Film témoignage sur les attentats du 13 novembre 2015, Vous n’aurez pas ma haine est un mélodrame pataud qui multiplie les choix artistiques douteux et qui pâtit de l’interprétation bancale de Pierre Deladonchamps. Du pathos, encore du pathos.
Synopsis : Comment surmonter une tragédie sans sombrer dans la haine et le désespoir ? L’histoire vraie d’Antoine Leiris, qui a perdu Helene, sa femme bien-aimée, pendant les attentats du Bataclan à Paris, nous montre une voie possible : à la haine des terroristes, Antoine oppose l’amour qu’il porte à son jeune fils et à sa femme disparue…
Les attentats du 13 novembre 2015 vus par un cinéaste allemand
Critique : Adapté du livre témoignage du journaliste Antoine Leiris, Vous n’aurez pas ma haine (2022) évoque le bouleversement vécu par l’auteur après les attentats du 13 novembre 2015 où il a perdu sa compagne, aussi mère de son enfant durant la prise d’otages du Bataclan. On notera que le titre du livre vient d’un texte que Leiris a publié sur Facebook le lendemain des attentats et qui a eu un formidable écho dans les médias du monde entier par sa clairvoyance d’esprit et son apparente sérénité. Si le journaliste a toujours refusé les propositions d’adaptation, il a finalement été convaincu par l’implication du réalisateur allemand Kilian Riedhof.
Effectivement, malgré son sujet et ses acteurs français, Vous n’aurez pas ma haine est avant tout une production allemande. Le cinéaste Kilian Riedhof, plutôt méconnu de ce côté-ci de la frontière, a notamment beaucoup œuvré à la télévision et il est aussi l’auteur de quelques films commerciaux qui n’ont guère marqué les esprits. Malheureusement, ce n’est pas avec ce nouvel opus que l’on sera tenté d’en découvrir davantage au sein de sa filmographie.
Un style pompeux et mélodramatique qui ne sied pas au sujet
Ainsi, Vous n’aurez pas ma haine débute par une classique présentation du couple formé par Pierre Deladonchamps et Camélia Jordana. Alors que l’actrice-chanteuse fait preuve d’un naturel toujours aussi confondant devant la caméra, on ne peut pas en dire autant de Pierre Deladonchamps qui paraît décalé dès cette entame. Pour autant, la nuit d’angoisse vécue par son personnage est plutôt bien retranscrite et s’avère d’une réelle efficacité dramatique. On se dit alors que l’on tient une œuvre qui pourrait frapper fort, comme le firent récemment les beaux Amanda (Hers, 2018) ou encore Revoir Paris (Winocour, 2023).

© 2022 Komplizen Film – Haut et Court – Frakas Productions. Tous droits réservés.
Pourtant, Kilian Riedhof multiplie les erreurs de jugement au point de gâcher sa propre adaptation. Là où il aurait fallu beaucoup de doigté pour faire ressentir le désarroi de cet homme qui doit remonter la pente pour pouvoir élever son enfant dans la paix et le bonheur, Riedhof choisit le pathos et le mélodrame lacrymal. Pas une scène qui n’échappe à une réalisation chichiteuse faite de décadrages, d’images volontairement floues et surtout à la présence d’une musique insistante qui souligne à l’envi les sentiments des personnages.
Vous n’aurez pas ma haine… et pas les spectateurs
A force de passer en revue tous les clichés affiliés à ce type de films, Riedhof annule toute empathie envers ses protagonistes. Il échoue aussi à bien diriger Pierre Deladonchamps dont le jeu apparaît ici très faible. L’acteur, pourvu d’une coupe de cheveux improbable, peine vraiment à jouer la tristesse et ne parvient jamais à faire ressentir les tourments de cet homme qui s’astreint à ne pas sombrer, tout en tutoyant l’alcoolisme. Le véritable mérite de Kilian Riedhof est d’avoir su magnifiquement diriger la petite Zoé Iorio qui est absolument époustouflante de naturel malgré son très jeune âge. Ce sont d’ailleurs toutes les scènes entre le père et son enfant qui emportent tout de même l’adhésion et qui font preuve de réels moments de grâce, malheureusement trop furtifs au sein de cette production pataude, visiblement écrite avec des moufles.
Vous n’aurez pas ma haine n’a d’ailleurs pas connu un parcours cinématographique convaincant, et ceci dès son entame désastreuse le mercredi 2 novembre à Paris 14h. Ils ne furent que 108 spectateurs à faire le déplacement dans 9 salles, pour une moyenne catastrophique de 12 victimes par site. Le désaveu s’est étendu à la province avec un premier jour / France désastreux (968 égarés dans 78 cinémas). Le bide fut donc acté dès ce jour inaugural, puisqu’à l’issue de sa première semaine, le drame comptabilise 9 010 spectateurs et chutera à 3 419 la semaine suivante. Le mélo ne tiendra l’affiche que durant quatre semaines pour établir son triste record à 14 033 spectateurs sur l’ensemble du pays pour un budget de 6 millions d’euros, provenant essentiellement des Allemands.
Critique de Virgile Dumez
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Kilian Riedhof, Pierre Deladonchamps, Camélia Jordana, Farida Rahouadj, Yannick Choirat, Zoé Iorio
Mots clés
Mélodrame, Les attentats au cinéma, Le deuil au cinéma, Les relations père-fils au cinéma
