Improbable nanar sympathique, Les Monstres de la préhistoire de Junji Kurata mélange allègrement gore, dinos en plastique et musique disco-jazz dans un grand foutoir qui a le mérite de ne ressembler qu’à lui-même. Une expérience à réserver aux bisseux.
Synopsis : À la suite de la récente activité volcanique du mont Fuji, des dinosaures se réveillent d’un long sommeil et sèment la terreur près d’un lac peuplé de nombreux touristes.
Surfer sur la vague des Dents de la mer
Critique : 1975. Le phénomène des Dents de la mer (Steven Spielberg) déferle tel un raz-de-marée sur le box-office mondial, touchant même l’Asie et notamment le Japon où le métrage sort le 6 décembre sur les écrans. Personne n’avait vu venir un tel engouement qui inaugure l’ère des blockbusters hollywoodiens. Cela n’échappe nullement à Shigeru Okada, patron de la firme Toei qui traverse justement une mauvaise passe, comme l’ensemble de l’industrie cinématographique nippone.

© 1977 Toei Company, LTD. Tous droits réservés.
Avec Les Monstres de la préhistoire (1977), le grand patron souhaite que la Toei remette au goût du jour le film de monstres en s’inspirant fortement du triomphe de Spielberg, mais aussi des œuvres à succès de Kevin Connor (Le Sixième continent en 1974 ou encore Centre Terre : 7ème continent en 1976) qui ont réactivé le goût du jeune public pour les mondes perdus peuplés de créatures préhistoriques. Pas question donc de commettre un pur kaijū eiga avec des acteurs costumés dans le style des Godzilla ou Gamera. Les producteurs engagent des spécialistes des effets spéciaux dont Fuminori Ohashi qui est chargé de créer deux dinosaures, en l’occurrence un plésiosaure et un rhamphorhynchus qui sont essentiellement constitués de latex.
Le plus gros budget de la Toei à l’époque
Enfin, pour réaliser cette œuvre ambitieuse qui devait rivaliser avec les plus grosses productions américaines, les pontes engagent le cinéaste Junji Kurata qui a déjà fait ses preuves à la Toei par la réalisation de films de ninja, mais aussi de produits télé efficaces et pleins d’effets spéciaux. Toutefois, la facture va enfler à mesure que les ambitions sont revues à la hausse. Ainsi, la Toei va débourser la somme astronomique de 750 millions de yens – soit le plus gros budget alloué par la compagnie à une œuvre cinématographique – pour un tournage qui a duré la bagatelle de six longs mois.
Si l’argent se voit clairement à l’écran par la démesure de certaines séquences, on peut toutefois se demander ce qui est passé par la tête des différents intervenants pour valider certains choix artistiques pour le moins étranges. Initialement prévue pour être une œuvre grand public suscitant l’enthousiasme des enfants, Les Monstres de la préhistoire peut légitimement être considéré comme un pur film d’horreur, avec des scènes gore particulièrement choquantes et toujours efficaces de nos jours. Entre un cadavre de cheval sans tête, une caverne qui renferme des œufs fort inquiétants (on se croirait dans Alien, le huitième passager), et un nombre conséquent de personnages coupés en deux ou totalement démembrés, le cinéaste Junji Kurata n’a pas fait dans la dentelle.
Un patchwork ovniesque
Ensuite, le scénario copie à plusieurs reprises celui des Dents de la mer, avec des scènes entières quasiment reproduites à l’identique, sans que cela ne se mélange harmonieusement avec l’intrigue sur l’éruption du mont Fuji. En fait, le script paraît assemblé de manière assez aléatoire en fonction des décisions prises par les producteurs. Parfois, le cinéaste oublie même qu’il est en train de tourner un film d’action et se permet des moments plus contemplatifs qui sont d’ailleurs fort réussis grâce à de très belles images signées Shigeru Akatsuka et Sakuji Shiomi.

© 1977 Toei Company, LTD. Tous droits réservés.
Ce n’est finalement que dans le dernier quart d’heure que les deux dinosaures vont s’affronter et l’on comprend assez rapidement pourquoi le réalisateur a tant tardé. Effectivement, les deux créatures manquent furieusement de mobilité et leur combat n’a absolument rien d’homérique. On a surtout le sentiment de voir deux jouets en caoutchouc se battre sans jamais se toucher, et ceci malgré un montage qui tente de masquer la misère. Comme d’habitude dans ce genre de film, les humains n’ont guère d’intérêt et même un acteur de la trempe de Tsunehiko Watase ne parvient pas à faire exister son personnage aux motivations plutôt floues. On ne sera pas trop méchant envers la pauvre Nobiko Sawa qui n’a rien à jouer.
Une musique improbable pour un film qui a connu un échec retentissant
Mais Les Monstres de la préhistoire ne serait pas aussi étrange sans l’ajout de la musique composée par le jazzman Masao Yagi. Ce dernier a signé une bande originale en total décalage avec les images, ajoutant par exemple de la disco ringarde sur des scènes censées faire peur. Et tout est à l’avenant, faisant des Monstres de la préhistoire un objet filmique non identifié, entre trip psychédélique, délire gore sympathique et nanar stratosphérique improbable.

Les Monstres de la préhistoire, édité par UGC en VHS, en 1986 © 1977 Toei Company, LTD. Tous droits réservés.
Pas étonnant au vu du résultat final, à réserver aux amateurs de cinéma bis et de nanars, que le film soit devenu culte avec le temps. Mais on n’est pas non plus étonné d’apprendre que le film a été un très gros échec lors de sa sortie au Japon, ne rapportant que 240 millions de yens (pour un budget estimé à plus de 750 M). Dès lors, sa sortie internationale a été annulée dans de nombreux pays, dont la France où une affiche a été conçue avant que la sortie soit purement et simplement ajournée. Ce n’est véritablement qu’en URSS que le métrage a trouvé son public en janvier 1979 puisque le long métrage a intégré la liste des vingt plus grosses recettes soviétiques de l’année 1979.
En France, sa sortie annulée n’a pas empêché Les Monstres de la préhistoire de sortir en VHS en 1986 chez UGC Vidéo (distribué à l’époque par RCV), faisant ainsi les beaux jours des vidéo-clubs et marquant une nouvelle génération. Depuis, le film est devenu culte par son caractère ovniesque, ses excès gore et son ambiance finalement plaisante, pour peu que l’on aime le cinéma bis des années 70. Il est désormais édité en blu-ray chez Roboto Films agrémenté d’une très belle copie.
Critique de Virgile Dumez
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Biographies +
Junji Kurata, Tsunehiko Watase, Nobiko Sawa (Yoko Koizumi)
Mots clés
Cinéma japonais, Nanar, Les dinosaures au cinéma, Roboto Films
Le test du blu-ray