Prey (Disney+) : la critique du film (2022)

Science-fiction, Horreur | 1h39min
Note de la rédaction :
5.5/10
5.5
Affiche de Prey (Disney+)

  • Réalisateur : Dan Trachtenberg
  • Acteurs : Amber Midthunder
  • Date de sortie: 05 Août 2022
  • Année de production : 2022
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Prey
  • Titres alternatifs : O Predador: Primeira Presa (Portugal), Predator: La presa (Espagne), Predator: Prey (Pologne), Depredador: La Presa (Mexique),
  • Casting : Amber Midthunder, Dakota Beavers, Dane DiLiegro, Geronimo Vela, Harlan Blayne Kytwayhat, Julian Black Antelope, Mike Paterson, Samuel Marty, Stefany Mathias, Stormee Kipp
  • Scénaristes : Patrick Aison, Dan Trachtenberg, d'après un personnage crée pars Jim Thomas, John Thomas
  • Directeur de la photographie : Jeff Cutter
  • Monteurs : Claudia Castello, Angela M. Catanzaro
  • Compositeur : Sarah Schachner
  • Producteurs : John Davis, Marty P. Ewing, Jhane Myers
  • Sociétés de production : 20th Century Studios
  • Plateforme de diffusion : Disney+ (France) / Hulu (USA)
  • Date de diffusion : A partir du 5 août 2022
  • Editeur vidéo :
  • Date de sortie vidéo :
  • Box-office France / Paris-Périphérie : Inédit au cinéma
  • Box-office nord américain / monde : Inédit au cinéma
  • Budget :
  • Classification : Aucune classification du CNC
  • Auto-classification par Disney+ / 16+
  • Formats : 2.39 : 1 / Couleur (UHD, 4K) / Dolby Atmos
  • Illustrateur / Création graphique © Bangers & Mash.Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © 2022 20th Century Studios Tous droits réservés / All rights reserved
  • Franchise : Prequel de Predator de John McTiernan (1987)
Note des spectateurs :

Prey (Disney+) est un produit bâtard, entre la production Disney pour petites filles courageuses et la série A estimable. Avec son casting fade, il présente un intérêt très limité.

Synopsis : Il y a trois siècles sur le territoire des Comanches, Naru, une farouche et brillante guerrière, se fait désormais un devoir de protéger sa tribu dès qu’un danger la menace. Elle découvre que la proie qu’elle traque en ce moment n’est autre qu’un prédateur extraterrestre particulièrement évolué doté d’un arsenal de pointe des plus sophistiqués. Une confrontation aussi perverse que terrifiante s’engage bientôt entre les deux adversaires…

Predator ne sera  jamais le nouvel Alien

Critique : En s’appropriant le catalogue de la 20th Century Fox, la major Disney avait pour objectif d’exploiter les franchises du studio mythique. Celle de Predator en faisait partie. Un bon moyen de compenser cet investissement de milliards de dollars. Pourtant, la suite de films née du succès d’une production Joel Silver en 1987, avec la vedette montante Arnold Schwarzenegger, est depuis un boulet pour les spectateurs, avec pas moins d’un sequel et deux reboots au mieux médiocres, toujours sans grandes stars ou vedettes régulières en haut de l’affiche.

Predator 2 de Stephen Hopkins est une déception notoire en 1990, avec ses personnages totalement invraisemblables et son casting nonsensique. Son flop enterre la saga pendant dix ans. Durant l’été 2010, 20th Century Fox essaie de créer l’événement avec un reboot archi marketé. Predators , par le cinéaste hongrois Nimrod Antal est produit par Robert Rodriguez et le résultat, d’une insipidité effroyable pour un blockbuster estival, se fait démonter par la critique et affiche des résultats insuffisants pour faire renaître la franchise. Aussi, il faut attendre huit ans de plus pour une nouvelle tentative autour d’une saga narrativement nulle. The Predator de Shane Black est difficilement regardable avec ses personnages grotesques. Autant vous dire qu’il n’enchanta ni la critique ni le public en 2018.

La saga Predator dans l’ombre de L’arme fatale

On ajoutera à cette surenchère de tentatives ratées deux spinoffs de bas niveau, mettant en scène les combats entre le chasseur extra-terrestre de Predator et l’Alien de Ridley Scott, une mauvaise blague qui souligna surtout que le classique né de l’imaginaire des frères Jim et James Thomas n’est jamais devenu autre chose qu’un coup unique, contrairement à une autre série d’exploits cinématographiques produite par le fameux Joel Silver et écrit par Shane – The Predator – Black,  en 1987, L’arme fatale qui a accouché de trois suites entre 1989 et 1998, avec le succès que l’on connaît.

Pour Disney, appréhender le retour de Predator sur les écrans ne peut que passer par le petit écran. Predator 5 perd le mot clé de son titre sur la plupart des marchés mondiaux (pas tous), pour devenir Prey sur la plateforme américaine Hulu et se déploie à l’international sur Disney+ dans sa section adulte. Toutefois, Disney n’est pas confiante quant au potentiel d’une œuvre vraiment pour les adultes. Dans une société de streaming, il faut compter sur le public adolescent et les obsessions narratives du groupe. La série fait donc un lifting inattendu qui lui fait perdre l’enthousiasme de ceux qui ont connu la saga dans les années 80 pour gagner celui des moins de 30 ans, biberonnés à la culture de l’oncle Disney.

Chez les femmes guerrières, oubliez The Descent, subissez Mulan

Le script de Prey (Disney+) est entièrement construit sur l’archétype Disney de la petite fille courageuse qui, de tout temps – ici nous nous situons chez les Comanches – n’était pas reconnue dans un monde patriarcal. Le thème n’est pas que banal. Chez Disney, il est bancal. Dans le film, l’idée en devient tellement pauvre et grotesque que même le chasseur de l’espace refusera d’en faire sa proie, car une femme, y compris guerrière, demeure invisible à ses yeux. Bref, ceux qui comptaient sur une version tribale et animale de Predator avec une créature représentant une masculinité agressive tentant d’abattre, violer, annihiler l’héroïne dans une ambiance oppressante, en gros une version The Descent de Predator, seront déçus. Prey (Disney+) n’est rien de plus qu’une énième déclinaison de Pocahontas (pour le cadre amérindien) et de Mulan (c’est clairement le même point de départ), avec l’exotisme de la musique du Roi Lion par moment.

Prey (Disney+) pâtit d’une caractérisation gênante de bienveillance

Au moins Prey (Disney+) a une cohérence avec l’ensemble des films de la saga. Des stéréotypes comme personnages incarnés par des acteurs inexpressifs (les Indiens) ou grotesques (les colons sanguinaires). Du côté des Comanches, le choix du jeu sans relief des comédiens est problématique. Ils sont posés, dépourvus de bestialité, et animés par des clichés de genre que l’on croirait issus de l’Occident du XXe siècle. Aucun personnage dans la tribu n’a de caractère, ou d’aspérité. Absolument aucun. L’héroïne est bien trop gamine pour porter un film de combattants issu d’un imaginaire de guerre.

Ses rebonds super héroïques, digne d’un Resident Evil avec Milla Jovovich, sur la verticalité des arbres sont juste déplacés dans une chasse à l’homme qui essaie de poser un environnement naturaliste, ce que le film n’est jamais. Le personnage du frère de l’héroïne, censé incarner naturellement l’avenir de la tribu de par son statut privilégié de mâle, et qui remet donc sa jeune sœur régulièrement à sa place, est accablant de transparence et véhicule l’impossibilité d’une saga à trouver les personnages justes. Après les protagonistes patibulaires des épisodes précédents, ici, ils sont lissés au plus près sous le regard bienveillant des Anciens, dont la non-expression (ils se contentent d’un regard bienveillant lors de moments gênants), est encore une insulte à la caractérisation.

La tentation d’un The Revenant bis?

Edifiant de naïveté propre aux productions contemporaines Disney, Prey (Disney+) appartient donc aux productions où le chien demeure le meilleur ami de l’homme et où il doit être sauvé jusqu’au bout. Le sera-t-il quand loup, ours, serpent, opossum, aigle… tous passent par les fléchettes du peuple chasseur et du guerrier de l’espace? Pour le savoir, il faut avoir le courage d’aller jusqu’au bout. A vrai dire, si l’on survit aux trente premières minutes et à la présentation mièvre de l’actrice Amber Midthunder, il est possible d’y arriver car le prequel est loin d’être dépourvu de qualités.

Signé Dan Trachtenberg  qui n’a jamais signé un seul film pour le cinéma (le somnifère 10 Cloverfield Lane, c’était lui), on est rassuré quant à la vision du téléaste. S’il ne travaille jamais le corps de l’héroïne et des personnages comme un instrument (le sexe, c’est mal en 2022), il active la violence (ça c’est bien pour tous, sic) pour des moments de sauvagerie crue, que l’on pourrait dire en adéquation avec l’époque. On sent l’intention d’installer une ambiance de l’instinct et des sens, avec une mise en parallèle entre les jeux de chasse du Predator et l’activité première de la tribu dans une Amérique foisonnante de « proies », où l’homme en devient une comme une autre. La créature extra-terrestre et son talent de camouflage est sans nulle doute le point fort du divertissement, avec certains effets spéciaux particulièrement percutants (pas tous, le bestiaire en CGI peut parfois faire saigner les yeux). Dans ce sens, la réalisation ne manque jamais d’effets visuels intéressants, beaux et cinématographiques. On les apprécie, même s’ils se marient très mal à la trame par trop adolescente.

Des Comanches aseptisés dans un monde binaire

Au final, Trachtenberg a sûrement vu The Revenant d’Alejandro G. Iñárritu, mais l’Américain n’a définitivement pas le talent brut du cinéaste mexicain. Il aborde la critique colonialiste avec la maladresse de l’archétype, et s’y essaie de façon grossière. Il a semé ses propres embuches et doit assumer un casting pauvre du niveau des acteurs secondaires de Twilight. La féminisation d’une série masculine avait tout à gagner en allant fricoter avec les femmes pionnières de The Descent, mais il a préféré le chemin gamin de l’explicitation de la thématique de Mulan – et ça, c’est juste inacceptable dans un épisode de Predator. Avec sa vision binaire du monde, Prey (Disney+) fait l’impasse sur une chose essentielle que Mel Gibson a su retranscrire à merveille dans son chef d’œuvre, Apocalypto, la barbarie et la misanthropie. Les Comanches étaient une tribu sanguinaire qui torturait, tuait, violait, à l’instar des Vikings ou des Mongols sous Gengis Khan. Chez Disney qui se cache désormais derrière 20th Century Studios, ils sont aseptisés.

La violence du film en devient purement récréative et finit par contredire la bienveillance d’une œuvre qui se mord la queue.

Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 3 août 2022

Affiche de Prey (Disney+)

© 2022 20th Century Studios

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Affiche de Prey (Disney+)

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