Six femmes pour l’assassin : la critique du film (1964)

Thriller, Giallo | 1h28min
Note de la rédaction :
8/10
8
Six femmes pour l"assassin, affiche de la reprise 2019

Note des spectateurs :

Film fondateur du giallo, Six femmes pour l’assassin est une merveille pour les yeux grâce au talent de coloriste du grand Mario Bava. L’intrigue, quant à elle, tient plutôt bien la route. A redécouvrir d’urgence.

Synopsis : La Comtesse Como dirige à Rome un atelier de haute couture très réputé. Les ennuis commencent le jour où Isabelle, un de ses mannequins, est retrouvée morte dans une armoire. Le doute n’est pas permis : il s’agit d’un meurtre, et le premier d’une longue série.

Critique : En 1963, le cinéaste italien Mario Bava est chargé par des producteurs opportunistes de tourner un thriller dans le style d’Alfred Hitchcock. Cela donne La fille qui en savait trop, premier giallo officiel, même si cette dénomination peut apparaître un brin abusive puisque le film pose certaines bases du genre, mais sans y ressembler pleinement.

Six femmes pour l'assassin, photo

© 1963 Studio Canal – Compass Film – Monachia Filmproduktionsgesellschaft. Tous droits réservés.

Mario Bava crée un sous-genre appelé au succès quelques années plus tard

Il faut attendre le sketch du téléphone dans Les trois visages de la peur (1963) et surtout Six femmes pour l’assassin (1964) pour que le grand Mario Bava inaugure pleinement un sous-genre appelé à devenir florissant quelques années plus tard grâce à Dario Argento qui en reprendra les codes en les poussant encore plus loin. S’il a fallu tant de temps pour que le giallo devienne aussi populaire, cela vient surtout de l’échec commercial de cet opus majeur en Italie, au point d’avoir longtemps disparu de la circulation, aussi bien en VHS qu’en DVD.

A redécouvrir aujourd’hui, le métrage apparaît bien comme l’acte fondateur du giallo, avec sa  multitude de crimes fétichistes perpétrés par un tueur masqué et ganté de cuir.

Une œuvre portée par des éclairages démentiels

Toutefois, ce qui marque le plus le spectateur contemporain est cette attention absolument maniaque au moindre éclairage. Rappelons que Mario Bava fut avant tout un grand chef opérateur et qu’il est devenu avec le temps un vrai sculpteur de la lumière, inondant ses plateaux de couleurs bariolées n’ayant rien de réaliste. Coloriste devant l’éternel, le cinéaste compense ainsi la pauvreté des moyens mis à sa disposition (ici un budget étriqué pour six semaines de tournage) par une invention visuelle de chaque instant. Sans cesse à la recherche de formes originales, le réalisateur filme à travers des miroirs déformants, utilise la caméra subjective et cherche toujours des angles biscornus pour stimuler l’œil du spectateur.

Bava construit un jeu de piste macabre et ludique

Ce jeu de piste formel se double d’une volonté d’impliquer le spectateur-voyeur dans ce qui se déroule à l’écran. Le titre lui-même nous indique à l’avance le nombre de victimes potentielles, instaurant un jeu macabre avec le public qui se demande sans cesse qui sera la prochaine victime. En ce qui concerne chaque meurtre, le réalisateur sublime l’acte par une préparation fétichiste qui ne peut qu’exciter la curiosité malsaine de celui qui regarde. Cela induit un rapprochement inévitable entre l’acte sexuel et le meurtre qui finissent parfois par se confondre dans une danse sensuelle et macabre. Cette audace thématique dépasse donc largement le cadre du thriller hitchcockien – pourtant aussi basé sur la perversité – et se dote chez Mario Bava d’une bonne dose de misanthropie. Ainsi, dans Six femmes pour l’assassin, aucun personnage n’est pleinement innocent et le spectateur ne peut donc jamais se raccrocher à un protagoniste que l’on qualifierait de héros. Certains sont des drogués, d’autres sont impuissants et tous ont des secrets à dissimuler.

Si le film retombe dans un certain classicisme lors de la résolution finale (à base d’un complot meurtrier comme souvent depuis Les diaboliques), il n’en demeure pas moins d’une incroyable modernité par rapport à sa date de sortie en plein cœur des années 60. A revoir aujourd’hui, on comprend à quel point Dario Argento a pu s’inspirer du maître en début de carrière. Il est donc grand temps de rendre à César ce qui appartient à César et de clamer haut et fort le génie visuel de Mario Bava. A redécouvrir d’urgence sur grand écran.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 3 juillet 2019

Copyright 1964 Les Films Marbeuf / Illustration : C. Belinsky. Tous droits réservés.

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