Film académique, Louise Violet a toutefois le mérite d’évoquer une période rarement traitée au cinéma de manière historiquement juste. Dommage que la réalisation ne soit pas au niveau du scénario.
Synopsis : 1889. Envoyée dans un village de la campagne française, l’institutrice Louise Violet doit y imposer l’école de la République (gratuite, obligatoire et laïque). Une mission qui ne la rend populaire ni auprès des enfants… ni auprès des parents.
Comment l’école obligatoire, gratuite et laïque s’est-elle imposée ?
Critique : Après avoir abordé la création du premier restaurant vers la fin de l’Ancien Régime avec Délicieux (2021), le cinéaste Éric Besnard a souhaité revisiter avec Louise Violet (2024) une période fondatrice de notre histoire nationale, à savoir les débuts difficiles de la Troisième République dans les années 1880-1890. Cette époque est rarement abordée au cinéma et plutôt méconnue du grand public, hormis quelques clichés comme la mise en place de l’école obligatoire, gratuite et laïque par les lois de Jules Ferry entre 1881 et 1882.

© 2024 Nord-Ouest Films, StudioCanal, Apollo Films, France 3 Cinéma, Artémis Productions, Auvergne-Rhône-Alpes Cinémas / Photographie : David Koskas. Tous droits réservés.
Si désormais ce corpus législatif ne fait plus débat, Éric Besnard souligne dans son film à quel point l’accueil de telles mesures fut glacial, notamment dans les campagnes profondes où l’on voyait d’un mauvais œil le fait d’empêcher les enfants de travailler aux champs. Avec Louise Violet, qui n’est aucunement une biographie, mais bien un scénario original, l’auteur met donc en valeur le rôle fondateur des institutrices et instituteurs que l’on a appelé assez justement les hussards noirs de la République.
Retour réussi sur les débuts difficiles de la République
Et de fait, il fallait pour ces gens instruits lutter contre les résistances locales et le prêtre qui voyait arriver une concurrence sur la mainmise des jeunes esprits. N’oublions pas qu’avant l’acquisition du principe de laïcité, l’école était aux mains de l’Eglise qui pouvait ainsi formater les esprits les plus faibles. Enfin, le scénario d’Éric Besnard n’oublie pas d’évoquer la création des vacances scolaires en fonction des travaux des champs, justement afin d’éviter la fronde des paysans, très réfractaires envers cette nouvelle mesure.
Très juste sur le plan historique, Louise Violet démontre que la République a connu d’importants soubresauts avant de s’imposer dans la douleur. A travers son personnage principal, il évoque notamment les conséquences de l’épisode de la Commune qui a débouché sur la « Semaine sanglante » dont le bilan s’élève à 20 000 morts (fourchette haute qui fait l’objet de nombreuses contestations de la part d’historiens, certains tombant à 12 000).
Comme un air de Louise Michel
D’ailleurs, le choix du prénom Louise n’est assurément pas un hasard et fait clairement référence à Louise Michel, héroïne de la Commune qui fut elle aussi institutrice et condamnée au bagne. Toutefois, le parcours de Louise Violet semble être inversé puisqu’elle est d’abord communarde, envoyée au bagne, puis désignée comme institutrice en pénitence de ses fautes passées.
On le voit, le scénario d’Éric Besnard est plutôt bien charpenté, notamment sur le plan historique. On peut également mettre à son crédit une description réaliste de la mentalité paysanne de l’époque, peu encline à accepter les progrès qui commencent à remettre en cause leur activité – et qui va les faire entrer dans l’ère de l’agriculture moderne. Malheureusement, comme à son habitude, le cinéaste est nettement moins à son aise lorsqu’il faut traduire ses excellentes idées en spectacle cinématographique.
Malheureusement, la forme demeure d’un classicisme plombant
Académique dans sa conception, Louise Violet souffre d’une réalisation au classicisme ronflant, finalement assez proche du téléfilm de luxe. Ainsi, le métrage est surtout sauvé par de très belles images de Laurent Dailland qui subliment les paysages du Massif Central. De même, au lieu de choisir la voie du mélodrame, Besnard préfère opter pour une certaine austérité des sentiments.

© 2024 Nord-Ouest Films, StudioCanal, Apollo Films, France 3 Cinéma, Artémis Productions, Auvergne-Rhône-Alpes Cinémas / Photographie : David Koskas. Tous droits réservés.
Cela réussit plutôt bien à Alexandra Lamy qui joue de manière très austère son personnage, là où elle était particulièrement mal à l’aise dans le drame La Promesse verte (Édouard Bergeon, 2024). Ici, la relative faiblesse de son jeu est atténuée par le traitement plus sobre de son personnage. De plus, elle est soutenue par un Grégory Gadebois qui n’a plus rien à prouver lorsqu’il s’agit d’interpréter les ours mal léchés qui révèlent un grand cœur. On notera que depuis Délicieux (2021), il ne semble plus quitter le cinéaste Éric Besnard avec qui il a tourné Les Choses simples (2023) et Jean Valjean (2025). Enfin, tous les comédiens périphériques s’avèrent convaincants.
Manquant parfois de rythme et n’échappant pas toujours aux redites, Louise Violet est donc une œuvre inégale qui hérissera le poil de tous ceux qui ont en horreur le cinéma académique du terroir dans le style de Jean Becker. Les autres pourront toujours y trouver matière à se renseigner sur le rôle fondateur des instituteurs dans une Troisième République en pleine fondation.
Box-office de Louise Violet
Présenté en avant-première mondiale au Festival du film français d’Helvétie, Louise Violet a ensuite été largement diffusé en avant-première dans toute la France, réussissant à glaner 93 307 spectateurs avant même sa sortie officielle du 6 novembre 2024. Dès lors, en première semaine, le métrage a cumulé 321 157 entrées dans une très large combinaison de 567 salles. Malgré une hausse du nombre de salles, la chute est rude en deuxième septaine, avec moins 59 % et 130 862 retardataires.
Afin de limiter l’effondrement, le distributeur Apollo Films aidé de Studiocanal a poussé son poulain dans un nombre record de 768 salles, essentiellement en province. Ainsi, ils furent encore 90 266 personnes âgées à faire le déplacement. On notera d’ailleurs l’écart monstrueux entre les chiffres parisiens et provinciaux, les premiers ne se déplaçant pas, contrairement aux seconds. Au bout d’un mois, le film a franchi la barre des 600 000 spectateurs et a continué sa carrière jusqu’à la mi-février pour terminer sa course à 662 557 entrées, en très large partie glanées grâce à la province.
Depuis, le film est disponible en VOD, DVD et blu-ray.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 6 novembre 2024
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© 2023 Nord-Ouest Films, StudioCanal, Apollo Films, France 3 Cinéma, Artémis Productions, Auvergne-Rhône-Alpes Cinémas
Biographies +
Éric Besnard, Pauline Serieys, Alexandra Lamy, Grégory Gadebois, Patrick Pineau, Jérôme Kircher, Julie Moulier, Jérémy Lopez
Mots clés
Cinéma français, L’école au cinéma, Les enseignants au cinéma, Les relations profs-élèves au cinéma, Le monde paysan au cinéma