Note des spectateurs :

Août 2010

Le cinéma américain dans l’action

Les blockbusters vendeurs se sont concentrés sur la deuxième quinzaine du mois, avec la sortie du thriller salé de Philip Noyce, entièrement porté par Angelina Jolie, Salt. C’est le troisième film du cinéaste australien à dépasser le million, après Jeux de guerre et Sliver, au début des années 90. The Karate Kid, remake avec Jackie Chan, est subi par 1 288 000 adolescents. Le film est réalisé par Harald Zwart, également coupable de The Mortal instruments en 2013. L’ultime film de Sylvester Stallone en tant que réalisateur sortait en août 2010, et s’intitulait Expendables : Unité spéciale. Ce rassemblement de vieilles biques du cinéma d’action à la sauce des années 90 a fait partie des plaisirs coupables de l’été, avec 1 650 000 retraités, soit le double de John Rambo en 2008.

Sexy Dance établit son record

Disney, en 2010, n’était pas le hitmaker de 2019 et sa version live de L’apprenti sorcier avec Nicolas Cage devait se contenter de 1 690 000 clients. La déception était plus grande aux USA.

Les adolescents ont pu se trémousser sur Sexy Dance 3 The Battle, segment le plus efficace de la série et gros succès pour Jon M. Chu et Universal. Le futur réalisateur de G.I. Joe et de Crazy Rich Indians s’offrait 930 000 clients, soit plus que G.I. Joe Conspiracy, à titre de comparaison. C’était par ailleurs 400 000 entrées de plus que le précédent Sexy Dance qui ne bénéficiait pas de l’apport de la 3D. On notera que le 4e épisode de la trépidante saga dépassera le million durant l’été 2012. Une autre époque…

Les animaux parlent aux jeunes spectateurs

Pour les plus jeunes, des comédies avec des animaux bavards étaient proposées. Comme chiens et chats la revanche de Kitty Galore était décliné sur plus de 450 copies. Le réalisateur de San Andreas attirait à peine 350 000 cabots. Dans le même genre, le chien Marmaduke de Tom Dey a fait aboyer de déplaisir 209 000 marmots.

Toujours pour les enfants, le film d’animation belge Le voyage extraordinaire de Samy, bénéficiait d’un boulevard. Réalisé par Ben Stassen (Royal Corgi, Bigfoot Junior), le périple marin est à ce jour le plus gros succès de l’artisan, avec 1 309 000 spectateurs. Le sequel, en 2012, Sammy 2, devra se contenter de 725 000 tortues de mer.

Le cinéma français sous silence

Du côté du cinéma français, la frilosité était de mise. L’arbre de Julie Bertucelli avec Charlotte Gainsbourg tentait une sortie atypique. Alain Corneau, aujourd’hui disparu, proposait un Crime d’amour plutôt réjouissant, avec Kristin Scott Thomas et Ludivine Sagnier. Cet ultime film du cinéaste spécialisé dans le polar s’essoufflera à 490 000 spectateurs. Anaïs Demoustier et Pio Marmaï partageaient l’affiche D’amour et d’eau fraiche (40 000). Bertrand Blier sortait l’alcool dans son percutant Le Bruit et les glaçons, avec Jean Dujardin et Albert Dupontel, qui, avec 766 000 buveurs, est devenu son plus gros succès en 20 ans. Eric Besnard, réalisateur de Cash (1 105 000), était à la manœuvre d’un sacré flop estival avec le polar exotique 600 kilos d’or pur, qui s’embourbait avec 157 000 curieux, malgré une belle affiche autour de Clovis Cornillac. Le petit film d’épouvante français Djinns, totalement foireux, a tenu quinze jours à l’affiche, avec un total de 16 000 spectateurs. La série B distribuée par SND avait trouvé une trentaine d’écrans, à peine, sur tout le territoire. A côté, Insoupçonnable, polar avec Marc-André Grondin, Laura Smet et Charles Berling n’a pas fait non plus illusion avec ses 120 000 égarés dans 196 cinémas. Film totalement oublié. Le café du pont, dernier film de Manuel Poirier (Western, Les femmes… ou les enfants d’abord), avec Bernard Campan, dépasse les 50 000 dans la douleur. Succès d’estime en revanche pour Katell Quillévéré et son Poison violent, qui a distillé son venin auprès de 90 000 spectateurs en quête d’une offre alternative. La cinéaste se distinguera surtout en 2013 avec Suzanne, puis en 2016 avec Réparer les vivants.

Lee Chang-dong en contre-programmation estivale

De nombreuses productions en langue espagnole sortent en ce mois d’août 2010, passant à chaque fois inaperçues. Pourtant, elles étaient plus que pertinentes : le polar carcéral Cellule 211, le polar atavique L’heure du crime, le chaos selon Julio Medem (Caotica ana) méritent notre estime. Toujours dans le cinéma du monde, Poetry de Lee Chang-dong reste le plus gros succès de l’auteur d’Oasis, Secret Sunshine et Burning. Hideo Nakata, spécialiste du cinéma surnaturel japonais s’essayait encore, après Le Cercle 2, au cinéma en anglais avec Chatroom, polar horrifique de série B. Il y dirigeait le jeune Aaron – KickAss- Johnson, mais le résultat était navrant. Avec 20 000 gamers dans les salles, la production horrifique à base de réalité virtuelle sera le dernier film de Nakata à jouir d’une distribution en France, après une décennie plutôt favorable à l’auteur de Ring et Dark Water. Dans un genre si loin si proche, le Britannique Michael Winterbottom et son psycho-killer interprété par Casey Affleck bottait en touche, avec The Killer inside me. 140 000 spectateurs, c’est peu, mais pour Winterbottom, ce fut son 3e meilleur score à notre échelle. Cet auteur peu apprécié en France, sortait – jadis – un film par an, voire deux, The Killer inside me était ainsi son 17e film distribué en France en 14 ans. Depuis 2013 et A very Englishman, le cinéaste sera systématiquement boudé par les distributeurs français.

Frédéric Mignard

Film du mois : Rien de vraiment mémorable, à vrai dire

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Affiche française de Expendables Unité spéciale de Sylvester Stallone (2010)
Affiche française Troika – Copyrights : Nu Image, Millenium Films; Lionsgate, Metropolitan FilmExport