziere sfida la polizia (Italie) / Uma Libélula para cada Morto (Brésil)
  • Casting : Paul Naschy, Erika Blanc, Ángel Aranda, María Kosty, Ricardo Merino, Susana Mayo, Eduardo Calvo, Ramón Centenero, Mariano Vidal Molina, José Canalejas, Anne Marie, Beni Deus, César Varona, María Vidal, Juan Madrigal, Ingrid Rabel, Juan Cazalilla, Javier de Rivera, Frances O'Flynn, Rafael Albaicín, Luis Alonso, Antonio Mayans, Ernesto Vañes, Antonio Ramis, Heinrich Starhemberg
  • Scénariste : Paul Naschy
  • Dialoguiste : Ricardo Muñoz Suay
  • Monteur : Antonio Ramírez de Loaysa
  • Directeur de la photographie : Miguel Fernández Mila
  • Compositeurs (musiques d'emprunt) : Stelvio Cipriani, Carlo Rustichelli
  • Chefs Maquilleurs : Adolfo Ponte, Manolita Ponte
  • Chef décorateur : José Algueró
  • Directeur artistique : José Algueró
  • Producteurs : J.A. Pérez Giner, Ricardo Sanz
  • Producteurs exécutifs : J.A. Pérez Giner, Ricardo Sanz
  • Sociétés de production : C.C. Astro, Profilmes
  • Distributeur : Film inédit dans les salles françaises. La date ci-dessus est celle de la sortie espagnole.
  • Editeurs vidéo : Vidéo 72 (VHS, 1985) / World Vidéo (sous le titre Red Killer, 1986) / Artus Films (DVD et blu-ray, 2026)
  • Dates de sortie vidéo : 1985 (VHS) / 1986 (VHS, sous le titre Red Killer) / 21 avril 2026 (DVD et blu-ray)
  • Classification : Non présenté au CNC
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Illustrateur/Création graphique : © Benjamin Mazure (design jaquette). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Artus Films, Mercury Films. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Giallo venu d’Espagne, Une libellule pour chaque mort de León Klimovsky permet à Paul Naschy de rendre hommage à un genre qu’il aime. Le résultat est inégal, très bis et donc forcément sympathique à découvrir.

Synopsis : Dans les bas-fonds de Milan, une série de meurtres est perpétrée au sein des prostituées, dealers, et homosexuels. Le tueur, qui semble investi d’une mission purificatrice, laisse, en signature, une libellule sur chacune de ses victimes. L’inspecteur Scaporella est diligenté pour mener l’enquête, aidé par sa fiancée Silvana.

Paul Naschy / León Klimovsky, une fructueuse collaboration

Critique : En 1971, l’acteur espagnol Paul Naschy (de son vrai nom Jacinto Molina Alvarez) entame la création du quatrième opus de la saga Waldemar Daninsky intitulé La Furie des vampires dont il confie la réalisation au vétéran argentin León Klimovsky. Cela ne présageait pas forcément du meilleur car Klimovsky n’a pas vraiment brillé depuis ses premiers films d’avant-garde tournés en Argentine dans les années 40. Exilé en Espagne dès le milieu des années 50, le cinéaste peut même être considéré comme un faiseur sans grande personnalité, au point que plusieurs de ses films ont en réalité tournés par d’autres.

Finalement, Paul Naschy et Klimovsky s’entendent très bien sur le tournage de La Furie des vampires (1971) et l’énorme succès du film en Espagne et à l’international leur permet de remettre assez rapidement le couvert, souvent pour des films d’épouvante, mais également pour des œuvres explorant d’autres genres populaires.

Un giallo à la mode paella

Avec Une libellule pour chaque mort (1974), Paul Naschy souhaitait aborder le giallo, genre typiquement italien qui a pourtant essaimé en Espagne. Ainsi, il existe une petite vingtaine de gialli aux financements ibériques, dont ce long métrage est assez représentatif. Au scénario comme à son habitude, Naschy (sous son nom de Jacinto Molina) livre ici une histoire tout à fait classique du giallo tel que l’envisageait Dario Argento à ses débuts ou encore Mario Bava. On retrouve donc une série de meurtres qui touchent systématiquement des marginaux (prostituées, drogués, homosexuels, nécrophiles), le tout à l’aide de gants noirs et surtout d’armes blanches variées, dont une hache bien affutée.

Comme le thriller a été produit dans la très catholique Espagne franquiste, l’action du film a été située à Milan, ce qui permettait en plus de mentir sur l’origine réelle du long métrage. Bien entendu, seuls quelques extérieurs ont été tournés en contrebande dans la capitale lombarde, tandis que l’essentiel du film a été réalisé en studio à Madrid. Enfin, pour que l’illusion soit parfaite, le titre original contient une référence à un animal (ici une libellule morte est placée sur chaque victime), comme dans les films transalpins de l’époque.

Une certaine générosité dans le bis

Et de fait, on peut quasiment considérer Une libellule pour chaque mort comme un pur pastiche du giallo rital. L’intrigue policière piétine assez lamentablement et le seul véritable intérêt réside dans l’exécution des victimes. Sur ce point, Paul Naschy et León Klimovsky ont opté pour une certaine générosité puisque le body count s’élève à plus d’une dizaine de meurtres. Si les cadavres sont graphiquement bien abîmés, le réalisateur évite généralement de montrer directement les meurtres et préfère filmer des jets de sang sur le mur. Il s’agit d’un moyen économique permettant d’éviter des maquillages trop savants et donc onéreux.

Une libellule pour chaque mort, jaquette détails

© Artus Films, Mercury Films / Jaquette : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

Toutefois, Une libellule pour chaque mort n’évite pas le piège qui consiste à suivre l’enquête de l’inspecteur Scaporella, jusque dans ses interrogatoires les moins intéressants. Comme le cinéaste ne soigne pas particulièrement sa réalisation, souvent très statique, ce qui se révèle à nos yeux lors des scènes d’action, assez mollement menées, le tout semble un peu trop routinier, notamment par rapport au haut du panier de la production italienne. Certes, la photographie est plutôt soignée, mais il manque clairement un cinéaste inspiré derrière la caméra.

Une œuvre entre fascisme de façade et critique de la haute société décadente

En ce qui concerne les acteurs, on a du mal à s’attacher au personnage d’inspecteur incarné par un Paul Naschy finalement peu à l’aise dans le costume étriqué d’un justicier assez peu perspicace. A ce petit jeu, il laisse finalement le beau rôle à sa partenaire Erika Blanc qui interprète sa femme, bien plus lucide sur la situation que cet homme assez macho. Peut-être est-ce là une critique sous-jacente du rôle trop souvent secondaire des femmes ? Cela n’empêche pas les auteurs d’en profiter pour montrer ces dames dans toute leur nudité, y compris dans des scènes qui n’appelaient pas une telle absence de pudeur. Les amoureux de cinéma bis y verront cela d’un bon œil, laissant les jeunes générations se scandaliser d’une telle instrumentalisation du corps des femmes.

De manière assez étonnante, le discours carrément fasciste du début – en gros, laissons agir le meurtrier puisqu’il nettoie la ville de ses êtres impurs – prend un tour moins évident par la suite et l’inspecteur finit par rendre la justice, certes de manière expéditive, mais en évoluant vers davantage de progressisme dans sa pensée. Cela est peut-être lié à une intervention de León Klimovsky qui était avant tout un homme de gauche et qui a d’ailleurs introduit une forme de distanciation dans ce simili giallo, au point d’en faire un pastiche. Il en profite pour dénoncer la décadence d’une certaine haute société qui se veut pourtant au-dessus de tout soupçon.

Un pur film bis uniquement passé par la case vidéo en France

Avec cette œuvre qui se réfère sans cesse à l’Italie, Klimovsky a eu recours à une astuce déjà utilisée dans certains de ses westerns précédents, à savoir l’emprunt de musiques venues d’autres longs métrages. Ici, les mélomanes retrouveront des morceaux issus des bandes originales de Six femmes pour l’assassin (1964) et La Baie sanglante (1971), deux œuvres majeures de Mario Bava, composées par Carlo Rustichelli et Stelvio Cipriani. De quoi ancrer davantage le film espagnol dans son univers transalpin, sans que l’on sache si les droits d’auteur ont été acquittés.

Réservé aux amateurs de curiosités bis, Une libellule pour chaque mort n’est absolument pas déshonorant, mais ne passionne qu’occasionnellement. D’ailleurs, le métrage fut un échec en Espagne, au point de ne pas sortir dans les salles obscures en France. Il a finalement échoué sur les étagères des vidéo-clubs sous son titre traduit directement de l’espagnol par les bons soins de l’éditeur Vidéo 72 en 1985. Cela explique notamment l’existence d’une version française plutôt correcte. Par ailleurs, le métrage a aussi eu le droit à une VHS éditée par World Vidéo sous le titre Red Killer. Désormais, le pastiche est disponible chez Artus Films dans une version restaurée en combo DVD / Blu-ray.

Critique de Virgile Dumez

Acheter le film en combo DVD / Blu-ray

Une libellule pour chaque mort, jaquette 3D

© Artus Films, Mercury Films / Jaquette : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

Biographies +

León Klimovsky, Erika Blanc, Ángel Aranda, Paul Naschy, José Canalejas, María Kosty

Mots clés

Cinéma espagnol, Giallo, Les tueurs fous au cinéma, La prostitution au cinéma, La drogue au cinéma, Artus Films

 

Le test du blu-ray

Artus Films agrémente sa collection giallo d’une œuvre espagnole pastichant allègrement le genre pour un résultat inégal, mais sympathique. Test réalisé à partir du produit finalisé.

Packaging & suppléments : 3,5 / 5

Comme le reste de la collection giallo de l’éditeur, la jaquette propose un visuel entre le jaune et l’oranger qui n’est pas particulièrement clair. Il faut vraiment avoir vu le film pour comprendre le sens de la photo utilisée. Toutefois, cet étui contient un digipack exposant l’affiche espagnole originale du film, puis une photographie où la nudité féminine est à l’honneur. En matière de suppléments vidéo, l’éditeur nous propose un entretien croisé entre Emmanuel Le Gagne et Sébastien Gayraud (52 min) qui reviennent en détail sur la carrière éclectique du cinéaste León Klimovsky qu’ils tentent de réhabiliter, même si on les sent hésitants par instants. Ils ont eu le mérite de défricher une carrière prolifique de plus de 70 films.

En fait, ils démontrent surtout qu’il fut un réalisateur d’avant-garde en Argentine, mais qu’une fois en Espagne, il s’est laissé emporter par une certaine facilité au sein du cinéma de genre local. Diversement inspiré en fonction des œuvres, Klimovsky ne laisse derrière lui que fort peu de grands films, mais il nous reste effectivement à découvrir sa période sud-américaine, aux œuvres peu accessibles, voire introuvables. L’entretien se concentre finalement sur Une libellule pour chaque mort dans les douze dernières minutes et n’apporte que peu de renseignements, car le métrage est passé inaperçu, y compris dans son pays d’origine.

Enfin, un diaporama d’affiche et surtout de photos d’exploitation est présenté sur plus de deux minutes.

L’image du blu-ray : 4 / 5

Le master d’origine a été restauré en 2K, ce qui se voit très nettement grâce à un beau piqué général et une précision de l’image assez bluffante. Les couleurs pétaradantes et très psychédéliques sont également à l’honneur de cette copie blu-ray de fort belle tenue. Toutefois, les points blancs n’ont pas tous été éliminés et les passages entre les différentes copies paraissent encore un peu abîmés. Notons également la présence d’une très courte fin de séquence dont la source est assurément une cassette VHS non restaurée. Cela ne dérangera aucunement les puristes qui, au contraire, apprécieront l’effort qui consiste à proposer un montage le plus complet possible.

Le son du blu-ray : 3,5 / 5

Grâce à sa première sortie en VHS, le film bénéficie d’une piste son en français qui ne démérite pas. Le doublage n’est pas mauvais, même si parfois bis, notamment lors des passages avec le personnage homosexuel dont la voix est volontairement parodique en VF, contrairement à celle en VO. En ce qui concerne la version espagnole, elle paraît plus ouverte, mais souffre d’un léger défaut avec un souffle parfois un peu trop présent. Toutefois, cela demeure la piste à privilégier pour profiter d’une œuvre tournée de manière sérieuse, alors que la VF est parfois trop humoristique.

Test du blu-ray : Virgile Dumez

Une libellule pour chaque mort, jaquette 2D

© Artus Films, Mercury Films / Jaquette : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.

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