L’attachement est l’un des plus gros succès du cinéma français en 2025. Un drame de Carine Tardieu passé par Venise et nommé 7 fois aux César qui n’est pas sans qualité d’interprétation malgré des dialogues trop écrits qui manquent de naturel. César du Meilleur film, en 2026.
Synopsis : Sandra, quinquagénaire farouchement indépendante, partage soudainement et malgré elle l’intimité de son voisin de palier et de ses deux enfants. Contre toute attente, elle s’attache peu à peu à cette famille d’adoption.
Critique : Avec 779 000 entrées, L’attachement a été l’une des plus belles surprises du cinéma français au box-office, lors d’une année particulièrement sinistre pour notre production nationale. Le drame de Carine Tardieu achèvera son année à la 12e place annuelle pour une production francophone. Un score remarquable, au-delà des attentes de ses producteurs. Mieux, le cinquième long de la réalisatrice a été distingué du César du Meilleur film en 2026.
Propulsé par le festival de Venise en septembre 2024 où il est projeté dans la section Horizons, le film est l’adaptation d’un roman récent d’Alice Furney, publié en 2020 chez Actes Sud dans la Collection Babel où l’autrice à ses habitudes depuis 1993. Fanny Ardant évoque le livre auprès de Carine Tardieu, lors de leur collaboration sur la romance automnale Les Jeunes amants.(2022).
L’attachement fait une fois de plus la démonstration du talent de Carine Tardieu
La thématique de L’attachement (une femme sans enfant face à des problématiques liées à la féminité, au féminisme, aux choix personnels qui vont à l’encontre des diktats de la société) s’inscrit dans une époque de réflexion chère à l’autrice Alice Furney, mais aussi aux cinéastes femmes contemporaines. En 2022, Les enfants des autres de Rebecca Zlotowski, avec Virginie Efira, avait embrassé l’idée d’un attachement similaire, celui d’une femme de 40 ans pour l’enfant d’une autre. Mon inséparable de Anne-Sophie Bailly avec Laure Calamy s’intéressait à la maternité d’une combattante face aux aléas de la vie qui lui avaient imposé de se consacrer entièrement à un fils, désormais, trentenaire, mais en situation de handicap… Les exemples sont nombreux.
Les qualités réelles de L’attachement se présentent dans le ton choisie par la cinéaste et la profondeur qui accompagne son regard. Dans la volonté de s’extirper d’un sujet longtemps relégué à la télévision, elle livre une réflexion admirable sur la famille, volée en éclats, détruite par la mort d’une maman à l’accouchement, et reconstruite spontanément par des intervenants disparates, bousculés par le fatum. Les personnages sont … attachants et signifiants. Le jeune beau-père (Pio Marmaï) qui a la charge pendant un temps du premier garçon de la défunte et qui ne sait comment assumer son statut désespéré de veuf ; la voisine (Valeria Bruni-Tedeschi), féministe sans enfants qui a passé l’âge des préoccupations maternelles et qui devient malgré elle “belle-mère” de proximité avec des interrogations existentielles qui la bousculent ; le père biologique (Raphaël Quénard), insouciant et immature qui avait renoncé aux responsabilités, contraint de remettre en question sa désorganisation… tout ce beau monde s’articule autour des enfants, victimes collatérales du destin, mais pas forcément dépourvus d’amour et d’attention au lendemain du drame. En effet, les adultes veillent, même s’ils s’interrogent sur les sentiments qui se forgent de façon humaine. L’attachement qui ressort entre ces êtres est pluriel et démontre la force d’adaptation de l’individu dans des moments de construction fragile ou le mode d’emploi ne comporte que des pages blanches.
L’attachement est indéniablement porté par la justesse de jeu des deux interprètes principaux, mais aussi le talent de Carine Tardieu qui nous avait déjà bluffé avec Du vent dans mes mollets (2012), et à moindre niveau avec La tête de maman (2007) qui brossaient tous deux des peintures attachantes de la figure de la mère. Nonobstant, L’attachement est parfois diminué par la lourdeur de certains dialogues qui ne se désaffranchissent pas des codes du matériau littéraire. Le risque des belles phrases est de diminuer l’impact de certaines confrontations à la raison, explicitant ce qui devrait très certainement resté à mi-mot. Or, dans ces drames qui éconduisent le pathos pour coller à l’humain, la suggestion demeure toujours ce qui trouble le plus. Valeria Bruni-Tedeschi, d’une grande sobriété, y parvient admirablement.
Les sorties de la semaine du 19 février 2025

Affiche Le Cercle Noir pour Fidelio / Distributeur : Diaphana
Biographies +
Carine Tardieu, Pio Marmaï, Marie-Christine Barrault, Catherine Mouchet, Valeria Bruni Tedeschi, Vimala Pons, Raphaël Quenard, Florence Muller