Quand je tire c’est pour tuer : la critique du film (1972)

Western | 1h24min
Note de la rédaction :
6/10
6
Quand je tire c'est pour tuer, affiche

  • Réalisateur : Giuseppe Vari
  • Acteurs : Robert Hundar, Giuseppe Castellano, Dragomir Bojanic-Gidra, Rosy Zichel
  • Date de sortie: 14 Juin 1972
  • Titre original & alternatifs : Un buco in fronte, Hole in the Forehead (Etats-Unis), Un agujero en la frente (Espagne),Ein Loch in der Stirn (Allemagne), Desafiando o Oeste (Brésil), Bandelerogullet (Norvège), Son kurşun (Turquie)
  • Année de production : 1968
  • Scénariste : Adriano Bolzoni
  • Directeur de la photographie : Amerigo Gengarelli
  • Compositeur : Roberto Pregadio
  • Société de production : Tigielle 33
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 129 569 entrées / 16 100 entrées
  • Formats : 2.35 : 1/ Couleurs / Son : Mono
  • Crédits affiche : ©1968 Tigielle 33. Tous Droits réservés. Imprimeur : Wissous : Lalande Courbet
Note des spectateurs :

Avec Quand je tire c’est pour tuer, Giuseppe Vari assume pleinement l’esthétique méditerranéenne du western spaghetti pour un résultat fort agréable en dépit des maigres moyens mis à sa disposition.

Synopsis : Un pistolero nommé Billy Blunt se lance à la recherche de l’or de Santa Anna, perdu après la bataille de Fort Alamo. Pour retrouver le trésor, il faut décoder un message en combinant trois cartes à jouer, que possèdent respectivement trois bandits mexicains : Murienda, Garrincha et le terrible général Munguya.

Critique : En 1968, Giuseppe Vari a déjà réalisé quatre westerns à petit budget, à l’esthétique proche du western américain de série B. Ce Quand je tire c’est pour tuer marque un tournant dans la carrière du metteur en scène, qui nous propose un film beaucoup plus influencé par les spécificités du western spaghetti.

Un des éléments les plus manifestes de ce changement est l’apparition d’une gatling, héritée du Django de Corbucci, qui sera prétexte à plusieurs massacres. De manière générale, le ton se fait plus cruel que dans les précédentes productions de Vari. En effet, les prisonniers de l’affreux Munguya, qui n’a aucune pitié pour la gent féminine, se voient malmenés et fouettés à l’envi. Ses hommes ne sont pas plus raffinés pour autant puisqu’ils pimentent leurs parties de bras de fer à grands renforts de plaques munies de clous dans lesquels viendra inexorablement se planter la main du malheureux perdant. Enfin, les personnages arborent des tenues et des attitudes typiques du genre, avec un héros mal rasé taciturne et un antagoniste hirsute et excessif.

Un duo de choc anime Quand je tire c’est pour tuer

Indéniablement, le casting constitue l’un des principaux points forts du métrage. Si tous les acteurs, y compris les seconds couteaux, sont convaincants, le duo de têtes d’affiche porte le film. Ainsi, Dragomir Bojanic-Gidra se révèle impeccable en protagoniste. En effet, cet acteur malheureusement trop méconnu dans nos contrées insuffle un grand charisme à son personnage, à mi-chemin entre l’attitude impassible de Charles Bronson et la désinvolture de Tony Anthony. Face à lui, on a un Robert Hundar excellent en cruel bandit mexicain, qui n’a rien à envier à un Fernando Sancho dans ce type de rôle.

Quand je tire c’est pour tuer, un western mystique ?

Comme nous le commentions plus haut, Vari a décidé de se rapprocher de l’esthétique des maîtres du western européen. Pour autant, ce dernier ne va pas se contenter d’une simple copie mais va développer son style. De fait, dans ce film, sa réalisation se fait de plus en plus élégante. En assumant les lenteurs, le metteur en scène prend le temps de peaufiner ses cadrages. Il propose des mouvements de caméra beaucoup plus élaborés et pertinents que par le passé. Cela ne l’empêche pas d’user de zooms nerveux à l’occasion d’une scène d’action percutante.

On remarque aussi dès l’ouverture du métrage un vrai travail sur les ambiances. En effet, Quand je tire, c’est pour tuer cultive une certaine mélancolie dès son ouverture. La partition de Roberto Pregadio, chargée d’émotion, y est pour beaucoup, même si elle n’atteint pas les sommets de lyrisme de son travail pour Le dernier des salauds. Dans ces premières scènes, on note aussi un vrai travail au niveau du rythme, et le fait que Vari officie aussi en tant que monteur sur le film y est pour beaucoup.

De fait, ce dernier développe une atmosphère étonnement mystique avec ce début dans un monastère assez original pour le genre. Enfin, le film se pare d’un symbolisme chrétien lorsque le héros se voit torturé. Certes, il s’agit d’un poncif du western spaghetti mais ici Blunt se retrouve dénudé, et son apparence rappelle celle du Christ. La partie finale avec le massacre dans le monastère met aussi en avant la thématique du sacrifice, insufflant davantage de sens à cette chasse au trésor.

Un scénario efficace élaboré par un grand nom du genre

L’autre grande force du film est son script, que signe le talentueux Adriano Bolzoni, qui a travaillé sur des chefs-d’œuvre tels que Pour une poignée de dollars ou Le mercenaire. On retrouve dans cette course au trésor un mystère a résoudre, ici matérialisé par les trois cartes, élément récurrent des films de Vari. Ce script simple mais efficace parvient à tenir le spectateur en haleine  sans embrouiller les choses comme cela est trop souvent le cas dans le genre. En résulte un spectacle très divertissant et peu ennuyeux, quand bien même les scènes d’action ne sont pas si nombreuses. La conclusion du film constitue néanmoins une ombre à ce tableau car la décision finale du héros laissera plus d’un spectateur circonspect.

Un budget trop restreint plombe Quand je tire c’est pour tuer

Malheureusement, on retrouve dans ce Quand je tire, c’est pour tuer le grand défaut des précédents films de Vari, à savoir un budget limité. Cela se traduit par un certain manque de spectaculaire, en particulier au niveau des décors. Effectivement, le film fut tourné exclusivement en Italie, et la photographie assez terne renforce l’aspect européen de l’ensemble. Toutefois, les éclairages naturels de l’ouverture ainsi que le décor rupestre de la Grotte di Salone dans laquelle les bandits ont établi leurs quartiers font leur petit effet.

En définitive, si Quand je tire, c’est pour tuer demeure un film trop limité à tous points de vue pour rester dans les mémoires, il présente bien des aspects sympathiques qui ne peuvent que ravir les fanatiques du genre. Surtout, la réalisation de Vari y atteint clairement un nouveau degré de maîtrise qui trouvera son apogée trois ans plus tard dans son dernier western, Priez les morts, tuez les vivants.

Critique : Kevin Martinez

Les westerns spaghettis sur CinéDweller

Les sorties de la semaine du 14 juin 1972

Quand je tire c'est pour tuer, affiche

©1968 Tigielle 33. Tous Droits réservés. Imprimeur : Wissous : Lalande Courbet

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