Modèle d’épouvante à l’ancienne, Oddity propose une intrigue tricotée avec soin et une ambiance anxiogène particulièrement efficace. Le genre de film qu’on aurait aimé découvrir en salles.
Synopsis : Darcy, une jeune femme aveugle travaillant dans un magasin de curiosités, est convaincue qu’elle peut communiquer avec l’au-delà. Après le meurtre de sa sœur jumelle, elle cherche à démasquer l’assassin en utilisant un inquiétant mannequin en bois issu d’une collection d’objets maudits.
Damian McCarthy, un cinéaste à l’univers cohérent
Critique : Cinéaste irlandais indépendant, Damian McCarthy a signé de nombreux courts métrages avant de passer au long en 2020 avec Caveat. Séduit par le décor de ce premier film situé dans une grange aménagée du comté de Cork, le cinéaste échafaude déjà les prémices de ce qui deviendra Oddity (2024). Tout en tournant son premier long, il souhaite donc exploiter à nouveau les mêmes lieux dans une intrigue entièrement renouvelée, mais où certains éléments peuvent être communs.

© 2024 Keeper Pictures. Tous droits réservés.
Visiblement soucieux de construire un univers cohérent, Damian McCarthy réutilise au cœur de son second opus un personnage déjà aperçu dans un de ses courts intitulé How Olin Lost His Eye (2013). Grand fan de film d’épouvante depuis son enfance, le cinéaste introduit un certain nombre de références. Ainsi, le magasin d’antiquités où l’on ne trouve que des objets maudits rappelle la pièce interdite de Conjuring – Les dossiers Warren (James Wan, 2013).
Des références prestigieuses qui ne parasitent pas le visionnage
Parmi les autres influences évidentes, on peut aisément citer les E.C. Comics horrifiques dont le film reprend la structure narrative faite d’une intrigue à rebondissements, avec une chute cynique à la toute fin. D’ailleurs, on songe à plusieurs reprises aux sketches réalisés par George A. Romero pour Creepshow (1982), ainsi que pour Deux yeux maléfiques (1990).
Effectivement, dans Oddity, un mystère plane quant au meurtre de la femme d’un médecin interne d’un hôpital psychiatrique. Finalement, la sœur jumelle de la victime – un double rôle savoureux pour l’excellente Carolyn Bracken – va s’inviter chez le veuf qui a déjà trouvé une remplaçante auprès de son cœur meurtri pour enquêter. Au passage, elle apporte avec elle un très curieux mannequin en bois qui ferait flipper n’importe qui par son apparence morbide et glauque. La référence au Golem du folklore juif est ici évidente. Bien entendu, assez rapidement, des événements surnaturels commencent à se produire au sein de ce corps de ferme isolé.
Oddity ou l’inquiétante étrangeté
C’est avec un sens consommé de l’économie que Damian McCarthy réussit à créer une angoisse palpable à chaque instant. Très effrayant, Oddity n’a guère besoin de jump scares et encore moins de meurtres gore pour se révéler terriblement stressant. Il suffit au cinéaste d’avoir recours à des astuces éprouvées (un mannequin qui semble se déplacer tout seul, un intrus pris en photo alors que la pièce semble vide et ainsi de suite) pour faire glisser le spectateur dans une inquiétante étrangeté.

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Au passage, l’auteur oppose le rationalisme du scientifique joué par Gwilym Lee au mysticisme de la sœur jumelle. Bien entendu, comme toujours dans ce type de récit, il fallait croire les avertissements du médium et non les explications rationnelles du médecin. Certes, on peut reprocher au scénario de nous mettre un peu trop rapidement sur la piste de la résolution finale, mais dans Oddity cet aspect paraît finalement secondaire par rapport à l’atmosphère angoissante créée pour l’occasion.
Prix du public dans de nombreux festivals autour du monde
Réalisé avec soin, Oddity possède donc un charme fou, celui des films d’horreur à l’ancienne où l’on ne prend pas le spectateur pour un abruti et peuplé de personnages matures. Enfin, on adore le plan final, d’une ironie mordante qui s’inspire directement des E.C. Comics.
Présenté dans tous les festivals de genre de la planète, Oddity a été salué par plusieurs prix du public, preuve de son impact sur l’audience. Ce fut notamment le cas au festival texan South by Southwest (2024), mais aussi au festival Overlook de l’Oregon (2024), tandis qu’en France le Festival de Gérardmer 2025 lui a décerné la même récompense.
Sorti de manière limitée dans les salles nord-américaines à partir du 19 juillet 2024, le métrage a obtenu un joli petit succès avec 1 200 477 $ de recettes. Peu de temps après, il est apparu sur la plateforme Shudder. En ce qui concerne la France, Oddity n’a eu le droit qu’à une sortie VOD à partir du 3 février 2025. Pour le moment, il n’existe pas encore de format physique disponible en France. Une sacrée déception quand on voit le nombre de navets horrifiques proposés chaque année en salles, tandis que des œuvres majeures sont condamnées à l’anonymat des plateformes.
Critique de Virgile Dumez
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Damian McCarthy, Carolyn Bracken, Gwilym Lee, Steve Wall
Mots clés
Cinéma irlandais, Festival de Gérardmer 2025, Les poupées maléfiques au cinéma, L’hôpital au cinéma, Maison hantée au cinéma