Nettement plus bis que son prédécesseur, L’Homme invisible contre la mouche humaine de Mitsuo Murayama est un spectacle kitsch qui demande au spectateur une sacrée suspension d’incrédulité. Sympathique, mais assez nanardesque.
Synopsis : Un assassin se retrouve traqué par un policier devenu invisible…
Une fausse suite tardive
Critique : En 1949, la firme Daiei a investi le champ de la SF par l’entremise de L’Homme invisible apparaît (Nobuo Adachi, 1949) qui mélangeait habilement intrigue policière, whodunit et fantastique à base d’effets spéciaux réussis. Si le film a connu un joli succès au Japon, il ne s’est pas exporté et cela explique peut-être l’absence de suite immédiate, là où les producteurs japonais étaient généralement réactifs pour exploiter un filon juteux.

© 1957 Kadokawa Corporation / Roboto Films. Tous droits réservés.
Finalement, c’est Hideo Nagata, fils du producteur Masaichi Nagata, qui décide de réactiver cette franchise en faisant table rase du premier film, trop ancien pour que les spectateurs s’en souviennent. Il commande donc un scénario original à Hajime Takaiwa qui s’est déjà illustré sur plusieurs dizaines de titres de la firme depuis 1946, ce qui donnera L’Homme invisible contre la mouche humaine (1957). Celui-ci décide de reprendre à zéro la théorie sur l’invisibilité – expliquée ici de manière totalement différente du film précédent – tandis qu’il fait de l’homme invisible un personnage positif.
Un insecte bien trop humain
D’abord conçu comme une enquête policière classique avec des meurtres inexpliqués (comment être assassiné dans une pièce close et fermée de l’intérieur ?), L’Homme invisible contre la mouche humaine introduit progressivement des éléments de science-fiction, avant de partir dans un véritable délire narratif. En lieu et place de la fameuse mouche humaine, il s’agit en réalité d’un homme qui rétrécit grâce à un produit chimique – on se demande d’ailleurs comment il peut bien voler ?
Cette thématique est effectivement à la mode en ce milieu des années 50, notamment avec la sortie de la série B américaine L’Homme qui rétrécit (Jack Arnold, 1957). En ce qui concerne la fameuse mouche, ce sont encore les Américains qui pousseront le concept bien plus loin l’année suivante avec La Mouche noire (Kurt Neumann, 1958). Il n’est aucunement question d’évoquer un quelconque plagiat, mais bien plutôt une concordance autour de thématiques à la mode.
Crossover dans le style kitsch de la Universal
En réalité, l’influence la plus manifeste des auteurs demeure les fameux affrontements entre grands monstres qui ont été développés par la Universal dès les années 30 et encore plus fréquemment dans les années 40. Au Japon, L’Homme invisible contre la mouche humaine est sans doute l’un de ces premiers croisements improbables entre plusieurs figures du fantastique.

© 1957 Kadokawa Corporation / Roboto Films. Tous droits réservés.
Comme souvent avec ce genre de long métrage, le résultat s’avère plutôt kitsch et nécessairement peu crédible. Ainsi, l’intrigue navigue clairement à vue, avec des protagonistes principaux qui changent en cours de route, des motivations criminelles fluctuantes (d’abord une vengeance par rapport à la guerre, puis un délire de destruction globale) et une résolution aussi fantaisiste que le reste du script. On ne cherchera donc pas ici la moindre cohérence dans le récit, mais bien plutôt un aspect fun, notamment grâce à une certaine générosité dans le nombre de victimes, ainsi que dans l’explosion impressionnante d’un métro aérien (une belle maquette).
Du pur cinéma d’exploitation
Réalisé avec soin et se permettant même quelques dérapages érotiques plutôt osés pour l’époque, L’Homme invisible contre la mouche humaine appartient clairement à la catégorie des films bis qui se prennent très au sérieux alors que leur scénario est d’une crétinerie abyssale. Comme la photographie en noir et blanc est plutôt jolie et que les acteurs sont globalement justes (on apprécie le professionnalisme des deux héros interprétés par Yoshirô Kitahara et Ryûji Shinagawa), le film signé du yes man Mitsuo Murayama se suit sans déplaisir, même s’il est nettement plus faible que son prédécesseur.
Comme celui-ci, le métrage très bis n’est pas sorti des frontières japonaises, avant que l’éditeur britannique Arrow Video le sorte en blu-ray en 2021. Désormais, les cinéphiles français peuvent le découvrir en blu-ray chez Roboto Films. Autant le premier peut être apprécié de tous, sa suite est assurément à réserver aux bisseux.
Critique de Virgile Dumez
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© 1949 Kadokawa Corporation / Roboto Films. Tous droits réservés.
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Mitsuo Murayama, Yoshirô Kitahara, Ryûji Shinagawa
Mots clés
Cinéma japonais, L’homme invisible au cinéma, Les films de science-fiction horrifique, Roboto Films
