Twilight Chapitre 3 Hésitation : la critique du film (2010)

Fantastique, Romance | 2h04min
Note de la rédaction :
7/10
7
Twilight chapitre 3 hésitation : affiche française

Note des spectateurs :

Malgré ses défauts inhérents, à toute la série, Twilight 3 peut être considéré comme le chapitre le plus pertinent de cette saga qui n’a jamais côtoyé d’autres cimes que celles du box-office.

Synopsis : Des morts suspectes dans les environs de Seattle laissent présager une nouvelle menace pour Bella. Victoria cherche toujours à assouvir sa vengeance contre elle et rassemble une armée. Malgré leur haine ancestrale, les Cullen et les Quileutes vont devoir faire une trêve et s’associer pour avoir une chance de la sauver.
Mais Bella est obligée de choisir entre son amour pour Edward et son amitié pour Jacob tout en sachant que sa décision risque de relancer la guerre entre les deux clans. Alors que l’armée de Victoria approche, Bella est confrontée à la plus importante décision de sa vie.

Critique : L’ouragan Twilight a su parler aux jeunes filles de toute la planète, à travers son approche calibrée de la dépression adolescente. Pourtant si son langage unilatéralement naïf, en rupture avec le monde adulte, a provoqué l’adulation sans faille des nymphettes, la saga a aussi généré d’autre part le cynisme des plus âgés au grand désespoir des producteurs en manque de reconnaissance artistique.
Les adultes, peu réceptifs aux formules racoleuses et toujours prompts à se tordre de rire devant les platitudes véhiculées par la romance tarabiscotée (un trio amoureux englué dans la dichotomie Bien Mal) n’accrochent guère à une approche dramatique essentiellement destinée aux teenagers où les protagonistes incarnent des lieux communs antagonistes.

Twilight, la glace et le feu

Le torse nu de Taylor Lautner, encore ici surexploité pour affirmer l’aspect charnel et bestial de son personnage, est opposé à la figure romantico-tragique qu’incarne le rachitique et blafard Edward Cullen, joué par l’éternel vampire malgré lui, Robert Pattinson. Les oppositions binaires du scénario abondent et, il est vrai, lassent par leur facilité : le chaud contre le froid, la vie contre la mort, la communauté fauve des hommes-loups contre l’aristocratie des vampires, l’animal contre l’humain racé… et tout simplement le sexe avant le mariage contre la retenue stoïque que représente Pattinson. Tout en Twilight relève du précis initiatique destiné à l’adolescent dans la phase de découverte des feux de l’amour.

Twilight 3 Hésitation entre les ambitions

En 2010, les producteurs se sont décidés à (un peu) changer les choses. Alors que les premiers fans de la saga commencent à s’endurcir et que l’on arrive à l’adaptation du troisième bouquin de Stephenie Meyer, considéré par beaucoup comme le meilleur opus de la quadrilogie, il s’agit désormais d’apporter une vraie crédibilité au mythe Twilight, de lui offrir une consécration qui dépasse le commercial pour aller vers le respectable.

Rupture d’esthétique

A l’instar de Harry Potter 3 qui marqua une rupture esthétique dans la franchise de l’apprenti sorcier et conquit un public de cinéphiles beaucoup plus matures, le nouveau volet de Twilight cherche à en finir avec les railleries systématiques pour s’orienter vers quelque chose qui ressemble enfin à du cinéma.
Aussi, et c’est le plus important, exit la mise en scène télévisuelle de Catherine Hardwicke pour Fascination ou les images sans style de Chris Weitz pour Tentation. Les producteurs ont fait le choix audacieux d’un spécialiste de l’épouvante sans concession pour redorer le blason de la saga.

Enfin un point de vue cinématographique

David Slade, l’auteur de Hard Candy et 30 jours de nuit, se retrouve ainsi dans un univers complètement opposé à ses précédentes œuvres, même si elles parlaient aussi, pour la première, d’adolescente obsédée par les manifestations du sexe et, pour la seconde, de vampires assoiffés de sang. Dans Hésitation, il n’est pas question d’insuffler de la subversion au récit, même si une scène de tempête de neige très drôle au demeurant rassemble sous une tente les trois héros lors d’un rebondissement à la limite du voyeurisme, voire même du plan à trois ! Slade a surtout été engagé pour imposer un point de vue cinématographique à une œuvre qui rapportait des milliards sans faire l’effort du paraître autre que l’allure de ses acteurs : la photo, les effets spéciaux, les décors, l’action, tout était mou et plan-plan. Au moins, David Slade parvient à amender la franchise avec le talent qu’on lui connaît, sans pour autant la métamorphoser totalement.

Zones d’ombre sur l’adolescence

Sa grande victoire réside dans une vision infiniment plus sombre et photogénique de la saga. Tout est très beau, avec un filtre froid permanent qui pèse sur l’apparente inconséquence narrative. Les plans deviennent très élaborés, justifiant enfin le format scope qui était gâché dans les deux premiers épisodes. De la fluidité, des vues aériennes amples… le réalisateur pose l’intrigue romantico-tragique dans un ensemble indéniablement cinématographique, mais pousse encore plus loin la révolution en faisant vaciller le résultat dans des zones sombres, celles de 30 jours de nuit, le gore en moins.

La première scène sur le port de Seattle donne immédiatement le ton. Alors que l’on quitte le logo embrumé et pluvieux de Summit Entertainment, l’auteur nous catapulte dans une vraie séquence de thriller horrifique avec l’agression nocturne a priori gratuite d’un jeune homme (l’Australien Xavier Samuel, en fait futur méchant dans l’épisode). Le Mal est là, dès l’introduction. Il fera planer sa présence tout au long de la trame, jusqu’à la promesse d’une séquence de combat entre les Cullen (désormais associés aux loups) contre une armée de vampires déshydratés au service de la goule Victoria (changement de casting : Bryce Dallas Howard offre sa crinière rousse au personnage très fade incarné jusqu’alors par Rachelle Lefevre, c’est un vrai plus).

Narnia, Le seigneur des anneaux, Twilight 3 Hésitation : même combat ?

Twilight 3 Hésitation repose presque entièrement sur la promesse d’un combat puissant entre ces trois types de créatures. L’association contre nature du clan des Cullen avec les hommes-loups et le conflit fratricide entre vampires laissent poindre des espoirs à peine amoindris par le résultat final. La bataille, aux réminiscences des affrontement épiques de Narnia dans la composition de l’armée, est probablement un peu courte, mais assez enthousiasmante. Contrairement à la production Disney précitée, Slade s’approche au plus près du fantastique violent et mortel (beaucoup tombent durant le combat), sans verser la moindre goutte de sang. Il fait fort. En tout cas beaucoup plus fort que Catherine Hardwicke et l’ultime scène du premier volet qui se déroulait dans un petit atelier de danse assez quelconque.

Vraiment très à l’aise avec la mythologie Twilight, David Slade ne s’arrête pas à la manifestation de violence. Il empoigne les conflits psychologiques et surtout permet une belle introspection des personnages secondaires lors de digressions justifiées qui déchiffrent l’origine du Mal chez les Cullen (viol collectif implicite, massacre douloureux durant la guerre de Sécession.).

David Slade, de la pédophilie à l’argyrophilie

Malheureusement David Slade, jadis cinéaste ingénieux qui avait fait du prédateur sexuel l’objet d’un thriller ironique et grinçant ayant révélé Ellen Page, aime peut-être aussi l’argent, du moins autant qu’il faut pour rester dans l’écoute de ses producteurs. Il endosse donc le costume de l’artisan obéissant quant à l’usage des formules contestables de la saga. Il n’oublie pas d’assaisonner son film des mêmes dialogues sentencieux que ses deux prédécesseurs, ce qui plombe parfois ses efforts. Les élucubrations romantiques et la plastique des acteurs qu’il expose dès qu’il peut ont, après tout, assuré à la franchise des milliards de dollars.

Avec Twilight 3 Hésitation, David Slade n’allait évidemment pas tuer la poule aux yeux d’or. Au moins, l’a-t-il panachée et rendue plus charismatique à nos vieux yeux cyniques.

Alors qu’on aurait pu espérer un quatrième épisode paroxysmique, il en sera rien, faisant de Twilight 3 Hésitation, un orphelin au milieu d’épisodes souvent indignes.

Frédéric Mignard

La franchise Twilight

Sorties de la semaine du 7 juillet 2010

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Box-office :

A l’instar de Harry Potter 3, Twilight 3 Hésitation marquera un certain recul par rapport à son prédécesseur et autres titres de la franchise, du moins sur notre territoire. Sorti en France le 7 juillet dans une combinaison costaude de 765 cinémas, le blockbuster pour adolescentes réalise un démarrage remarquable à 2 001 000 fans, soit 317 000 entrées en moins que Tentation sur son ouverture. Pour son 2e tour, Hésitation chutait à 805 000 spectateurs quand le 2e volet tentait encore 867 000 spectateurs… Le film de David Slade est toutefois un beau succès, avec 6 semaines au-dessus des 100 000 tickets hebdomadaires et un total de près de 3 500 000 spectateurs.

Aux USA, Hésitation, qui s’intitule Eclipse, obtient peu ou prou les mêmes recettes que le chapitre 2, avec 300 000 000$ contre 296 000 000 pour le volet 2.

Formidable de stabilité, à l’exception du premier film, tous les numéros de Twilight auront dépassé les 280 000 000$ aux USA, permettant à la saga de devenir l’une des franchises les plus rentables de l’histoire.

Frédéric Mignard

Twilight chapitre 3 hésitation : affiche française

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