Contes cruels de la jeunesse : la critique du film (1986)

Drame | 1h36min
Note de la rédaction :
8/10
8
Contes cruels de la jeunesse, l'affiche

  • Date de sortie: 05 Mar 1986
  • Nationalité : Japonais
  • Titre original : Seishun zankoku monogatari
  • Titres alternatifs : Cruel Story of Youth (titre international) / Nackte Jugend (Allemagne) / Naked Youth (UK) / Historias crueles de juventud (Espagne) / Contos Cruéis da Juventude (Portugal) / Naga młodość (Pologne) / Racconto crudele della giovinezza (Italie) / Kegyetlen történet az ifjúságról (Hongrie) / Juventude Desenfreada (Brésil)
  • Année de production : 1960
  • Autres acteurs : Shinji Tanaka
  • Scénariste : Nagisa Ōshima
  • Directeur de la photographie : Takashi Kawamata
  • Compositeur : Riichirō Manabe
  • Monteur : Keiichi Uraoka
  • Producteur : Keiichi Uraoka
  • Sociétés de production : Shōchiku
  • Distributeur : Les Films sans Frontières
  • Distributeur (reprise) :
  • Date de reprise :
  • Éditeur vidéo : Films sans Frontières (VHS) / Carlotta Films (coffret DVD, 2008) / Carlotta Films (DVD et blu-ray, 2021)
  • Dates de sortie vidéo : 18 juin 2008 (coffret DVD) / 25 août 2021 (DVD et blu-ray)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 45 022 entrées / 23 706 entrées
  • Box-office nord-américain / monde : -
  • Budget : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : Blue Ribbon Awards 1961 : Meilleur réalisateur émergent pour Nagisa Oshima
  • Illustrateur / Création graphique © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : Shōchiku CO Ltd © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Franchise : 2ème film de ce que l'on appelé La trilogie de la jeunesse.
Note des spectateurs :

Grand film de la Nouvelle Vague japonaise, Contes cruels de la jeunesse est une œuvre majeure qui associe innovations stylistiques et discours fataliste sur l’absence de perspectives dans le Japon des années 60. Un long-métrage difficile, mais essentiel.

Synopsis : Makoto use de son charme pour se faire raccompagner chez elle par des quadragénaires lors de ses sorties nocturnes. Lorsqu’un soir, l’un d’entre eux tente de la ramener de force à son hôtel, l’arrivée de Kiyoshi, un étudiant délinquant, lui permet d’échapper au pire. Désormais attachés l’un à l’autre, Makoto et Kiyoshi entament une relation amoureuse ambiguë et troublée par les excès de violence de ce dernier…

Le premier film choc de Nagisa Oshima

Critique : A la fin des années 50, la firme japonaise Shōchiku décide de rajeunir son audience en proposant des œuvres qui s’adressent avant tout à un public d’adolescents. Pour cela, ils ont engagé des cinéastes bien plus jeunes que leur équipe habituelle, dont un certain Nagisa Oshima. Celui-ci n’a que 27 ans lorsqu’il réalise son premier long-métrage intitulé Une ville d’amour et d’espoir (1959) avec l’acteur Fumio Watanabe. Malgré la déception du studio quant aux résultats commerciaux du film, ils ont décidé de produire son second effort nommé Contes cruels de la jeunesse (1960).

Contes cruels de la jeunesse, photo

© 1960- 2014 Shochiku CO Ltd. Tous droits réservés.

Cette fois, celui que l’on a parfois nommé le père de la Nouvelle Vague japonaise s’est largement inspiré des mouvements contestataires qui minent le Japon en ce début des années 60, tout en convoquant des influences étrangères au cœur de son cinéma. Ainsi, sa description d’une jeunesse en rébellion est fortement marquée par le cinéma américain et notamment de La fureur de vivre (Ray, 1955) avec James Dean, tandis que stylistiquement, le métrage reprend les innovations stylistiques observables la même année dans A bout de souffle (Godard, 1960). On ne compte plus le nombre de plans où le son est désynchronisé avec l’image, tandis que le jeune cinéaste multiplie les mouvements de caméras à l’épaule, parfois volontairement tremblés ou heurtés.

Contes cruels de la jeunesse, un cinéma en colère

Même si la photographie couleur de Takashi Kawamata apparaît comme très travaillée, le but des auteurs était bien de filmer dans la rue, avec le moins d’artifices possibles, contrairement au cinéma japonais traditionnel, très respectueux du cadre. D’ailleurs, Oshima ne cesse de décadrer ses acteurs afin de montrer que ses personnages ne parviennent pas à entrer dans le moule imposé par une société nippone trop rigide. Ainsi, la forme vient au secours du fond et souligne le propos d’un cinéaste qui, comme ses protagonistes principaux, est en colère.

Contes cruels de la jeunesse, jaquette DVD

© 1960- 2014 Shochiku CO Ltd. / Création graphique : Dark Star, l’étoile graphique. Tous droits réservés.

Effectivement, on peut rapprocher aussi ce cinéma de la révolte des écrivains britanniques qui se faisaient appeler les Angry Young Men (les jeunes gens en colère). Il s’agit ici de décrire une jeunesse révoltée contre une société normative qui ne propose qu’un avenir tout tracé à des hommes et des femmes qui aspirent à autre chose. Dans Contes cruels de la jeunesse, Nagisa Oshima nous présente ainsi un jeune couple atypique pour l’époque qui vit de rapines et hors des liens du mariage. Ainsi, la jeune fille interprétée avec conviction par Miyuki Kuwano se fait sans cesse rappeler à l’ordre par sa sœur ainée ((jouée par Yoshiko Kuga), tandis que le jeune chien fou incarné avec force par Yûsuke Kawazu est un marginal qui n’arrive pas à entrer dans le cadre très strict de la société japonaise d’alors.

Oshima ou l’esthétique de la défaite

La grande force de Contes cruels de la jeunesse vient de sa présentation pas forcément aimable de ses personnages principaux. On pense notamment au jeune homme qui s’avère très violent envers sa petite amie. Mais malgré ce caractère peu aimable, le personnage n’en devient pas moins touchant car le spectateur sent instinctivement que sa destinée est toute tracée : Oshima met notamment en place toute une esthétique de la défaite. Même lorsqu’il évoque les mouvements de jeunesse qui contestent à l’époque les liens entre le Japon et les Etats-Unis, Nagisa Oshima semble avoir compris à l’avance l’échec programmé de ces révoltes.

Contes cruels de la jeunesse, photo 2

© 1960- 2014 Shochiku CO Ltd. Tous droits réservés.

Là où le studio Shōchiku attendait donc une œuvre censée présenter à la jeunesse un portrait inoffensif et divertissant, Oshima livre un film au style puissamment novateur. En lieu et place d’une issue positive, l’auteur développe une ambiance désenchantée qui se traduit par une fin tragique et une théorie proche du No Future qui sera développé bien plus tard par les mouvements punks. Très choquant pour l’époque, Contes cruels de la jeunesse a tout de même connu un gros succès au Japon. Toutefois, son caractère extrême l’a éconduit de nombreux marchés comme celui du Royaume-Uni où il a été interdit, tandis que la France est tout simplement passée à côté.

En France, une sortie tardive en 1986

Chez nous, il a fallu attendre 1986 et la popularité du cinéaste lié aux succès de L’empire des sens (1976), Furyo (1983) et la prochaine sortie au mois d’octobre 1986 de Max mon amour pour que Les Films sans Frontières sorte en salles ces Contes cruels de la jeunesse le 5 mars 1986, soit plus de vingt-six ans après sa sortie japonaise.

Le film sort dans trois salles sur Paris, dans le circuit 14 Juillet : aux 14 Juillet Racine/Bastille et Parnasse. Il réunit 7 628 spectateurs avec une belle moyenne par copie. Il chute à 4 564 spectateurs en semaine 2 sur ces mêmes 3 cinémas, puis passe à 3 800 en troisième semaine, perd un écran en 4e semaine (le 14 Juillet Bastille) mais sait se satisfaire encore de 2 090 spectateurs. Désormais projeté seulement au Racine en 5e semaine, Contes cruels de la jeunesse attire encore 1 723 cinéphiles et frôle les 20 000 spectateurs.

Au total, le film vintage de la Nouvelle Vague japonaise achèvera sa carrière parisienne à 23 000 entrées à l’issue de 9 semaines d’exploitation. Le classique magnifique doublera ses entrées sur l’ensemble du pays.

Depuis, Contes cruels de la jeunesse a fait l’objet d’une superbe restauration au Japon, permettant notamment à l’éditeur Carlotta de sortir un blu-ray à l’image resplendissante en 2021, avec 40 minutes de bonus. L’occasion de redécouvrir cette oeuvre impérissable dans toute sa majesté esthétique et d’en constater l’étonnante modernité, encore de nos jours.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 5 mars 1986

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Contes cruels de la jeunesse, l'affiche

© 1960- 2014 Shochiku CO Ltd. Tous droits réservés.

Biographies +

Nagisa Oshima, Miyuki Kuwano, Yûsuke Kawazu, Yoshiko Kuga, Fumio Watanabe

Mots clés

Cinéma japonais, La jeunesse paumée au cinéma, Les histoires d’amour malheureuses au cinéma

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Contes cruels de la jeunesse, l'affiche

Bande-annonce de Contes cruels de la jeunesse (VOstf)

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