Note des spectateurs :

Septembre 2010

C’est la rentrée et cela se ressent. La qualité est au rendez-vous, le choix aussi. Quelques films estivaux demeurent, comme le tranchant Piranha 3D, plus gros succès d’Alexandre Aja sous nos tropiques, avec 659 000 victimes consentantes ou bien la chronique adolescente mélancolique Be bad, de Miguel Arteta, avec Michael Cera (97 000) qui sortent le 1er septembre 

Cannes contre-attaque

Pour bien asseoir la symbolique d’une rentrée cinématographique, rien de tel qu’une Palme d’or, Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures permet à l’ésotérique et esthète Apichatpong Weerasethakul d’afficher 127 000 soutiens. Palmé par Tim Burton, le cinéaste thaïlandais, connu pour le rythme lent de ses images, n’avait jamais parlé à un public aussi large, et ne réussira d’ailleurs jamais à réitérer. Pour un palmarès cannois, c’était radical, gonflé. Et ce score au B.O. est donc inespéré pour son cinéaste. L’autre coup de cœur cannois, Grand Prix du festival, c’était Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois. Ce film magnifique s’offre pas moins de 3 200 000 spectateurs sur toute sa carrière française et convolera à l’international, mais pour le cinéaste, gare à La rançon de la gloire, son film suivant en l’occurrence, qui le fera chuter à … 55 000. L’ancêtre brillant de Parasite, The Housemaid, d’Im Sang-soo, également de la Croisette, sera le plus gros succès du cinéaste trouble de L’ivresse de l’argent. Seulement 60 000 spectateurs. C’est peu et c’est dommage. Parmi les films cannois, on citera la distribution de Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, dans 400 salles, drame sur l’Algérie sous la colonisation française, avec Jamel Debouzze et Roschdy Zem, qui n’atteindra pas son potentiel en salle (431 000). Mais La voie de l’ennemi (39 000) en 2014 conduira l’auteur à une traversée du désert et à une trahison de son public avec l’ingrat Le flic de Belleville, avec Omar Sy en pleine disgrâce (2019). Toujours issu d’un bon cru Cannois, Les amours imaginaires, découverte MK2, confirme après J’ai tué ma mère, le talent de Xavier Dolan. Le film générationnel, encore avec Anne Dorval, était présent dans la section Un Certain Regard et permettra à l’acteur-réalisateur québécois de dépasser pour la première fois les 100 000 entrées. Neuf ans plus tard, Matthias & Maxime fera à peine mieux (180 000).

C’est la crise (économique) !

Le cinéma se fait le miroir de son époque et les stigmates de la crise financière de 2008 sont partout dans la société. Ce thème est largement évoqué dans Krach de Fabrice Genestal (La Squale), mais, malgré Gilles Lellouche en tête d’affiche, le film s’écrase au box-office, avec 39 000 amateurs de thrillers financiers. Wall Street, l’argent ne dort jamais de Oliver Stone reprend également cette thématique mais le film ne réalisera jamais le million du premier Wall Street, déjà avec Michael Douglas. Il fera en fait moitié moins.

Cinéma français de masse

On trouve de tout en ce mois de septembre du côté du cinéma français, même si c’est en octobre qu’il nous replongera dans la comédie populaire. Outre les films cannois déjà mentionnés, on doit revenir sur la distribution de l’ubuesque AO le dernier Néandertal, qui est un échec patent pour UGC et Jacques Malaterre, avec à peine 267 000 entrées dans 359 cinémas. Isabelle Huppert est dans le pathétique Sans queue ni tête, de Jeanne Labrune, film qui porte effectivement bien son titre et parvient donc à un score très bas pour la star féminine qui a été à l’affiche de 34 films en 9 ansPauline et François, avec Laura Smet et Yannick Renier connaît aussi un désaveu (27 000). Christophe Honoré donne dans l’expérimental de format et de sujet, avec L’homme au bain, où il réunit Chiara Mastroianni, sa muse, et le hardeur gay François Sagat. Jamais le cinéaste ne connaîtra donc pareil affront commercial, avec à peine 16 000 clients pour cette expérience interdite aux moins de 16 ans. Art et essai pur également avec Chantrapas d’Otar Iosseliani, qui ne dépasse pas les 7 000. On passera vite sur l’énième mésaventure cinématographique de Claude Lelouch : Ces amours-là, avec Audrey Dana, est vu par un peu moins de 300 000 fidèles à l’auteur dans 300 salles. Plus jeune, plus rock, plus dur, Notre jour viendra de Romain Gavras, avec Vincent Cassel, passe inaperçu (36 000), en raison de sa radicalité. Le monde est à toi donnera plus d’envergure au clippeur des Justice, en 2018, avec 340 000 spectateurs, dont beaucoup de fans d’Ajdani. Le cinéma français de genre continue tant bien que mal à sortir ses avatars dégénérés. La meute, avec Yolande Moreau, Emilie Dequenne, Benjamin Biolay et l’inconnu Matthias Schoenaerts trouve à peine 64 écrans sur la France et atterre 26 000 égarés. On n’entendra plus parler du réalisateur Franck Richard au cinéma. Dans le genre déconne Z, Vampires est belge, mais avec son esprit très Striptease mérite une mention dans la francophonie. Malheureusement ce documenteur avec Julien Doré ne sera vu que par 5 500 paires de crocs.

Les Américains restent à Deauville

On est peu convaincu par la cuvée américaine de ce mois de septembre. En dehors de Piranhas, c’est surtout The Town de Ben Affleck qui suscite l’enthousiasme, l’acteur réalisateur rassemble  le million pour son second long métrage, 3 ans après Gone baby gone. Il fera encore mieux avec Argo en 2012. Dans l’épouvante, Resident Evil : Afterlife, tourné en 3D, fait des miracles, avec 911 000 amateurs de zombies cheap. C’est le deuxième plus gros score de la franchise dont on aura réussi à avoir la peau en 2017 avec un chapitre final à à peine plus que 322 000 entrées. On pourra mentionner également la sortie du très à la mode documenteur diabolique, Le Dernier exorcisme qui fait son effet, comme aux USA (269 000). Au niveau des comédies volontaires, on citera American trip avec Jonah Hill qui ne fait rire personne (30 000). L’acteur fera pire ce même mois dans Cyrus de Jay Duplass (12 000) pour la Fox. Copains pour toujours démontre le désintérêt systématique des Français pour les acteurs Adam Sandler, Kevin James et Chris Rock. 280 000 entrées, c’est presque un gros score pour le copain Sandler. La très belle comédie romantique Trop loin pour toi, avec Drew Barrymore et Justin Long nous a charmés, mais les Français l’auront peu vue (200 000), malgré le soutien du distributeur Warner.

Passons au drame, avec Joel Schumacher et sa plongée dans le microcosme de la jeunesse bourgeoise de Manhattan qui a le nez plongé dans la poudreuse. Twelve, avec Chace Crawford, Rory Culkin, 50 Cent, Emily Meade et Emma Roberts n’attire pas la nouvelle génération de cinéphiles qui reste scotchée sur ses séries télévisées aux sujets identiques et se situe sous les 200 000. Dans le genre jeunesse débridée, Les Runaways lâche Kristen Stewart et Dakota Fanning dans le biopic musical un peu fade, mais la star de Twilight n’est alors capable que d’assurer auprès de 77 000 fans. Au moins démontre-t-elle déjà un goût pour le cinéma indépendant affranchi. Ryan Murphy, le créateur de Glee, Nip/Tuck et American Horror Story a aussi été réalisateur de cinéma. L’épouvantable Mange Prie Aime, avec Julia Roberts en est le témoignage affligeant. 694 000 spectateurs, c’est encore trop pour pareil plat indigeste qui s’est surtout distingué en Amérique devenant l’un des films repères de l’égérie de Givenchy.

Luca Guadagnimo, une révélation

Pour conclure une  petite perle étrangère est à garder en mémoire : Amore de Luca Guadagnino est un succès à 149 000 amateurs de cinéma raffiné. Avec Call me by your name, en 2018, l’auteur séduira 345 000 spectateurs bienheureux avant de toucher le fond avec le bide couteux de Suspiria que Metropolitan FilmExport n’a pas su voir venir (33 000).

Frédéric Mignard

Film du mois : Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures d’Apichatpong Weerasethakul

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Affiche de Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures d'Apichatpong Weerasethakul