Box-office américain du week-end du 4-6 octobre 2019

Dans un box-office qui ne veut toujours pas se débarrasser des suites, franchises, sequels et spinoffs, et surtout des adaptations de bande dessinée, c’est donc Joker qui prend la tête du box-office aux USA. Le film ouvre au sommet de l’histoire pour cette saison. Malgré ses qualités et ses réelles différences artistiques, on peut toutefois se lasser de voir Hollywood ne s’intéresser à l’humanité que par le prisme des production DC ou Marvel.

Joker, un record comme un autre ?

Portée par une critique dithyrambique, la production Warner est une réponse magnifique à l’attente déçue que fut, pour le studio et DC Comics, Suicide Squad en 2016. Le public ne l’avait pas trouvé à la hauteur des attentes. Ce n’est pas le cas de Joker avec Joaquin Phoenix qui devrait saisir quelques Oscars mérités en février 2020.

Joker du réalisateur de comédies Todd Phillips, épate avec 93.5M$, malgré une lourde interdiction aux mineurs non accompagnés, et des risques d’attentats redoutés par les cinémas et les autorités.

Plus gros démarrage pour une sortie d’octobre, le film dérobe ce record à Venom (80M$ en 2018 – Sony/Marvel) et Justice League (2017, Warner-DC), jusqu’au prochain film de super-héros, sérieux ou non, qui sera proposé en salle un mois d’octobre à venir.

Affiche kakemono de Joker de Todd Phillips
© 2019 Warner Bros. Entertainment Inc. All rights reserved.

Alliances ethniques

Le reste du box-office plonge immédiatement à 12M$ pour ce qui est de la seconde place. La production Dreamworks Abominable réalise un score moyen de 12M$ pour un total de 37M$. Destiné aux enfants et sorti hors vacances, le divertissement qui évoque beaucoup le Yétie et cie sorti un an plus tôt (Warner) fait ce qu’il peut sans générer de réel désir.

Downtown Abbey, après un démarrage tonitruant, est toujours dans la course, en 3e place, ne perdant que 44% de ses recettes. Ses gains totaux de 73M$ sont très satisfaisants. Même chose pour Queens avec Jennifer Lopez et ses « consœurs ». La production féminine budgétée à 20M$, a déjà raflé un sacré pactole, avec 91M$ à l’issue de son 4e week-end.

Quelques symboles à souligner, le passage des 200M$ pour Ça chapitre 2, les 40M$ pour Ad AstraRambo : last blood demeure toujours sous le seuil symbolique des 40M$. Ce n’est plus qu’une question d’heures pour l’icône vieille de 37 ans. C’est d’ailleurs la plus grosse baisse du top 10 (-58M$). Les affaires de Stallone ne sont pas glorieuses, avec à peine 24M$ pour son démarrage mondial hors USA. Avec un budget plus imposant, Ad Astra n’a pas connu un meilleur sort dans le monde (67M$ hors USA à ce jour, ce n’est pas terrible).

Phot de Sylvester Stallone dans Last Blood
© 2019 Millenium – Metropolitan FilmExport. Tous droits réservés.

Almodóvar et Douleur et gloire, le meilleur pour la fin

Dans un marché englouti par les combats DC/Marvel qui ne semblent plus donner l’occasion aux autres d’exister, War l’Indien joue la carte ethnique en 9e position avec 2M$ dans 305 salles quand la comédie estivale Good Boys persiste en 8e semaine, devenant le film le plus ancien de ces 10 meilleures recettes du week-end. Enfin, démontrant une belle diversité qui aurait été inenvisageable, il y a encore quelques mois, un film chinois, au discours patriotique pas très agréable, en ces temps de crises identitaires et culturelles, à Hong Kong, cohabite avec la production anglophone et indienne : My people, my country entre 11e avec seulement 70 écrans et beaucoup moins de buzz que Joker. Donald Trump n’en revient pas et devrait revoir les taxes sur les produits culturels également. C’était une blague.

Nonobstant, ce n’est pas cette production à sketchs, mais un film espagnol, celui d’Almodóvar, Douleur et gloire, qui se positionne au sommet du classement des meilleures moyenne par salle, avec 40 000 entrées par écran ; le film, révélé à Cannes, n’était diffusé que dans 4 cinémas pour son lancement. Et là, au vu du joyau, de sa maturité, de sa puissance cinématographique authentique, on applaudit vraiment.

Frédéric Mignard

Douleur et Gloire - Antonio Banderas
Douleur-et-gloire Copyright 2019 El Deseo D.A. S.L.U./ Crédits photo : Manolo Pavón