Troisième opus de la saga des Templiers d’Amando de Ossorio, Le Monde des morts-vivants se révèle d’un ennui mortel par son manque cruel de sang et son rythme languissant. Assurément le plus faible des quatre épisodes.
Synopsis : Deux jeunes femmes, un modèle et une actrice, disparaissent lors d’une campagne publicitaire en mer, près d’Alicante. Leur bateau étant tombé en panne, elles ont trouvé refuge sur un mystérieux galion fantôme apparu dans la brume. À bord, elles découvrent qu’il est habité par les templiers morts-vivants. Un groupe de secours, parti à leur recherche, monte à son tour sur le navire. Piégés dans les cales, tous doivent affronter les attaques de ces créatures maléfiques.
Quand les Templiers rencontrent le Hollandais volant
Critique : Après les beaux succès remportés par les ventes internationales de La Révolte des morts-vivants (1972) et du Retour des morts vivants (1973), le cinéaste espagnol Amando de Ossorio est encouragé par la société de production Ancla Century Films à réitérer dans le domaine des Templiers venus de l’au-delà. Pourtant, le réalisateur semble se lasser de raconter à peu près toujours la même histoire et il décide pour ce troisième opus de mélanger sa propre mythologie des Templiers, avec la légende du Hollandais volant, ce fameux vaisseau fantôme dont l’histoire intrigue depuis son émergence au 18ème siècle.
Dès lors, Le Monde des morts-vivants (1974) va se situer en mer, sur un galion datant du 16ème siècle et qui continue à apparaître à des petites embarcations perdues en mer. Dans ce scénario, plusieurs éléments posent forcément un problème au réalisateur puisqu’il faut parvenir à justifier la présence de Templiers du 13ème sur un galion plus récent de trois siècles. L’explication donnée par le scientifique du film n’est d’ailleurs absolument pas convaincante.
Le pire scénario de la saga
Pire, il fallait trouver une raison pour que les différents personnages viennent se perdre en pleine mer, alors l’auteur a imaginé une intrigue improbable basée sur une campagne publicitaire entièrement fondée sur la récupération de jeunes mannequins paumées en mer, afin que toutes les caméras soient braquées sur les équipes de secours et la marque arborée par les jeunes filles. Le postulat de départ est donc particulièrement absurde.
Bien évidemment, les deux jeunes femmes disparaissent sur le fameux galion fantôme et les organisateurs de la campagne publicitaire tentent de leur venir en aide, se retrouvant à leur tour piégés dans ce monde parallèle des Templiers morts-vivants. Autant dire que ce scénario est loin d’être convaincant tant il demande au spectateur une suspension d’incrédulité permanente.
Un budget bien plus réduit que sur les autres volets
Tout ceci ne serait pas grave si le scénario avait prévu des péripéties passionnantes et des moments d’angoisse comme les deux premiers volets pouvaient en offrir. Malheureusement, Amando de Ossorio s’est aperçu à son corps défendant que les producteurs ont réduit son enveloppe par rapport aux deux œuvres précédentes. Ainsi, le cinéaste ne dispose que de 18 jours de tournage – ce qui est très peu pour une œuvre avec de nombreux effets spéciaux. De plus, il ne peut pas tourner le film en mer, mais sur un lac très placide qui n’est jamais crédible puisqu’aucune vague ne vient agiter la surface de l’eau.

© 1974 Mercury, Le Chat qui Fume / Jaquette : Frhead.fr. Tous droits réservés.
Certes, le cinéaste peut réutiliser ses fameux Templiers squelettiques aux tuniques miteuses qui ont fait la gloire – méritée – de la saga, mais pour le reste, il ne dispose que d’un budget ridicule alors que le scénario prévoyait des effets plus ambitieux qu’auparavant. Dès lors, sur les plans larges, le fameux galion n’est rien d’autre qu’un vulgaire jouet qui trempe dans une bassine. Lors du plan final où le bateau brûle, on le voit clairement fondre, ce qui ne peut que faire sourire devant ce naufrage en matière d’effets visuels.
Sur ce vaisseau fantôme, seul l’ennui est mortel!
Comme plus d’une heure de film se situe sur le fameux galion dont le décor est par ailleurs joliment gothique et valorisé par une belle photographie bleutée de Raúl Artigot, l’intrigue se délite petit à petit. Chaque personnage arpente longuement les coursives du bateau avant d’être assassiné sans grande effusion de sang. En fait, la première véritable mort n’intervient qu’au bout d’une quarantaine de minutes, tandis que l’unique scène gore se déroule après une heure de visionnage. Autant dire que le spectateur a tout loisir de trouver le temps fort long.
Malgré la musique intrigante toujours signée Antón García Abril, les Templiers ne nous font pas du tout peur dans ce long métrage dépourvu de la moindre tension. Tout ceci n’est guère aidé par des comédiens qui n’ont absolument rien à jouer puisque leurs personnages ne sont que des archétypes brossés à gros traits. Heureusement que Maria Perschy, Bárbara Rey et Blanca Estrada sont plutôt agréables à regarder, car les acteurs masculins n’ont guère de prestance ici, notamment un Jack Taylor dépourvu de charisme.
Clairement le plus faible des quatre films de la tétralogie d’Ossorio, Le Monde des morts-vivants se termine toutefois par une très belle séquence – en gros les quatre dernières minutes – qui laisse apparaître ce qu’aurait pu être le long métrage avec un scénario plus ambitieux et surtout des moyens bien plus conséquents. Le cinéaste lui-même a précisé dans des entretiens ultérieurs qu’il était furieux contre les producteurs d’une œuvre qu’il n’a pas pu maîtriser de bout en bout par faute de temps et de moyens. On le comprend aisément.
Box-office de Le Monde des morts-vivants
Lors de sa sortie française, François Guérif est très dur avec le film dans La Saison Cinématographique 1979, revue qui n’a jamais été tendre avec cette saga, puisqu’il écrit :
Le Monde des morts-vivants comporte cependant un élément angoissant : comment a-t-on osé tirer au moins six copies (en distribution la première semaine) d’une telle nullité ?
On pourrait lui rétorquer que cela vient tout bonnement du succès rencontré par les précédents volets. En ce qui concerne ce troisième épisode, la province a évidemment été séduite avec un total de 212 393 entrées, soit presque autant que Le Retour des morts vivants, proposé en salles en France en 1976, à 3 000 écrans près.
A Paris-Périphérie, Hermès Distribution a décliné le film sur 9 copies, en première semaine, dont au Publicis Matignon, aux Paramount Marivaux/Montmartre/Orléans/Gobelins, et au Max Linder. Les 8 443 entrées en huit jours sont insuffisantes. Le monde des morts vivants régresse de 7 écrans en semaine 2, pour une présence limitée aux seuls Paramount Marivaux et Galaxie (2 038 entrées). Ces deux cinémas conservent leur copie en semaine 3 (1 729 entrées). Enfin, pour son ultime tour en première exclusivité parisienne, il gagne un écran (le Paramount Gaîté) pour 2 301 spectateurs et un total définitif de 14 511 spectateurs.
Et en vidéo ?
Par la suite, le métrage a été édité en VHS dès 1980 par Vidéo Marketing, puis dans une autre version étrangement titrée Rafiot maudit chez l’obscur éditeur Berkley San Francisco. En France, Le monde des morts-vivants ne connaîtra pas de sortie en DVD, tandis que dans le monde anglosaxon, le métrage a bénéficié de parutions constantes chez BCI en 2002, Blue Underground en 2005 et même Anchor Bay la même année.
Finalement, en France, il a fallu attendre début 2026 pour que les cinéphiles puissent enfin découvrir l’opus en blu-ray et 4K UHD chez Le Chat qui Fume. Même s’il s’agit de l’épisode le plus faible des quatre, les complétistes seront heureux de le posséder enfin sur leurs étagères dans une copie correcte.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 20 septembre 1978
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© 1974 Mercury, Le Chat qui Fume / Affiche : Eric Faugère. Tous droits réservés.
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Amando de Ossorio, Jack Taylor, Maria Perschy, Bárbara Rey, Manuel de Blas
Mots clés
Cinéma espagnol, Cinéma bis, Franchise des Templiers morts-vivants, Les bateaux fantômes au cinéma, Films de zombies