Trois jours et une vie : la critique du film (2019 )

Drame, Thriller | 2h00min
Note de la rédaction :
8/10
8
Trois jours et une vie de Laurent Boukhrief, affiche du film

Trois jours et une vie est un film noir enrichi d’une étude psychologique et sociale pour dérouler patiemment l’écheveau de la vie d’un homme pris au piège d’une tragique erreur de jeunesse. Une intrigue implacable.

Synopsis :1999 – Olloy – Les Ardennes belges. Un enfant vient de disparaître. La suspicion qui touche tour à tour plusieurs villageois porte rapidement la communauté à incandescence. Mais un événement inattendu et dévastateur va soudain venir redistribuer les cartes du destin… 

Après Au revoir là-haut, la nouvelle adaptation de Pierre Lemaître au cinéma

Critique : Nicolas Boukhrief a souvent puisé son inspiration dans des sujets d’actualité brûlants pour construire des thrillers fascinants aux accents de réalité. On se souvient de son Made in France sur la radicalisation des jeunes de banlieue, privé de sortie en salle, en 2015, pour cause de concomitance avec les attentats qui ont endeuillé le pays.

S’appuyant pour ce neuvième long-métrage sur l’adaptation écrite par Pierre Lemaître lui-même de son roman Trois jours et une vie, publiée aux Editions Albin Michel  en 2016, Boukhrief s’empare d’un sujet qui ne manque jamais de mobiliser médias et opinion publique : celui de la disparition d’un enfant.

Alors que Rémy, six ans, reste introuvable, on suit le parcours mental d’un garçon qui devient meurtrier par accident, l’histoire d’une faute plus que d’un crime qui impactera cependant tout le reste de son existence. 

Un fait divers sordide

Dans cette petite ville de province un peu grise où tout le monde se connaît, chacun veille à la préservation de sa réputation. L’irruption de cet événement tragique amène chaque membre de cette communauté, en apparence si soudée, à se redéfinir, permettant au passage au réalisateur de s’arrêter sur quelques problématiques sociales telles que la fermeture d’une usine, les déserts médicaux.

Dès les premières images, le crime nous est exposé. Le suspense ne s’installe donc pas autour de la résolution de cette incertitude mais bien autour de la progression psychologique des personnages. 

Antoine sait exactement ce qui s’est passé mais a bien trop peur des conséquences pour en parler. Quand il sent l’étau se refermer sur lui, il panique. C’est alors qu’une perturbation météorologique qui nous vaut des images apocalyptiques (la tempête du siècle qui, au lendemain de Noël 1999, ravagea le Nord de la France et l’Est de la Belgique) interdit toute possibilité de recherches sur le terrain et scelle par là même la fin de ses angoisses. 

Ça, 15 ans plus tard

Clap de fin pour la première partie et pour celle de l’enfance. On retrouve Antoine quinze ans plus tard. Il s’apprête à exercer son métier de médecin dans des contrées lointaines et semble sorti indemne de cette malencontreuse tragédie. Mais de récents travaux réveillent les peurs enfouies, tandis que quelques personnages jusqu’alors relégués au second plan se dévoilent sous un tout autre jour (Sandrine Bonnaire parfaite de dignité dans son rôle de mère dévouée et aimante, Philippe Torreton qui donne parfaitement le change en médecin pas si lisse qu’il en a l’air jusquà l’intrigant Arben Bajraktaraj, un temps soupçonné, qui n’en finit plus de nous surprendre).

Qui sait quoi ? Pourquoi personne n’a rien dit ? Autant de questionnements qui donnent un nouveau relief à une intrigue qui n’en manque pas.

Trois jours et une vie fait résonner la tempête après le calme

Le réalisateur sait exactement où placer les pièces de son échiquier pour faire progresser la tension, sans à coups mais durablement. Le calme succède à la tempête pour mieux nous jeter dans les affres de l’incertitude quelques instants plus tard. 

Jamais la narration ne prend le pas sur l’état affectif des personnages, et laisse ainsi au spectateur la possibilité de se placer au cœur des émotions et de les vivre intensément. Car ce drame bouleversant qui se déroule sous nos yeux ne nous lâche pas d’un pouce grâce d’une part à une indéniable maîtrise scénaristique et d’autre part à la présence d’excellents comédiens, à commencer par le jeune Jeremy Senez qui s’acquitte sans faiblesse d’un rôle exigeant au jeu obligatoirement nuancé, tandis que l’on prend plaisir à retrouver un Charles Berling étonnant, bien loin des personnages chics et choc auxquels il nous a jusqu’alors habitués.

L’un des meilleurs Boukhrief…

Avec ce crime imparfait, Nicolas Boukhrief signe un film parfaitement envoûtant sur la lourdeur du secret et la culpabilité et distille une angoisse sourde que l’on n’est pas près d’oublier.

Critique : Claudine Levanneur 

Sorties du mercredi 18 septembre 2019

 

Trois jours et une vie de Laurent Boukhrief, affiche du film

Copyrights : Gaumont Distribution – Photo Nicolas Schul – Créa : Couramiaud

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Trois jours et une vie de Laurent Boukhrief, affiche du film

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