Lucky Day : la critique du film (2019)

Comédie noire, Action, Trash | 1h35min
Note de la rédaction :
6.5/10
6.5
Lucky day, le retour de Roger Avary

Lucky Day est du bon cinéma trash à l’ancienne, barré et hyper-violent, dans le refus constant de la repentance et de se plier aux normes de la société post #MeToo. Roger Avary n’a pas changé. Y compris dans ses défauts.

Synopsis : C’est le grand jour, Red sort de prison, après avoir purgé deux ans pour un braquage de banque qui s’est soldé par la mort de son complice. Il retrouve sa femme Chloé qui l’a attendu tout en élevant seule leur fille Beatrice. Le même jour, Luc, le frère de son ancien complice, tueur à gages et psychopathe notoire, débarque assoiffé de vengeance et avec la ferme intention de l’éliminer…

Critique : Réalisé par un vétéran du cinéma irrévérencieux des années 90 à qui l’on doit les peu anodins Killing Zoé et Les lois de l’attraction, Lucky Day est donc le grand retour de Roger Avary, dix-sept ans après son dernier long. L’actu du monsieur a été bousculée par des déboires judiciaires, la prison, des projets avortés, quelques scénarios ici-et-là (notamment Silent Hill). Forcément donc qu’on l’attendait ce rejeton dérangé d’un cinéaste de l’underground qui n’a jamais cherché à se calmer, malgré le polissage progressif de la société dans laquelle il évolue à distance, du côté des Gaspar Noé et des Harmony Korine. De plus, la France entretient forcément un lien étroit avec l’ancien pote de Tarantino (il a participé aux premiers scripts de Pulp Fiction), puisque son Killing Zoé mettait notamment en scène les ravages de Jean-Hugues Anglade et de Julie Delpy.

© DCP Lucky Day Inc, Davis Films Production

Lucky Day, l’engeance dégénérée des années 90

Très francophile, Avary, Canadien devant l’Éternel, se fait encore ici co-produire par la France, dont par le regretté Samuel Hadida ; du côté des vilains, qu’il affectionne particulièrement,  il donne les armes à une machine à tuer qui aime se faire passer pour un Français, Crispin Glover, dans l’un de ses rôles les plus barrés : un tueur à gages sadique qui se la joue perso, et qui débarque aux USA régler une histoire de famille qui finit en carnage généralisé, et laisse une armée de macchabée derrière lui. Une armée rouge sang, bien sûr.

Curieusement tous publics (mais avec avertissement) – c’est une production française, faudrait pas trop enrayer le lancement de la caisse, hein -, Lucky Day rassemble tout ce qu’il y a de plus politiquement incorrect à son bord : un rapport à la féminité qui n’est pas troublé par les clichés sexistes qu’il convoque, une fascination pour les armes à feu qui se vendent comme des petits pains sur des toits en pleine ville et dont la manipulation diverse occupe les 3/4 du film, une violence décomplexée qui ferait pâlir de jalousie les fantasmes de Tarantino, une sensualité masculine et féminine prégnante… Sous couvert d’esprit ludique et parodique, le monsieur se permet tout et non sans talent dans sa réalisation.

Un débordement de violence qui flingue la bien-pensance

La comédie a du coffre. Dans une sorte de mise en abîme avec le passé judiciaire de l’auteur, elle s’intéresse à la sortie de taule mouvementée de son protagoniste principal joué par le jadis fade Luke Bracey, enfin dans un rôle braillard qui nous parle, et qui va devoir combattre le croquemitaine Crispin Glover pour sauver sa famille qui, financièrement est au bord du gouffre. Un message personnel de la part du cinéaste?

Crispin Glover, impériale machine à tuer dans Lucky Day

© DCP Lucky Day Inc, Davis Films Production

Dans ce joyeux bordel généralisé où l’on flingue gratuitement tout ce qui bouge, les seconds rôles surprennent : Tomer Sisley et Nadia Farès ne sont pas là pour la figuration. Pour ce qui est de l’ancienne vedette des Rivières pourpres et de Nid de guêpes, c’est même une résurrection qui donnerait presque envie de voir un film consacré à son personnage de chica latina.

Du Roger Avary, dans ses excès, ses fulgurances, et ses ratés

Un peu misanthrope sur les bords, Avary dézingue une société bourgeoise grotesque où la superficialité des uns et l’avidité des autres, résonnent comme une violence bien plus malsaine pour l’auteur à double tranchant qui n’est jamais à une contradiction près dans sa complaisance.

Dans un cinéma à situer dans un revival franc et net des années 90, quelque part entre Danny Boyle, Quentin Tarantino et Guy Ritchie, Roger Avary ne tire pas à blanc, avec une réalisation qui ne manque pas d’idées et de fulgurances ; il explose par sa franchise toutes les réserves que l’on peut avoir durant le film, car des défauts d’écriture, des plans inutiles voire grotesques (l’intervention finale de la gamine !) et des erreurs de casting (pourquoi avoir choisir une Bulgare pour jouer une Française?), ce n’est pas ce qui manque dans cet infernal divertissement qui ose quand plus personne ne commet. Or, parfois, commettre à l’écran, dans un monde aseptisé, cela peut aussi être jubilatoire.

Critique  : Frédéric Mignard

Sorties du mercredi 18 septembre 2019

 

Affiche teaser de Lucky Day de Roger Avary

© DCP Lucky Day Inc, Davis Films Production

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